Marie-laure M.— Decitre Chambéry
“ La vie à la cour impériale. ”
Je suis une grande fan !
Un héroïne attachante, herboriste, est kidnappée et se retrouve à la cour impériale.
Nous suivons sont évolution dans cet univers plein d'intrigues et de complots.
Mao Mao, l’héroïne, va se faire remarqué et mené l'enquête pour le compte du beau Jinshi, haut fonctionnaire à la cour.
Leur relation est vite électrique et promets pour la suite ...
Un manga joliment dessiné en plus. Et fidèle à la light novel de départ.
Que du bonheur.
Marie-laure M.— Decitre Chambéry
“ La vie à la cour impériale. ”
Je suis une grande fan !
Un héroïne attachante, herboriste, est kidnappée et se retrouve à la cour impériale.
Nous suivons sont évolution dans cet univers plein d'intrigues et de complots.
Mao Mao, l’héroïne, va se faire remarqué et mené l'enquête pour le compte du beau Jinshi, haut fonctionnaire à la cour.
Leur relation est vite électrique et promets pour la suite ...
Un manga joliment dessiné en plus. Et fidèle à la light novel de départ.
Que du bonheur.
Morgan C— Decitre Ecully
“ L'âme d'un guerrier ”
Dans P.T.S.D, Guillaume Singelin nous embarque pour assister à l'évolution toute en verticalité de Jun, ancienne sniper dans l'armée puis devenue malgré elle une laissée pour compte parmi tant d'autres à son retour au pays.
Toute en verticalité donc, on la suit d'abord dans les bas fonds d'une mégalopole multiculturelle fantasque aux inspirations hong-kongaise pour la voir tenter de s'en sortir. Enchaînée à son passé de guerrière, jamais véritablement rentrée au pays, elle symbolise à elle seule ce que subisse véritablement des centaines de milliers d'anciens vétéran abandonnés et marginalisés dans le monde. C'est sa rencontre avec son parfait opposé, Léona, et un ancien vétéran nommé Grey, qu'elle apprendra l'importance d'accepter une main tendue.
Car l'œuvre se veut profondément humaniste et positive, en mettant l'accent sur l'importance d'accepter l'aide des autres et de savoir donner en retour. Véritable ode à ces mégalopoles aux rues grouillants de monde et aux enseignes de street-food à chaque m2, P.T.S.D nous propose un découpage parfois contemplatif mais parfois aussi rythmé qu'un jeu vidéo.
C'est donc dans un univers coloré et aux détails fourni qu'on appréciera suivre l'aventure de Jun sur ces 200 pages.

4.5/5
4.5/5
13,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La genèse de Doggybgags! ”
La voici enfin.
La Genèse d'un des plus gros projet du superbe label 619 avec aux commandes l'auteur le plus sanglant, le plus dingue de l'histoire de la BD française, créateur de Mutafukaz, j'ai nommé RUN !
Avec ce premier tome, il y réunit la crème de la crème, avec une première histoire de loup garous biker aux puissant relents de gasoil et de pneus brûlés. Cinématographique dans son découpage, le grand maître derrière The Grocery, Guillaume Singelin, démontre encore une fois son talent et s'amuse avec courte histoire intense. S'en suit une deuxième histoire servant d'amuse gueule pour se plonger dans le teenage et addictif univers de Freak's Squeele créé par Florent Maudoux, qui est une véritable tuerie visuel.
Et pour clore le bal, RUN nous régale d'une histoire en 3 monochromes montrant la chute aux enfers d'un braqueur en fuite dans un désert. Encore une fois, le créateur de Mutafukaz n'a plus rien à prouver en termes de contraste et de couleurs. Visuellement irréprochable, on est clairement sur un potentiel énorme (Que reprendra Mathieu Bablet pour sa saga des Midnight Tales !)
Morgan C— Decitre Ecully
“ Le Roi Immortel ”
Un roi millénaire immortel venu d'Hyperborée sillonne le pays en quête de réponses, ne laissant derrière lui que des petits cailloux, symboles de son passage sur Terre. Bablet, accouchant ici de son deuxième projet après la Belle Mort, dessine une odyssée qui mènera notre héros à travers moult cités et paysages tout plus colorés les uns que les autres et ce, jusqu'à l'Olympe. Car qui mieux que les dieux eux-mêmes peuvent savoir la raison de cette vie sans fin ?
Alors que se dresse autant de créatures de la mythologie grecque que d'humains courant après son immortalité, notre pauvre roi se questionne sur le sens même de son existence : en effet, pourquoi diable ne peut-il pas mourir ? Est-ce une douleur que de ne rien laisser derrière soi ?
Cette question cache ici un double sens de lecture : au delà de simplement questionner l'envie d'immortalité que nous avons tous pu ressentir un jour, Bablet questionne aussi le sens même que chacun peut donner à son existence pour ainsi passer outre notre aspect éphémère.
L'homme naît et meurt, les cours d'eau s'assèchent, la terre se fend en deux, mais la vie continue. Le message est ici le même avec cet homme pour qui une poignée d'années n'est qu'un battement de cils et dont la mémoire finit par s'étioler au fil des siècles. D'une poésie douce et d'un humour inattendu, le récit de ce roi venu d'un autre royaume et d'un autre temps fait écho à notre propre existence et notre finitude et nous fait vibrer jusqu'à la dernière page.
Morgan C— Decitre Ecully
“ L'absurde road-trip de l'existence ”
En découvrant l'univers de Fabcaro avec l'un de ses travaux récents qu'est Zai Zai Zai Zai, je ne m'attendais clairement pas à une bombe pareille.
Avec un humour absurde maîtrisé et savoureux, il dépeint la traque haletante (ou pas) d'un homme auteur de BD, qui n'est autre que Fabcaro. Devenu criminel à cause d'une carte de fidélité oubliée, et par la même bouc émissaire pour tout les maux d'un monde complètement fou, il en profite pour offrir un aspect d'auto-dérision à son œuvre.
Toutes les facettes de la société y passent, décortiquées avec cynisme, et poussées dans leur extrême pour en dévoiler leurs absurdités naturelles. Sur des séries de strip de six cases possèdant chacun une chute à la fin, ces mini-histoires humoristiques apportent leur lot de chute troublante ou improbables, confirmant le génie de Fabcaro à réussir à combiner autant de références et de réflexions sous jacentes.
Entre les Peugeot qui volent et les gardiens de sécurité qui font des roulades, on se demande parfois où commence le réel et où il s'en va, dans l'esprit dérangé mais parfaitement lucide de Fabcaro.
Morgan C— Decitre Ecully
“ On rigole bien, avec Fab ! ”
L'humour de Fabcaro est d'une simplicité tellement déconcertante dans sa structure, qu'on en viendrait vite à se dire que le filon sera épuisé au bout de trois strips. Car Fabcaro, auteur français aux adaptations filmiques et théâtrales de plus en plus fréquentes, enchaîne le travail de manière assez industrielle. La peur est raisonnable, comme dans le cas du cinéma d'un certain Oizo, d'y voir une redondance et une perte de rythme. Et pourtant, il n'en est (encore) rien.
Tout est dans la gestion parfaite du rythme, dans cet enchaînement de cases aux personnages figés en pleine action, et bien évidemment dans cet absurde venant parasiter la chute... À moins que l'entièreté de l'univers de Fabcaro soit fondé sur des bases absurdes, et que ça soit par ses punch-lines criantes de vérité sur notre quotidien qu'il arrive à nous faire rire jaune ? Rien n'est moins sûr, quand on découvre qu'un éléphant est dans notre assiette ou qu'un bateau d'immigrés traverse la piscine municipale...
Mais si la structure est vite acquise, on rit quand même à gorge déployée à chaque nouveau gag, et on en redemande. Certes, il peut y avoir quelques blagues qui finissent par être anticipé à force, mais on reste gourmand de ce genre de merveilles humoristiques.
Chez Fabcaro, le trait est annexe, tout est dans la chute, digne d'un film des ZAZ, où absurde et cynisme s'entrelacent avec passion.

