OFFRE LISEUSES
Une liseuse achetée = une housse offerte* jusqu'au 21 juin
Morgan C— Decitre Ecully
“ Voyage cyber-psychédélique ”
1983 fut décidemment une splendide année. Tandis que la radio fait déferler le hit "Billie Jean" de Micheal Jackson et que Le Retour du Jedi signe la conclusion de la première trilogie Star Wars, les fans de littérature SF découvrent l'apôtre d'un nouveau genre : William Gibson, le maître du cyberpunk, avec son roman Neuromancer.
Pourtant, les thématiques liées au cyberpunk (ou tout du moins ce que l'on rallie au genre) sont loin d’être inédites. Dans le milieu de la littérature de SF, on parle depuis les années 60 des inquiétudes face à la puissance des corporations privées, ainsi que d’un espace cyber dans lequel on voguerait, entourés d’un immense amas de données invisibles. Après tout, rappelons que si l'internet devient public en 1989, l'idée germait dans l'esprit de chercheurs depuis les années 50.
Ironiquement, l’auteur a toujours détesté que son roman soit rattaché à ce terme, y voyant surtout un emballement marketing autour d’un simple mot valise dans lequel y sont rangés pêle-mêle les peurs de l’avenir, l’emballement technologique et des mégapoles nippones à l’esthétique néon.
Pourtant, Neuromancien a bel et bien fait figure d’innovation dans un paysage littéraire gorgé d’optimisme et d’une foi sans commune mesure en l’avenir. Synthétisant des idées et peurs communes face à un futur technophile, Neuromancien est LE roman qui deviendra malgré lui porte-étendard d’un genre et d’idées multiples grâce à la plume sans pareille de son auteur et à sa façon si poétique de dépeindre un avenir pourtant peu lumineux.
Mais si ce roman majeur de l’histoire de la littérature a su captiver les foules américaines, il en a été tout autre en France, la faute à une traduction française ayant grandement accentuée l’aura cryptique de la plume de Gibson, la rendant par moments illisible. Bon nombre de lecteurs auront d’ailleurs très certainement arrêté leur lecture passé les 50 premières pages.
Fort heureusement pour nous, depuis 2020, les éditions Au Diable Vauvert ont remanié entièrement la traduction du Neuromancien, opérée cette fois-ci par Laurent Queyssi. Les étendues numériques n’attendent désormais plus que vous, et cette fois, vous pourrez aisément aller jusqu’au bout de cette aventure.
Le roman nous parle de Case, un ancien cowboy du cyberespace ayant arpenté sans peurs les horizons numériques, mais condamné par ses anciens employeurs à ne plus jamais pouvoir y retourner… jusqu’au jour où il rencontre Molly, une jeune mercenaire ayant pour yeux des plaques d'acier, et un mystérieux homme nommé Armitage. Ce duo lui propose l'opportunité d'une vie : replonger dans le cyberespace à l'occasion d'un braquage. C’est le début d’une mission aux multiples tournures qui nous emmènera à la découverte d'un monde ultra connecté.
La puissance de Neuromancien nous frappe dès son incipit : Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télé allumée sur une chaîne défunte. De manière générale, Gibson fait partie de ces auteurs uniques capables d’aligner des phrases cinglantes et brillamment tournées qui ne vous laissent pas indemnes. Poétique à souhait, le bonhomme nous immerge dans ces constellations d’informations, au cœur de mégapoles nippones à l’esthétique néon, où la pluie martèle sans cesse l’asphalte des rues. Au plus près des personnages, Gibson nous les présente torturés et tiraillés entre leur passé et leur avenir, comme avec Case et sa volonté d'autodestruction.
Mais au-dessus de la population s’élève aussi des méga corporations, ou zaibatsu, comme les appelle Gibson. Entités semblables aux hydres mythologiques, l’auteur les compare ici à des dieux vivants immortels incapables d’être destitués de leur trône. Le mot zaibatsu n’est pas le seul terme qu’utilise Gibson pour construire son vaste monde, entre simstim, reconstruction, G.L.A.C.E et autres…
C’est dans cette richesse linguistique et dans cette plume riche que Neuromancien trouve toute sa beauté, et son propos, quant à lui, n’a pas pris une ride. Bien sûr, le roman reste dense et parfois complexe à suivre, n'hésitant pas à transiter du numérique à la réalité en une seule phrase. Mais c'est justement la porosité de la réalité qui rend la lecture de Neuromancien si jubilatoire et palpitante.
