Corinne Lovera Vitali a composé ce livre sur près de vingt ans. Il semble pourtant avoir été écrit comme il se lit, dans une forme d'urgence. Pas celle de la précipitation mais celle de la nécessité intérieure, sous le flux tendu du va-et-vient dans le temps devenu "suspendu" le long de dix-neuf chapitres d'une écriture fluide comme la vie. Comme une photographie, ce livre nous saisit. Il nous dit ce qui a lieu et que peut-être nous ignorons, la disparition de sa famille, la mort de son enfant, une vie commune que l'auteur est "la seule à prolonger".
Mais il exhume surtout tout ce qui nous relie, et nous relie aussi à ceux qui ne sont plus. Il nous accompagne là où certains livres, rares, peuvent nous obliger à nous enfoncer. Il nous fait rencontrer des êtres, qu'ils soient vivants ou morts, nous donnant ainsi l'occasion unique d'éprouver l'épaisseur du temps et la volupté de l'instant, l'éternel dans l'éphémère. Ce qu'il faut pourrait être une tombe, c'est un souffle.* *
* Ce qu'il faut c'est une photographie mortellement préciseCe qu'il faut c'est une cave de lumièreCe qu'il faut c'est le fauteuil du père dans l'atelierCe qu'il faut c'est une petite brune aux yeux de tueuseCe qu'il faut c'est caresser un crâne brûlant sous des cheveux de nouveau-néCe qu'il faut c'est dire son amour aux morts comme aux vivantsCe qu'il faut c'est un boomerang pas un punching-ballCe qu'il faut c'est continuer de ne tuer personneCe qu'il faut c'est l'image impossible du corps impossible d'un filsCe qu'il faut c'est un pli au coin des yeux de MelCe qu'il faut c'est Richard Carson Harvey Marlon Louise Jamaica DavidCe qu'il faut c'est Dona Emilia qui se tient toute raide devant le portail rougeCe qu'il faut c'est Gina qui éclate de rire derrière ses verres épaisCe qu'il faut c'est la voix d'Amy qui chante en boucleCe qu'il faut c'est le miel que fabriquent les femmesCe qu'il faut c'est aux solstices écartelésCe qu'il faut c'est la fenêtre grande ouverteCe qu'il faut c'est la torche de l'EtnaCe qu'il faut c'est sans cesseCe qu'il faut c'est écrire la réanimation dans la disparitionCe qu'il faut c'est toute chose fragile ou morte restée collée à la rétineCe qu'il faut c'est le temps suspenduCe qu'il faut c'est le chagrin des sans-dieuCe qu'il faut c'est la couche de neige tombée cette nuit sur le VercorsCe qu'il faut c'est les voitures de ceux qui rentrent chez euxCe qu'il faut c'est une zone d'encre et de goudronCe qu'il faut c'est une équation impossible à résoudreCe qu'il faut on ne sait pas ce que c'estCe qu'il faut on ne peut pas même s'en expliquerCe qu'il faut c'est faire ce qu'il faut
Corinne Lovera Vitali a composé ce livre sur près de vingt ans. Il semble pourtant avoir été écrit comme il se lit, dans une forme d'urgence. Pas celle de la précipitation mais celle de la nécessité intérieure, sous le flux tendu du va-et-vient dans le temps devenu "suspendu" le long de dix-neuf chapitres d'une écriture fluide comme la vie. Comme une photographie, ce livre nous saisit. Il nous dit ce qui a lieu et que peut-être nous ignorons, la disparition de sa famille, la mort de son enfant, une vie commune que l'auteur est "la seule à prolonger".
Mais il exhume surtout tout ce qui nous relie, et nous relie aussi à ceux qui ne sont plus. Il nous accompagne là où certains livres, rares, peuvent nous obliger à nous enfoncer. Il nous fait rencontrer des êtres, qu'ils soient vivants ou morts, nous donnant ainsi l'occasion unique d'éprouver l'épaisseur du temps et la volupté de l'instant, l'éternel dans l'éphémère. Ce qu'il faut pourrait être une tombe, c'est un souffle.* *
* Ce qu'il faut c'est une photographie mortellement préciseCe qu'il faut c'est une cave de lumièreCe qu'il faut c'est le fauteuil du père dans l'atelierCe qu'il faut c'est une petite brune aux yeux de tueuseCe qu'il faut c'est caresser un crâne brûlant sous des cheveux de nouveau-néCe qu'il faut c'est dire son amour aux morts comme aux vivantsCe qu'il faut c'est un boomerang pas un punching-ballCe qu'il faut c'est continuer de ne tuer personneCe qu'il faut c'est l'image impossible du corps impossible d'un filsCe qu'il faut c'est un pli au coin des yeux de MelCe qu'il faut c'est Richard Carson Harvey Marlon Louise Jamaica DavidCe qu'il faut c'est Dona Emilia qui se tient toute raide devant le portail rougeCe qu'il faut c'est Gina qui éclate de rire derrière ses verres épaisCe qu'il faut c'est la voix d'Amy qui chante en boucleCe qu'il faut c'est le miel que fabriquent les femmesCe qu'il faut c'est aux solstices écartelésCe qu'il faut c'est la fenêtre grande ouverteCe qu'il faut c'est la torche de l'EtnaCe qu'il faut c'est sans cesseCe qu'il faut c'est écrire la réanimation dans la disparitionCe qu'il faut c'est toute chose fragile ou morte restée collée à la rétineCe qu'il faut c'est le temps suspenduCe qu'il faut c'est le chagrin des sans-dieuCe qu'il faut c'est la couche de neige tombée cette nuit sur le VercorsCe qu'il faut c'est les voitures de ceux qui rentrent chez euxCe qu'il faut c'est une zone d'encre et de goudronCe qu'il faut c'est une équation impossible à résoudreCe qu'il faut on ne sait pas ce que c'estCe qu'il faut on ne peut pas même s'en expliquerCe qu'il faut c'est faire ce qu'il faut