3.5/5
3.8/5
Poulet aux prunes
Album
15,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Les déconvenues de l'amour ”
Cette histoire, c'est celle d'un oncle.
Un oncle joueur de Tar, brisé par la perte de son meilleur instrument, qui ne sait comment combler le vide insondable en lui.
Un oncle qui, comme dans les histoires d'amour tragique, repense à ses erreurs passées, et cherche vainement à échapper à un quotidien étouffant.
Seul réconfort olfactif : l'odeur exquise de son plat préféré : le poulet aux prunes.
Marjane Satrapi, forte de son excellent roman graphique Persepolis, revient avec Poulet Aux Prunes pour une nouvelle fois toucher terre dans son Iran des années 80, alors en pleine mutation politique et économique. Mais le récit est cependant très différent de d'habitude.
Déjà, car le propos politique n'est qu'un petit élément en guise de toile de fond pour poser son conte, mais surtout car le thème, bien que tragique, est traité avec moins d'approfondissement qu'avec son dernier ouvrage : privilégiant la forme du conte, Satrapi nous délivre certes moins poignant et percutant , mais quand même ancré dans les réalités et déconvenues de l'amour.
Morgan C— Decitre Ecully
“ 2001, l'Odyssée de l'Humain ”
Le gavage continuel d'informations est l'un des grands maux de notre société numérique, tant il questionne notre rapport à l'image comme à notre héritage. En effet, que laisse-t'on à eux qui reste, quand nous vivons dans une société de l'image instantanée ? Si les supports nous permettent désormais de les consulter quand on veut et d'en produire à foison, l'image n'a jamais été autant éphémère dans nos esprits que maintenant.
Il n'est donc pas rare de voir régulièrement éclore des réflexions en lien avec ces thématiques nouvelles, comme ici avec Préférence Système, une bande dessinée de Ugo Bienvenue. L'histoire prend place dans une France futuriste, saturant tellement en données qu'un corps gouvernemental a désormais pour objectif de supprimer les dossiers superflus afin d'éviter les surcharges...
Le problème, c'est que parmi ces éléments superflus, dont la notion-même est supervisée par des algorithmes, on y retrouve 2001, L'Odyssée de l'Espace, le célèbre film de Stanley Kubrick. Son taux de visionnage étant devenu bien trop faible, la logique l'emporte sur la sensibilité artistique : l'œuvre doit être supprimée. Mais un de ces agents refuse de s'y plier, et conserve l'œuvre avec lui, au risque de perdre tout ce qu'il a pour conserver ce fragment de la culture humaine.
Ce Farenheit 451 2.0 est donc l'occasion de s'interroger véritablement sur la notion même de données, dans un contexte de surproduction culturel et visuelle, où une image n'a plus la même valeur de culte qu'il y a 80 ans. Ici, le passé ne représente plus rien, si ce n'est un simple cube parmi des millions d'autres. C'est d'ailleurs cette infinité de vidéos et images, saturant l'espace, que Ugo Bienvenue critique avec beaucoup d'humour, pointant du doigt au passage l'état de délabrement intellectuel d'un monde comateux.
Le trait du dessinateur se prête assez bien, malgré sa froideur, à quelques séquences poétiques entre le rapport d'un robot à son environnement, mais aussi à la transmission de génération en génération, et nous rappelle à ce futur proche qu'est le nôtre : celui des intelligences artificielles et de la pensée assistée.
Reste désormais à savoir vers quel système nous désirons nous tourner...
Morgan C— Decitre Ecully
“ 1984 a encore des choses à dire ! ”
Dans un contexte où l'œuvre phare de George Orwell est désormais passée dans le domaine public, les adaptations en bande dessinée se sont enchaînée en 2021, comme celle-ci, faite par Xavier Coste, sortie aux éditions Sarbacane.
On y suit donc Winston, employé de bureau et infime rouage d'une société totalitariste post-Guerre Froide, où l'abolition de la liberté individuelle a permit d'élever le genre humain à un tout autre état. Pourtant, dans ces dédales de béton où se confondent structures titanesques et foules d'âmes en peine, une solution pourrait bien permettre à Winston d'échapper à cette réalité suffocante...
Dans une envie de concilier modernisation de l'œuvre et respect du matériau de base, Coste use avec technicité de son pinceau pour nous offrir de vastes environnements en page pleine mettant l'accent sur l'aspect liliputien de notre protagoniste.
Mais il ne se formalise pas, puisque s'il garde le fil narratif, il l'enrobe de quelques ajouts bienvenus, comme l'usage d'un cadre plus moderne, rappelant le Londres actuel et ses milliers de caméras à chaque angle de rue. L'idylle amoureuse entre Winston et Julia est l'occasion d'apercevoir quelques brefs instants de bonheur illusoire dans des jardins publics mornes et tristes, seuls lieux de calme au milieu d'un enfer de béton.
Si l'histoire reste donc conforme au roman, ce qui va toucher et happer le lecteur sera la patte graphique épurée de Coste, avec ses variations de couleur intensifiant l'état d'esprit de Winston, posant un cadre étouffant et glaçant d'un monde broyé par le regard absolu de Big Brother. Il conclut à merveille son histoire, avec une double page qui restera dans les mémoires de la bande dessinée.
Morgan C— Decitre Ecully
“ Obsession de soi ”
Pour son premier fait d'armes, la jeune dessinatrice Léa Murawiec frappe fort avec ce one-shot très graphique, à mi-chemin entre l'art naïf et le manga, dont le rythme ne tarie jamais.
L'influence manga se ressent d'autant plus quand on observe deux choses : d'abord, les personnages aux formes arrondies, qui ne sont pas sans rappeler ceux des mangas de Ozamu Tezuka, le père fondateur du manga moderne.
Et enfin, l'environnement urbain très détaillé, qui n'est pas sans rappeler les segments détruits de Néo-Tokyo dans Akira, le manga de Katsuhiro Ottomo.
Vous l'aurez compris , c'est un plaisir visuel de contempler l'aventure de Mahel dans ce cadre trichromique de toutes beautés. Mais c'est aussi une œuvre de réflexion sur l'obsession qu'ont nos sociétés sur le culte de l'image de soi et l'envie de laisser une trace dans l'histoire du monde, obsession qui se traduit graphiquement par des double pages de bâtiments saturés de noms et prénoms, ne laissant plus voir qu'un horizon de noms.
Alors que Mahel cherche désespérément à exister dans cet océan de patronymes, la question qui se pose alors est qu'y a t'il dans le Grand Vide ?
Morgan C— Decitre Ecully
“ Sixième excursion en Cités Obscures ”
Aujourd'hui, nous nous attardons sur La Route d'Armilia, cinquième segment des Cités Obscures.
Rédigé tel un conte illustré, cet album offre une transition de style narratif bienvenu qui confirme l'importance que représente cet édifice qu'est la saga des Cités Obscures pour le duo Schuiten/Peeters : un champ d'expérimentation scénaristique et graphique.
L'histoire, si elle est un brin courte, offre une histoire efficace et prenante, où se cumule de splendides vues de cités lointaines dont seul l'esprit de Schuiten a le secret, allant des mystérieuses voûtes de Porrentruy à la somptueuse Muhka. En parallèle se déroule un récit, plus dramatique, mettant en lumière l'exploitation infantile au sein de la cité de Mylos.
Mais le cœur du récit reste quand même cette aventure en zeppelin jusqu'à la mystérieuse cité d'Armilia, dont le temps s'est arrêté. Un voyage empreint d'une certaine poésie, qui aurait mérité un approfondissement de Peeters.
Mais les Cités Obscures cachent encore d'autres mystères, et la route d'Armilia est une route parmi tant d'autres...