A la recherche d'une réalité à laquelle s'accrocher, nous sommes tels Case : des cowboys du cyberespace.

10,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ LE space-polar ! ”
Émissaires des Morts est la première partie d'un socle imposant de space-opera mêlé au noir poisseux d’un bon polar dont Andrea Cort, jeune femme glaciale au tempérament instable, en est le protagoniste principal. L'ensemble prend pied dans un futur lointain où l'Homme a pu étendre son influence bien au-delà de son système solaire, et aller à la rencontre de multiples espèces intergalactiques. Mais le rêve d'exploration et de conciliation est vite devenu un vieux souvenir, laissant place aux travers du genre humain : esclavage, guerre, prostitution, drogue, cartels, destruction écologique... Le monde n'a pas changé, il est juste devenu plus vaste et plus peuplé.
L'enfance d'Andrea , baigné entre culture humaine et Bochai, n'aura pas été de tout repos : du jour au lendemain, un phénomène de folie meurtrière a frappé toute sa colonie, elle comprise. Alors condamnée pour sa participation à ce mystérieux génocide, elle est récupérée pour le compte du Corps Diplomatique afin de maintenir au beau fixe les relations inter-espèces, dans un équivalent de justice.
« Équivalent », car les affaires dans lesquelles elle s’embarque finissent souvent par servir des objectifs abjects, dont Andrea n'a que bien peu de prise dessus.En pantin qu'elle est, elle n'a d'autre choix que de plier aux ordres du corps Diplomatique, et ce n'est pas prêt de changer.
La preuve en est avec sa nouvelle mission : aller sur Un Un Un, un habitat artificiel inhospitalier régi par des intelligences artificielles qui mènent des expériences sur une espèce sentiente créée par leur soin, les Bracchiens. Si les IA ont daigné laisser les humains construire un poste d'observation à proximité, les relations sont au plus vif depuis que deux meurtres côté humains ont été commis. L'enquête est ouverte, mais Andrea reçoit cependant un ordre étrange : désigner n’importe quel coupable, sauf les Intelligences Artificielles.
N’importe qui, tant que cela évite l’incident diplomatique.
Dans un savant mélange de suspens, les enquêtes de Andrea Cort nous permettent de cerner un personnage loin d’un Sherlock Holmes ou de la figure héroïque standard: irritable, misanthrope et calculatrice… Tout nous pousserait à ne pas l’apprécier. Mais l'humanité qu'elle représente au quotidien ne vaut pourtant pas mieux, et les questionnements permanents de cette enquêtrice cynique et froide nous permettront d'ailleurs de mieux comprendre les rouages de cette société aux multiples visages. En effet, si l'humanité dépeinte par Troy Castro a su explorer et conquérir l'espace, elle reste pétrie de mauvaises intentions et cannibalisée par un capitalisme sauvage. Pire encore, la confédération homsap, censée réunir l'humanité entière en une seule voix, n'est qu'une vaine illusion masquant l'incapacité des races sentientes à se mettre d'accord sur un sujet.
L'auteur offre donc une mise en bouche conséquente, dans un univers riche en réflexions sur l'altérité, nos ambitions en tant qu’espèce sentiente et ce qui définit la notion même d’espèce.
Dépaysant de par les mondes que visite Cort, cette saga met avant tout l’accent sur les rencontres avec d’autres cultures aux antipodes de la nôtre, donnant le plus souvent du fil à retordre à notre protagoniste.
Un polar spatial divertissant, intriguant , parfois déprimant, mais surtout addictif, servi par la fine plume de l'auteur capable de dialogues introspectif savoureux comme de scènes d'action dynamiques, Emissaires des Morts témoigne d'une maîtrise absolu des codes du polar et du space-opéra pour un cocktail détonnant. Affaire à suivre avec le tome 2.