27,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Cinquième excursion en Cités Obscures ”
Aujourd'hui, nous nous attardons sur La Tour, quatrième segment des Cités Obscures
L'histoire est celle du mainteneur Giovanni Batista qui, après s'être rendu compte que l'inspecteur de réseau ne viendrait pas, décide de partir de la Tour ,édifice babelien par excellence et dont la construction et l'organisation hiérarchique est digne d'une lubie orwelienne.
Face à ce chaos, Schuiten offre une myriade d'illustrations noir et blanc au trait marqué, dont la parenté avec le travail de Piranesi est entièrement assumée. Splendide de par la variété architecturale qu'il propose, ce récit sort du canevas historique habituel pour nous immerger dans ce que l'on suppose être une époque medieval/Renaissance. Le plus intéressant reste encore le récit proposé par Peeters, narré comme un ouvrage picaresque et doté d'une réflexion intrigante sur l'absurdité de l'existence et de la foi humaine.
Mais les Cités Obscures cachent encore d'autres mystères, et la Tour n'est qu'un édifice parmi d'autres...

24,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Quatrième excursion en Cités Obscures ”
Aujourd'hui, nous nous attardons sur La Fièvre d'Urbicande, deuxième segment des Cités Obscures, édité en format BD traditionnel.
L'histoire suit l'urbatect Eugen Robick, chargé de fignoler l'urbanisme de Urbicande, cité impeccable de symétrie et de rigueur architecturale , baignant dans un totalitarisme oppressant. En face, de l'autre côté du fleuve, c'est Urania, la décadente. Ville des vices à l'architecture chaotique, elle est l'incarnation des craintes de Robick pour l'avenir d'Urbicande.
Le gigantisme des structures écrase les protagonistes, isolés au milieu des faubourgs déserts tels les deux silhouettes de nos protagonistes que l'on aperçoit au début de l'œuvre. C'est pourtant au travers de cet amour pour l'ordre et la symétrie que commence le récit extravagant de Robick : un cube auto-répliquant, posé un matin sur son bureau, se met à désordonner tout ce qu'avait construit Robick. C'est la fin d'une ère d'ordre, et le début du chaos...
Mais comment continuer à vivre, tandis que grandit cette structure infernale qui annihile les limites topographiques ? Tandis qu'elle met en lumière les failles d'un système parfait et qu'elle fracture l'édifice social, Robick contemple son évolution, afin d'en comprendre les intentions.
Mais les Cités Obscures ont encore beaucoup à raconter, et la fièvre d'Urbicande n'est qu'une maladie parmi tant d'autres...

Morgan C— Decitre Ecully
“ Troisième excursion en Cités Obscures ”
Aujourd'hui, nous nous attardons sur L'Archiviste, troisième segment des Cités Obscures, édité en format BD traditionnel.
Narré comme un guide de voyage, ce nouveau segment est entremêlé des réflexions d'un archiviste en pleine investigation sur Les Cités Obscures, Isidore Louis. Au fur et à mesure de ses découvertes sur L'Autre Monde, nous découvrons une succession de splendides illustrations pleine page d'endroits mystérieux que l'on peut trouver dans les Cités Obscures.
Le talent de Schuiten est ici le pilier central du récit, là où d'ordinaire se forme une osmose entre lui et Peeters. Mais quel plaisir graphique et esthète que de contempler ces pièces dignes d'être exposées au Louvres. Quel savoureux moment que de laisser sa rétine se balader sur la composition des Naufrageurs, sur la beauté du Lac Vert ou sur l'incongruité de la scène se déroulant dans le temple Servadac.
L'incursion n'est certes que peu scénarisée, quoique se permettant un twist méta digne des Murailles de Samaris, mais quelle incursion splendide. On se sent tel un voyageur lointain, explorant des mondes qui ne peuvent qu'être contemplé qu'au travers d'un hublot.
Mais les Cités Obscures cachent encore d'autres mystères, et l'Archiviste n'est qu'une clé de lecture parmi tant d'autres...

5/5
5/5
23,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Deuxième excursion en Cités Obscures ”
Aujourd'hui, nous nous attardons sur La Frontière Invisible, un des segments des Cités Obscures, édité dans un format BD traditionnelle et séparé en deux volumes.
Nous y découvrons la vie d'un jeune cartographe, Roland de Cremer, venant à peine de rejoindre le célèbre Centre de Cartographie. Cependant, à peine arrivé que le voilà au centre d'un conflit entre l'Ancien monde, celui des cartographes adeptes des méthodes traditionnelles, et le Nouveau, celui d'un gouvernement technocrate instrumentalisé par un pouvoir en place désireux de conquêtes militaires.
En effet, si le travail des cartographes est crucial d'un point de vue géographique, il l'est aussi d'un point de vue politique. Cependant, l'ancienne génération de cartographes ne l'entende pas ainsi, ce qui pose Roland face à la collision de deux visions, l'obligeant à faire un choix. En plus de ça, une mystérieuse jeune femme, Shkodrâ, semble avoir sur sa peau un secret politique qui pourrait bien mettre en branle les ambitions du chef suprême de la Sodrovno-Voldachie, le maréchal Radisic.
Le duo Schuiten/Peeters offre un récit prenant, mêlant autant un amour de l'architecture sous toutes ses formes qu'une passion pure pour l'art de la cartographie. Les structures mêlent ici plusieurs technologies au sein d'un centre à la forme ronde dont les proportions dépassent l'imagination et ce, en plein cœur du désert.
Ici, la réflexion dépasse le cadre de cette course poursuite entre Roland et le gouvernement, pour traiter de la lutte entre ancienne et nouvelles technologies, mais aussi et surtout pour parler de l'importance de la cartographie au sein d'une civilisation. Car les cartes, aussi détaillées puissent elles être, restent le produit d'humains faillibles : elles ne sont qu'une interprétation subjective, parfois mandée par des institutions étatiques, qui offrent à contempler une vision unique d'un pays et de ses limites. Elles effacent les travers douloureux d'une guerre perdue, elles passent à la meule les souvenirs brisés des perdants, pour ne laisser finalement qu'une succession de points et de traits.
Mais Les Cités Obscures ont encore beaucoup à raconter, et cette carte n'indique qu'une position parmi tant d'autres...
Morgan C— Decitre Ecully
“ Un homme qui est bien dans sa peau est, ou bien un inconscient, ou bien un salaud. ”
Peau d'homme se présente comme un conte initiatique. Celui d'une jeune femme évoluant en pleine Renaissance Italienne, et dont la condition de femme impose un socle de vie cadrée jusqu'à la fin de sa vie. Cette jeune femme, elle s'appelle Bianca, et son seul souhait est d'espérer que son futur mari, imposé, l'aimera un tant soit peu. Mais une peau aux pouvoirs étranges pourrait bien l'éveiller à comprendre qui est réellement son futur époux, ainsi que la société qui l'entoure... Cette peau, c'est une peau d'homme.
Au travers de pleines cases conjuguant les tableaux de Bruegel et les fresques de M.C Escher, le duo Zanzim Hubert délivre un récit mêlant avec beaucoup d'habileté les sujets de la transidentité, de l'homosexualité ou encore de la découverte de son propre corps... le tout transposé dans un cadre puritain religieux qui, bien qu'étant seulement personnifié par un seul homme (ce qui affaiblit un peu la portée critique du pamphlet anti inquisiteur), propose un message d'amour et de conciliation avec soi même et les autres.
Ainsi, la quête de l'amour d'une vie révèle des facettes multiples, bien loin du cadre idyllique de Peau d'Ane, et le message que transmet la BD, malgré son cadre ancien, revêt un propos d'une certaine actualité.

5/5
5/5
24,50 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La Noirceur de l'âme ”
Alors qu'on imaginait qu'avec Blast, Manu Larcenet atteignait son apothéose graphique, voilà qu'un des auteurs de BD français les plus prolifiques du pays rempile avec un bloc de 300 pages, coupé en deux volumes, dans un élégant format à l'italienne : Le Rapport de Brodeck.
Et si le format impressionne, ce n'est rien à côté des planches incroyables que délivre Larcenet, d'un noir et blanc charbonneux incisif et graphique à souhait. Les gueules burinés des membres de ce village perdu quelque part en Autriche (on le suppose) nous agrippe la cornée jusqu'à la dernière page tournée, tandis que l'on suit l'histoire de Brodeck.
Brodeck, c'est un homme revenu d'un enfer. Un aller simple que lui ont offert les gens du village, et où on l'a traité comme un chien. Le retour au bercail est compliqué, surtout quand les membres du village lui demande d'écrire un rapport sur la venue d'un étranger il y a quelques temps, afin de clarifier la situation quant à son étrange disparition. Cette disparition d'ailleurs , Brodeck la voit d'un oeil un peu méfiant. Après tout, sa propre communauté l'a bien balancé aux monstres allemands, alors tuer quelqu'un qui furète partout...
Mais le problème, c'est ce foutu rapport que Brodeck doit écrire. Car le maire lui a bien dit qu'il devait y dire que la vérité et rien d'autre, qu'il devait oublier le superflu... Mais qu'est ce qui est superflu, dans cette histoire ?
Une nouvelle fois, Larcenet mitraille le paysage bédéesque sans aucune pitié, à grand renfort de cartouches picturales noir et blanc de gros calibre. Le trait ? Précis, détaillé. Les compositions ? Amples, puissantes, saisissantes. L'histoire de Brodeck nous saisit à la gorge, tandis qu'on essaie de se remettre de la claque graphique, tant elle dépeint avec force la perversion humaine dans toute sa déliquescence.
Ce village paumé au coeur des montagnes, c'est un microcosme de l'horreur de l'humain, de sa face sombre, où même le pasteur se décrit comme l'égout de leurs pensées et de leurs péchés. Les rares faces joviales ne le restent jamais bien longtemps, parmi les tréfonds de ces vallons enneigés où l'humanité a plié bagages depuis longtemps, et Larcenet ne laisse d'ailleurs jamais briller la lueur de l'espoir, même jusqu'aux dernières pages.
On ne lâche ce bijou qu'après une éreintante lecture, qui nous aura aspiré toutes forces. Mais pourtant, on en ressort étrangement grandi et ressourcé, après avoir écumé autant de noirceur.