Morgan C— Decitre Ecully
“ La marginale de King ”
Écrit et publié en 1974, Carrie est la première pierre du grand édifice littéraire horrifique qu'est l'œuvre de Stephen King. Au-delà de la plaisante lecture qu'il propose, il est aussi le patient zéro du virus "King" qui allait contaminer l'humanité entière, désormais accro à la savoureuse horreur que délivre chacun de ses ouvrages depuis 50 ans déjà. Si ce premier récit n'a peut-être pas atteint une maturité d'écriture suffisante pour l'ériger de suite comme l'un de ses meilleurs romans, force est de reconnaître que l'essence-même de King est déjà infusée.
Carrie devient la première d'une longue lignée de personnages marginalisés, que l'on retrouve dans divers œuvres de l'auteur, symboles d'une société les ayant mis au ban contre leur gré. Le flot d'insultes que reçoit Carrie durant le premier chapitre, ainsi que les multiples persécutions subies, dépeignent un portrait peu glorieux de l'Amérique, et montrent ainsi les contours d'une critique qu'assène King contre un pays qu'il aime pourtant sincèrement.
Mais le personnage malmené de Carrie n'est qu'un élément parmi d'autres qui contribuent à rendre le roman unique. Prenons par exemple la dualité entre la marginale et Chris : elle démontre le talent de King pour ciseler ses personnages tels des joyaux, en dévoilant au premier abord la figure d'une fille de bonne famille mesquine, se croyant toute puissante derrière l'autorité de son père avocat. Mais elle révèle finalement une attirance pour le danger en sortant avec l'instable Billy, figure masculine dominant qui ne voit en Chris qu'une femme de plus à posséder le temps d'une semaine.
Une autre dualité fascinante, c'est aussi celle entre Carrie et sa propre mère : fervente chrétienne étouffante, elle écrase la jeune fille d'une domination absolue sous couvert d'une absolution de leurs péchés qui ne semble jamais venir. L'ensemble se structure ainsi autour de ce point de rupture qui arrive doucement, mais sûrement, ce point de non-retour au-delà duquel l'état de Carrie bascule vers un pan incontrôlable.
En matière de style, si King a admis que les extraits de journal/audio parsemés dans le roman ne sont là que pour augmenter la taille du récit, on reconnaîtra que cette démarche a pourvu Carrie d'un double récit palpitant. Même si les enjeux finaux nous sont révélés assez tôt par l'intermédiaire de journaux, ils offrent ainsi un regain d'intérêt pour l'intrigue, dans l'appréhension haletante du final sanglant promis.
Et quel final, puisqu'il occupe un petit quart de l'œuvre, durant lequel l'explosion de la rancœur refoulée de Carrie se déverse sur l'ensemble de la ville dans un flot de flammes et de haine.
Carrie, en première pierre d'un vaste édifice de l'horreur, fait désormais partie des incontournables de King, ayant eu droit à deux adaptations au cinéma qui ont largement véhiculé dans les esprits cette image, gravée à jamais, d'une jeune femme en sang dont le regard marquera encore de nombreuses générations. Carrie est, comme le montre la fin du récit, éternelle.
Morgan C— Decitre Ecully
“ La marginale de King ”
Écrit et publié en 1974, Carrie est la première pierre du grand édifice littéraire horrifique qu'est l'œuvre de Stephen King. Au-delà de la plaisante lecture qu'il propose, il est aussi le patient zéro du virus "King" qui allait contaminer l'humanité entière, désormais accro à la savoureuse horreur que délivre chacun de ses ouvrages depuis 50 ans déjà. Si ce premier récit n'a peut-être pas atteint une maturité d'écriture suffisante pour l'ériger de suite comme l'un de ses meilleurs romans, force est de reconnaître que l'essence-même de King est déjà infusée.
Carrie devient la première d'une longue lignée de personnages marginalisés, que l'on retrouve dans divers œuvres de l'auteur, symboles d'une société les ayant mis au ban contre leur gré. Le flot d'insultes que reçoit Carrie durant le premier chapitre, ainsi que les multiples persécutions subies, dépeignent un portrait peu glorieux de l'Amérique, et montrent ainsi les contours d'une critique qu'assène King contre un pays qu'il aime pourtant sincèrement.