5/5
5/5
22,50 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La Noirceur de l'âme ”
Alors qu'on imaginait qu'avec Blast, Manu Larcenet atteignait son apothéose graphique, voilà qu'un des auteurs de BD français les plus prolifiques du pays rempile avec un bloc de 300 pages, coupé en deux volumes, dans un élégant format à l'italienne : Le Rapport de Brodeck.
Et si le format impressionne, ce n'est rien à côté des planches incroyables que délivre Larcenet, d'un noir et blanc charbonneux incisif et graphique à souhait. Les gueules burinés des membres de ce village perdu quelque part en Autriche (on le suppose) nous agrippe la cornée jusqu'à la dernière page tournée, tandis que l'on suit l'histoire de Brodeck.
Brodeck, c'est un homme revenu d'un enfer. Un aller simple que lui ont offert les gens du village, et où on l'a traité comme un chien. Le retour au bercail est compliqué, surtout quand les membres du village lui demande d'écrire un rapport sur la venue d'un étranger il y a quelques temps, afin de clarifier la situation quant à son étrange disparition. Cette disparition d'ailleurs , Brodeck la voit d'un oeil un peu méfiant. Après tout, sa propre communauté l'a bien balancé aux monstres allemands, alors tuer quelqu'un qui furète partout...
Mais le problème, c'est ce foutu rapport que Brodeck doit écrire. Car le maire lui a bien dit qu'il devait y dire que la vérité et rien d'autre, qu'il devait oublier le superflu... Mais qu'est ce qui est superflu, dans cette histoire ?
Une nouvelle fois, Larcenet mitraille le paysage bédéesque sans aucune pitié, à grand renfort de cartouches picturales noir et blanc de gros calibre. Le trait ? Précis, détaillé. Les compositions ? Amples, puissantes, saisissantes. L'histoire de Brodeck nous saisit à la gorge, tandis qu'on essaie de se remettre de la claque graphique, tant elle dépeint avec force la perversion humaine dans toute sa déliquescence.
Ce village paumé au coeur des montagnes, c'est un microcosme de l'horreur de l'humain, de sa face sombre, où même le pasteur se décrit comme l'égout de leurs pensées et de leurs péchés. Les rares faces joviales ne le restent jamais bien longtemps, parmi les tréfonds de ces vallons enneigés où l'humanité a plié bagages depuis longtemps, et Larcenet ne laisse d'ailleurs jamais briller la lueur de l'espoir, même jusqu'aux dernières pages.
On ne lâche ce bijou qu'après une éreintante lecture, qui nous aura aspiré toutes forces. Mais pourtant, on en ressort étrangement grandi et ressourcé, après avoir écumé autant de noirceur.
Morgan C— Decitre Ecully
“ La beauté d'une langue ”
Les rues animées d'une ville.
Les bribes de conversation saisies au vol.
La douce moiteur d'un été infini.
Et enfin, la dualité de deux langages qui s'affronte.
Bienvenue au Portugal.
Cyril Pedrosa délivre, après quelques faits d'armes remarqués dans le milieu, son one-shot Portugal, un récit d'autofiction autour du déracinement et du questionnement de son identité à travers ses origines. On y suit un auteur de BD en crise, incapable de renouer des liens avec sa famille comme de prendre des décisions pour l'avenir...
Mais la clé de tout ses maux pourrait bien se trouver quelque part au Portugal, dans l'histoire de sa famille.
Ample de quelques 300 pages, cet imposant ouvrage recèle en ses pages un sublime florilège de couleurs chatoyantes, donnant vie à un Portugal vibrant d'énergie, qui est aussi appuyé par le trait léger de Pedrosa, ainsi qu'une aquarelle délicate donnant corps à une ville solaire digne d'un été camusien.

5/5
24,50 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Enter The Bolchoi ”
S'il y a bien un thème phare dans la science fiction, qu'elle soit littéraire ou filmique c'est bien celui des mondes virtuels, ces réflexions distordues de notre univers ayant des règles qui leur sont propres. En miroir de nos erreurs, le monde virtuel est aussi et surtout l'échappatoire idéal à toutes les crises à venir, et la meilleure manière de briser toutes les règles de notre monde pour en créer de nouvelles.
Et c'est ce que propose Boulet et Aseyn, avec leur bande dessinée : Bolchoi Arena !
Si vous trouviez que le paysage de la bande dessinée français manquait d'une saga de hard-SF, la voici donc devant vos yeux. On y retrouve Marje, une jeune étudiante en astro-physique qui découvre pour la première fois ce qu'est le Bolchoi, une sorte de monde virtuel aux règles strictes mais au potentiel infini : explorer les confins de notre système, expérimenter le voyage stellaire, la vie sur d'autres planètes... Mais aussi et surtout se faire de l'argent en capitalisant sur des mines, en tuant d'autres joueurs, en collaborant avec des corporations...
Vous l'aurez compris, le Bolchoi porte bien son nom (Bolchoi signifie grand en russe) puisque les possibilités d'un tel monde sont incalculables... et que les entreprises privés en ont très vite compris le potentiel mercantile.
Pourtant, même si le Bolchoi est réputé pour sa sûreté et son taux de risque 0, la jeune Marje n'est pas à l'abri de vivre une expérience qui pourrait bien tout remettre en question...
Forte de trois volumes (et d'un quatrième en préparation), cette saga permet donc de s'immerger dans ce Bolchoi, dont l'utilité dépasse le simple lieu d'évasion et de détente pour gamers : ce sont de véritables missions scientifiques et expérimentations qui sont menées dans le Bolchoi avec pour objectif affiché de refléter les aspirations futures de l'humanité, en attendant d'avoir réellement les moyens technologiques pour mener de telles opérations. Mais entre réalité et virtuel, la frontière est mince, et à trop vouloir se reposer sur un monde sans corps physique, on chute d'autant plus facilement quand vient le dur retour au monde.
Marje subit d'ailleurs (au début de l'œuvre) une déconnexion progressive de la réalité, qui n'est finalement pas sans rappeler les sonnettes d'alarmes tirées par déjà bon nombre d'œuvres concernant les risques d'une réalité virtuelle qui supplanterait le réel lui-même. Quant à la privatisation de ses secteurs spatiaux par des multinationales que l'on voit dans l'œuvre, n'est ce pas un miroir de notre situation actuelle concernant l'exploitation des ressources d'autres planètes, et dont la ratification d'accords pour réglementer ce statut laisse pensif quant au futur de la colonisation spatiale ?
Bien sûr, l'œuvre sait aussi s'apprécier d'un point de vue autre que scénaristique, puisque Boulet est accompagné du dessinateur Aseyn.
La technicité de son trait dépasse d'ailleurs toutes les attentes, tant l'on a l'impression d'avoir devant soi le successeur français de Katsuhiro Otomo (le mangaka derrière Akira), avec ses doubles pages sublimes révélant des structures spatiales titanesques ainsi que des environnements qui laisse rêveur. On apprécie les balades sur d'autres planètes, on s'émeut de la situation de Marje, et on contemple aussi, impuissant, un monde qui brûle.
Bolchoi Arena s'affiche donc comme l'une des bande dessinée de SF à ne surtout pas manquer, et dont l'attente pour le quatrième volume vous laissera sûrement, comme moi, sur les rotules.

24,50 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Enter The Bolchoi ”
S'il y a bien un thème phare dans la science fiction, qu'elle soit littéraire ou filmique c'est bien celui des mondes virtuels, ces réflexions distordues de notre univers ayant des règles qui leur sont propres. En miroir de nos erreurs, le monde virtuel est aussi et surtout l'échappatoire idéal à toutes les crises à venir, et la meilleure manière de briser toutes les règles de notre monde pour en créer de nouvelles.
Et c'est ce que propose Boulet et Aseyn, avec leur bande dessinée : Bolchoi Arena !
Si vous trouviez que le paysage de la bande dessinée français manquait d'une saga de hard-SF, la voici donc devant vos yeux. On y retrouve Marje, une jeune étudiante en astro-physique qui découvre pour la première fois ce qu'est le Bolchoi, une sorte de monde virtuel aux règles strictes mais au potentiel infini : explorer les confins de notre système, expérimenter le voyage stellaire, la vie sur d'autres planètes... Mais aussi et surtout se faire de l'argent en capitalisant sur des mines, en tuant d'autres joueurs, en collaborant avec des corporations...
Vous l'aurez compris, le Bolchoi porte bien son nom (Bolchoi signifie grand en russe) puisque les possibilités d'un tel monde sont incalculables... et que les entreprises privés en ont très vite compris le potentiel mercantile.
Pourtant, même si le Bolchoi est réputé pour sa sûreté et son taux de risque 0, la jeune Marje n'est pas à l'abri de vivre une expérience qui pourrait bien tout remettre en question...
Forte de trois volumes (et d'un quatrième en préparation), cette saga permet donc de s'immerger dans ce Bolchoi, dont l'utilité dépasse le simple lieu d'évasion et de détente pour gamers : ce sont de véritables missions scientifiques et expérimentations qui sont menées dans le Bolchoi avec pour objectif affiché de refléter les aspirations futures de l'humanité, en attendant d'avoir réellement les moyens technologiques pour mener de telles opérations. Mais entre réalité et virtuel, la frontière est mince, et à trop vouloir se reposer sur un monde sans corps physique, on chute d'autant plus facilement quand vient le dur retour au monde.
Marje subit d'ailleurs (au début de l'œuvre) une déconnexion progressive de la réalité, qui n'est finalement pas sans rappeler les sonnettes d'alarmes tirées par déjà bon nombre d'œuvres concernant les risques d'une réalité virtuelle qui supplanterait le réel lui-même. Quant à la privatisation de ses secteurs spatiaux par des multinationales que l'on voit dans l'œuvre, n'est ce pas un miroir de notre situation actuelle concernant l'exploitation des ressources d'autres planètes, et dont la ratification d'accords pour réglementer ce statut laisse pensif quant au futur de la colonisation spatiale ?
Bien sûr, l'œuvre sait aussi s'apprécier d'un point de vue autre que scénaristique, puisque Boulet est accompagné du dessinateur Aseyn.
La technicité de son trait dépasse d'ailleurs toutes les attentes, tant l'on a l'impression d'avoir devant soi le successeur français de Katsuhiro Otomo (le mangaka derrière Akira), avec ses doubles pages sublimes révélant des structures spatiales titanesques ainsi que des environnements qui laisse rêveur. On apprécie les balades sur d'autres planètes, on s'émeut de la situation de Marje, et on contemple aussi, impuissant, un monde qui brûle.
Bolchoi Arena s'affiche donc comme l'une des bande dessinée de SF à ne surtout pas manquer, et dont l'attente pour le quatrième volume vous laissera sûrement, comme moi, sur les rotules.
Morgan C— Decitre Ecully
“ Enter The Bolchoi ”
S'il y a bien un thème phare dans la science fiction, qu'elle soit littéraire ou filmique c'est bien celui des mondes virtuels, ces réflexions distordues de notre univers ayant des règles qui leur sont propres. En miroir de nos erreurs, le monde virtuel est aussi et surtout l'échappatoire idéal à toutes les crises à venir, et la meilleure manière de briser toutes les règles de notre monde pour en créer de nouvelles.
Et c'est ce que propose Boulet et Aseyn, avec leur bande dessinée : Bolchoi Arena !
Si vous trouviez que le paysage de la bande dessinée français manquait d'une saga de hard-SF, la voici donc devant vos yeux. On y retrouve Marje, une jeune étudiante en astro-physique qui découvre pour la première fois ce qu'est le Bolchoi, une sorte de monde virtuel aux règles strictes mais au potentiel infini : explorer les confins de notre système, expérimenter le voyage stellaire, la vie sur d'autres planètes... Mais aussi et surtout se faire de l'argent en capitalisant sur des mines, en tuant d'autres joueurs, en collaborant avec des corporations...
Vous l'aurez compris, le Bolchoi porte bien son nom (Bolchoi signifie grand en russe) puisque les possibilités d'un tel monde sont incalculables... et que les entreprises privés en ont très vite compris le potentiel mercantile.
Pourtant, même si le Bolchoi est réputé pour sa sûreté et son taux de risque 0, la jeune Marje n'est pas à l'abri de vivre une expérience qui pourrait bien tout remettre en question...
Forte de trois volumes (et d'un quatrième en préparation), cette saga permet donc de s'immerger dans ce Bolchoi, dont l'utilité dépasse le simple lieu d'évasion et de détente pour gamers : ce sont de véritables missions scientifiques et expérimentations qui sont menées dans le Bolchoi avec pour objectif affiché de refléter les aspirations futures de l'humanité, en attendant d'avoir réellement les moyens technologiques pour mener de telles opérations. Mais entre réalité et virtuel, la frontière est mince, et à trop vouloir se reposer sur un monde sans corps physique, on chute d'autant plus facilement quand vient le dur retour au monde.
Marje subit d'ailleurs (au début de l'œuvre) une déconnexion progressive de la réalité, qui n'est finalement pas sans rappeler les sonnettes d'alarmes tirées par déjà bon nombre d'œuvres concernant les risques d'une réalité virtuelle qui supplanterait le réel lui-même. Quant à la privatisation de ses secteurs spatiaux par des multinationales que l'on voit dans l'œuvre, n'est ce pas un miroir de notre situation actuelle concernant l'exploitation des ressources d'autres planètes, et dont la ratification d'accords pour réglementer ce statut laisse pensif quant au futur de la colonisation spatiale ?
Bien sûr, l'œuvre sait aussi s'apprécier d'un point de vue autre que scénaristique, puisque Boulet est accompagné du dessinateur Aseyn.
La technicité de son trait dépasse d'ailleurs toutes les attentes, tant l'on a l'impression d'avoir devant soi le successeur français de Katsuhiro Otomo (le mangaka derrière Akira), avec ses doubles pages sublimes révélant des structures spatiales titanesques ainsi que des environnements qui laisse rêveur. On apprécie les balades sur d'autres planètes, on s'émeut de la situation de Marje, et on contemple aussi, impuissant, un monde qui brûle.
Bolchoi Arena s'affiche donc comme l'une des bande dessinée de SF à ne surtout pas manquer, et dont l'attente pour le quatrième volume vous laissera sûrement, comme moi, sur les rotules.