Mais le personnage malmené de Carrie n'est qu'un élément parmi d'autres qui contribuent à rendre le roman unique. Prenons par exemple la dualité entre la marginale et Chris : elle démontre le talent de King pour ciseler ses personnages tels des joyaux, en dévoilant au premier abord la figure d'une fille de bonne famille mesquine, se croyant toute puissante derrière l'autorité de son père avocat. Mais elle révèle finalement une attirance pour le danger en sortant avec l'instable Billy, figure masculine dominant qui ne voit en Chris qu'une femme de plus à posséder le temps d'une semaine.
Une autre dualité fascinante, c'est aussi celle entre Carrie et sa propre mère : fervente chrétienne étouffante, elle écrase la jeune fille d'une domination absolue sous couvert d'une absolution de leurs péchés qui ne semble jamais venir. L'ensemble se structure ainsi autour de ce point de rupture qui arrive doucement, mais sûrement, ce point de non-retour au-delà duquel l'état de Carrie bascule vers un pan incontrôlable.
En matière de style, si King a admis que les extraits de journal/audio parsemés dans le roman ne sont là que pour augmenter la taille du récit, on reconnaîtra que cette démarche a pourvu Carrie d'un double récit palpitant. Même si les enjeux finaux nous sont révélés assez tôt par l'intermédiaire de journaux, ils offrent ainsi un regain d'intérêt pour l'intrigue, dans l'appréhension haletante du final sanglant promis.
Et quel final, puisqu'il occupe un petit quart de l'œuvre, durant lequel l'explosion de la rancœur refoulée de Carrie se déverse sur l'ensemble de la ville dans un flot de flammes et de haine.
Carrie, en première pierre d'un vaste édifice de l'horreur, fait désormais partie des incontournables de King, ayant eu droit à deux adaptations au cinéma qui ont largement véhiculé dans les esprits cette image, gravée à jamais, d'une jeune femme en sang dont le regard marquera encore de nombreuses générations. Carrie est, comme le montre la fin du récit, éternelle.
Morgan C— Decitre Ecully
“ Arnaques, Crimes et Fantasy ”
En matière de fantasy vénitienne, après un passage copieux chez notre cher Phillipe Jaworski, il y a un arrêt immanquable à faire du l'autre côté de l'Atlantique : en effet, qui ne connaît pas Les Salauds Gentilhommes, menés par la célèbre Ronce de Cammor, Locke Lamora ?
Lui et ses compagnons à la langue bien pendue opèrent dans l'ombre la plus totale, à la manière d'Arsène Lupin, dans l'unique but de soulager quelques coffres trop pleins. D'arnaque en arnaque, ils s'apprêtent à enfin ranger leurs mains de voleur dans leur poche après un dernier casse de toute beauté...mais c'était sans compter l'intervention du mystérieux Roi Gris, qui pourrait bien réduire à néant toute leur combine, leur pécule et leurs vies.
De rebondissements en rebondissements, Scott Lynch maintient son récit sans faillir, avec une palette de personnages attachants possédant une somptueuse gouaille, mais leur lot de faiblesses. Ce dernier point les rend ainsi mortels, évitant les écueils des personnages trop puissants, surtout dans le domaine de la fantasy.
La vaste cité de Cammor offre son lot de lieux iconiques aux descriptions étoffés, sans en étouffer le contenu. Digeste et précis, la fluidité de la plume de Lynch permet une lecture sans accrocs et est entrecoupée de chapitres interludes permettant de découvrir la genèse de Locke et ses amis. Impitoyable avec ses personnages, l'auteur n'hésite aucunement à nous prendre aux tripes afin de nous garder sous haute tension. Amour et humour s'entremêlent avec plaisir (même si on penchera surtout sur de l'humour), et l'on attend avec impatience de voir ce que le Tome 2 apportera !
Morgan C— Decitre Ecully
“ Nous sommes Ubik ! ”
Ubik est, à bien des égards, une curiosité d'un genre nouveau dans la carrière littéraire de Phillip K. Dick. Après une fournée de récits SF classiques et sans éclats (hormis bien sur Le Maître du Haut Château), l'auteur phare de la SF américaine offre aux yeux du monde cet OVNI littéraire qui recouvre pourtant toute sa peur et son dégoût de l'Amérique, et lui permet l'accès à la consécration.