39,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Dracula Love ! ”
Joan Sfarr, c'est un grand adolescent qui n'a jamais voulu grandir.
Ainsi, rien d'étonnant à ce que la plupart de ses créations transpirent d'un onirisme et d'une poésie très adolescente, très franche dans ses dialogues et dans sa manière de concevoir les relations amoureuses...
Il n'y a qu'à voir l'une de ses saga, Grand Vampire, pour se rendre compte de l'importance que l'auteur place dans cette vision juvénile, avec ses aventures de Fernand le vampire neurasthénique , en quête de l'amour... C'est dans ce canevas fantastique, mêlant étroitement l'art de l'expressionnisme allemand et Van Gog, qu'évolue donc notre cher comparse, entouré de ses amis insolites, comme le Loup-Dragou, Liaou la mandragore ou bien Michel Douffon l'inspecteur de police...
Tout ce beau monde vit pour l'amour et Sfarr n'hésite pas, avec des dialogues souvent crus, à exprimer tantôt leur frustration de ne pas le trouver, et tantôt leur extase libidineuse... Le risque est grand, car ce parti pris risque de détourner plus d'un lecteur à plonger dans cet univers érotico-fantastique, d'autant que Sfarr, en grand être volage qu'il est, survole assez souvent ses personnages sans forcément leur donner de développement, nous laissant dans un état de frustration.
Mais pour autant, le plaisir à découvrir ce monde foisonnant reste bien présent tout le long des six volumes de la saga, et le trait léger de Sfarr est un véritable régal pour les yeux.

24,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Wake Up, Dead Men ! ”
"Allez travailler aux champs, et s’il n’y a pas assez de mains, qu’on déterre les morts"
Cette phrase macabre ne pouvait pas mieux tomber, en ce Jour des Morts où le Mexique pleure ses héros de la révolution de 1910, fusillés par l'oppresseur et enterrés tels des inconnus. Le dessinateur Frantz Duchazeau donne alors les armes à des calaveras, afin de refaire une révolution au travers d'une fantaisie macabre exquise, dans un noir et blanc charbonneux rappelant les illustrations des années 20 !
Il ne faudra pas s'attendre à un récit étoffé cependant, mais plus à un exercice de style macabre qui s'accompagnera bien durant une session écoute de Danse macabre de Saint Saëns.

5/5
31,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La Planète des Singes... en beaucoup plus drôle ! ”
Monkey Bizzness, c'est l'histoire délirante d'un macaque, Jack Mandrill, et d'un gorille, Hammerfist. À eux deux, ils évoluent au cœur d'un Los Angeles en ruines, où les hommes sont retournés à l'âge de pierre tandis que les animaux parlants ne font que répéter les mêmes conneries. Guerre, drogue, prostitution, esclavage... sale temps pour être quelqu'un d'honnête et d'intègre, de nos jours. Mais heureusement, ce n'est pas le cas de notre duo, qui s'avère être les pires salopards possibles, ne faisant aucun compromis pour profiter de la vie.
Avec Mandrill et Hammerfist, vous n'aurez pas une minute de répit : ils attirent les emmerdes comme les mouches sur un tas de fumier, pour notre plus grand plaisir, et se retrouvent embarqués dans des sectes, dans l'arrivée d'un astronaute sur la Terre ou même traqué par le maire corrompu de la ville.
Le trait de Pozla est prodigieux, tant il est riche en détail sans être digne d'un Druillet, mais avec ce sens des petits ajouts hilarants qui le rende unique en son genre. C'est crade, gamin et complètement délirant... C'est Monkey Bizzness, quoi.