Mais que possède Ubik pour être davantage qu'un récit SF ?
Il y a d'abord le trip paranoïaque, thème cher à l'auteur, qui prend ici des allures science-fictives démesurées avec l'histoire de pouvoirs psis permettant à tout un chacun d'être epiés jusque dans ses rêves. Nous sommes en 1992, et deux entreprises guerroient sans fin au nom de lavie privée chastement gardée. La différence étant que l'une fournit des espions psis (l'arme) et l'autre des contre mesures de protection (le bouclier). Mais cette lutte prend une tout autre dimension lorsqu'un groupe de psis protecteurs, mandatés sur la planète Luna, se retrouve projetés dans une version étrange de leur monde actuel... Le temps semble repartir dans l'autre sens pour certains objets, et la réalité se délitte face à des remous d'un autre genre.
Ubik n'est donc pas un simple récit de SF comme l'auteur a pu en pondre dans ses premières années.
Des rebonds narratifs parsèment le récit, et le personnage principal se relève typiquement dickien, à savoir un homme sans saveurs, triste et incapable de se rebeller contre des événements qui le dépasse. Mais quand on connaît l'esprit politique véhément de K.Dick, comment ne pas voir en Ubik une critique acerbe de l'Amérique et de ses dérives capitalistes et ultra sécuritaires ?
L'aspect sécuritaire d'abord, par le biais des pouvoirs psis et du respect de la vie privée, qui n'est pas violée par un quelconque gouvernement Big Brother, mais bien par des gens lambda qu'on diabolisent au travers de publicités invasives.
L'aspect capitaliste ensuite, par le biais de ce fameux Ubik, produit miracle capable de tout et de rien, entité omnipotente ou non, qui semble pourtant construire la réalité et empêcher le flux du temps de partir en vrille.
Et c'est là que se révèle tout le génie de Ubik: Qu'un objet vendu comme n'importe quelle breloque sur les panneaux de publicité d'un métro soit aussi important dans le récit montre bien à quel point Dick prend, avec Ubik, l'entièreté des codes de la SF à revers et offre une satire puissante du capitalisme vorace américain. S'y ajoute aussi l'idée de marchander la mort au travers de la semi-vie, ainsi que de payer pour utiliser sa porte d'appartement, et l'on obtient un joyeux SF comme il en existe peu.
Morgan C— Decitre Ecully
“ "La déesse offusquée voila de son égide, sa chaste face." ”
"Je n'ai jamais versé une seule larme de ma vie." annonce le personnage principal, Méduse. Jeune fille à l'existence similaire d'une certaine Carrie, leur bal du diable prend cependant des trajectoires différentes, malgré la similitude de leur vie agrémentée de brimades et d'humiliation quotidienne.
Si l'une tente de vivre sa vie de lycéenne malgré une domination matriarcale toxique au sein de sa propre famille, l'autre, notre chère Méduse, se retrouve bannie de la société pour être enfermée dans un institut de jeunes filles déformées. En effet, il s'avère que son surnom n'est pas gratuit, venant de ses yeux suintant le Mal à grandes larmes et devant être caché au reste du monde.
Alors que toutes deux déparent le lustre familiale, contraintes à cacher leur pouvoir aux yeux des autres et à subir les arranges d'une société anxiogène, nos deux femmes cachent au fond d'elle une envie de révolte qui gronde de jour en jour...
Le style riche de Desjardins se conjugue à la richesse métaphorique de Méduse, symbole d'une féminité cachée et d'une sexualité bridée face au regard des autres. Libérateur et jouissif, Méduse se lit d'une traite et alterne les seynettes au sein d'un univers obscurantiste duquel tente de se dépêtrer la jeune fille attendant de devenir femme.
En roman gothique moderne qu'il est, Méduse aborde la quête d'émancipation et la force dévastatrice du harcèlement avec plus d'efficacité que Carrie ne l'avait fait en son temps, et s'érige en rejet de notre époque.