4/5
Les Ombres de Thulé
Album
24,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Lovecraft X Conan = Les Ombres de Thulé ! ”
Dans une succession de débauche graphique violente, où les têtes volent hors des cases, Les Ombres de Thulé s'impose d'emblée comme une lecture hybride de dark-fantasy pur jus, dont les filiations aux œuvres de Lovecraft, Clark Ashton Smith et Robert Howard sont évidentes. Mais le trio de créateurs, composé de Patrick Mallet au scénario (Achab, Fouché, L'odyssée d'Howard Carter), de Lionel Marty au dessin (Mort Linden, Le Rêve de Jérusalem) et d'Axel Gonzalbo à la couleur (Ys la Légende, Le Serment de l'Acier), sait comment s'inspirer sans être dans une sorte de resucée vue et revue.
Déjà, du point de vue scénario, Patrick Mallet offre un récit ample et cohérent, en à peine 120 pages ! Le tour de force, c'est d'avoir des personnages aussi ciselés dans ce vaste récit choral, dont leurs objectif finissent par converger dans une quête de sauvetage du monde totalement démesurée.
Cette démesure n'est d'ailleurs jamais too-much malgré le contexte historique soigné proposé par l'auteur : bien au contraire, il s'appuie sur cette base pour construire une histoire vivace, mature, sombre qui ne tombe jamais dans les stéréotypes faciles et donne lieu à un splendide hommage aux histoires des pulps des années 30. L'un des protagonistes, Cormak, illustre bien ce modèle de protagoniste tout droit sorti du Conan de Milius, mais dont l'esprit héroïque et l'écriture donne lieu à un attachement palpable pour ce chef de guerre.
Côté dessin, le travail s'opère sur deux fronts. D'abord avec le trait fin et précis de Lionel Marty, qu'on a d'ailleurs pu comparer dans son ajout couleur ou en brut Noir et Blanc, et qui montre bien l'importance primordiale de la couleur dans une bande dessinée.
Que ce soit sur les visages comme sur les amples environnements, le duo Marty et Gonzalbo fait des merveilles et offre des double-planche cauchemardesques tout droit sorti de l'esprit de Lovecraft. La boucherie des combats, les paysages brumeux, les déferlantes de soldats allant vers la mort, et bien sûr les ombres de Thulé... le cocktail historico-fantastique marche à merveille et s'offre un écrin graphique à la hauteur de ses ambitions, et pour ça : chapeau les Humanos !
Morgan C— Decitre Ecully
“ Que la frontière soit brisée ”
Si l'on se demandait quand est-ce que Label 619 allait arrêter de nous pondre des merveilles à la chaîne, voilà que débarque Guillaume Singelin et son nouveau bébé, Frontier...qui confirme une fois encore (ça en deviendrait presque risible), que la nouvelle génération BD française est très loin d'avoir à s'en faire, car oui : Frontier est une superbe BD de SF. Après The Grocery et PTSD, il s'attaque à l'espace.
Frontier est donc un space-opéra cozy que ne rechignerait pas Becky Chambers, où la douceur du trait et la rôdeur du monde dans lequel évoluent les protagonistes s'enlacent pour donner un récit touchant aux multiples facettes. Chaque personnage se cherche, durant cette épopée colorée à travers le système solaire, que ce soit en cherchant ses origines ou en voulant combattre un système anxiogène voué à détruire l'humanité.
Côté dessin, Frontier est d'une générosité graphique chaleureuse, proche d'un hopepunk mêlant quelques éléments cyber. Ça foisonne de détails, que ce soit dans les tréfonds d'une station spatiale comme dans les rizières de Mercure. Cet aspect japonisant, déjà présent dans PTSD, le précédent ouvrage de l'auteur, appuie le propos de Singelin dans sa volonté de mettre en avant une humanité mélangée entre ethnies et culture, avançant vers un but commun. On retrouve aussi cette patte "manga" dans le chara global des personnages, presque chibi, si l'on y regarde bien.
Ses pistes de réflexion, si elles nous semblent déjà vues et revues, gagnent un éclairage nouveau durant l'acte final qui offre un semblant de renouveau pour notre société "agonisante".
Si l'on ne peut toujours pas aller parcourir les étoiles, au moins nous avons près de nous Frontier, et c'est déjà très bien.

3/5
Slum Kids Tome 1
Album
15,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Le monde est dépotoir, l'humanité est déchet ”
Petit nouveau dans l'écurie Label 619, P'tit Rapace dévoile un sanglant premier fait d'arme en la personne de Slum Kids, entra perçu dans les pages d'un précédent Low Reader. Et le résultat est à la hauteur des attentes !
Slum Kids nous emmène au cœur d'un monde-décharge répugnant où violence fait loi, avec pour protagonistes un trio mené par Lombric, Bambi et Ayvic, des bambins malmenés par l'existence et contraint de se battre au jour le jour pour leur survie. Après des altercations violentes avec d'autres enfants, ils décident de faire les poches de la mauvaise personne. Ce qui les attend ? Une escalade de violence qui pourrait bien tout engloutir, eux compris.
Avec un trait proche des cartoons américains des années 30, P'tit Rapace installe un récit solide qui dévoile un certain potentiel pour la suite. Les combats sanglants et les joutes verbales incisives rythment ce (trop) court premier segment des aventures du trio, qu'on espère vite revoir arpenter les déchets de cet univers !

5/5
Mutafukaz Intégrale
Album
36,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La coup de maître de RUN ! ”
Mutafukaz, c'est un passage obligé pour tous les aficionados de la bande dessinée. Démarrée par RUN en 1997, cette saga en cinq volumes propose une virée rocambolesque et musclée à Dark Meat City, reflet (à peine) déformée des villes californiennes.
Au milieu de ce chaos perpétuel de violence se trouve un singulier duo, Vinze et Angelino, qui tente tant bien que mal de survivre face à un quotidien impitoyable. Pourtant, il suffit d'un regard que lance Angelino à un ange tombée du ciel, au détour d'un carrefour, pour relancer les dés de leur existence. Face à un complot majeur et à une menace venu de loin, tous les moyens sont bons pour survivre : bienvenue dans l'univers de Mutafukaz.
En adorateur de la pop culture, RUN combine tout son amour pour le 9ème art au sein de Mutafukaz, son œuvre maîtresse. S'y mêle lucha libre, kaiju eiga, manga, comics, street art, esprit west-coast, jeux vidéos et films d'exploitation de la Hammer des années 50. Cette synthèse des genres s'expose au travers d'un canevas graphique somptueux : un trait épais splendide, des mises en scène en bichromie et trichromie, des scènes d'action mises en page avec originalité...
Le rythme haletant de Mutafukaz ne laisse jamais le spectateur souffler, malgré certains dialogues didactiques étrangement insérés dans le récit. Si la fin est d'une amertume puissante et a divisé les fans, je la trouve personnellement cohérente avec le reste de l'univers : froid et impitoyable, à l'image de l'humanité dans ses moments les plus sombres.

4/5
16,90 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La rage de L.A ! ”
La messe est dite, la foule est en liesse : Mutafukaz is back pour une deuxième fournée irrévérencieuse et explosive. Son créateur, RUN, revient avec une armada graphique et un ton acerbe toujours aussi jouissif qu'avec son magnum opus... le tout, en trois volumes !
On attendait depuis longtemps le retour du maestro RUN afin de nous délivrer un récit aussi sanglant et déjanté que son premier volet. C'est désormais chose faite, tant MFK 2 embrasse ce qui fait la patte si singulière de l'œuvre, tout en développant certains éléments scénaristique auparavant occultés. La jeunesse de Angelino et Vinze nous est ainsi dévoilés, et de sombres secrets reviennent d'entre les limbes... tout autant de mignardises qui font plaisir !
On délaisse cependant l'esprit West Coast de Dark Meat City pour un roadtrip californien à travers un Las Vegas (pas vraiment parano), le tout ponctués d'affrontements graphiquement somptueux. S'ajoute à cela un tacle bien placé à l'encontre des croyances populaires véhiculées sur les réseaux sociaux ainsi qu'aux fakes news et on obtient du pur RUN comme on l'aime.
Reste désormais à attendre sagement le deuxième volet de leurs aventures, pour connaître la conclusion finale (?) de Mutafukaz !

5/5
29,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ La Mort de Cervantès ”
Décidément, les adaptations BD des récits phares de la littérature s'enchaîne en cette fin d'année. Tandis que George Bess s'attaque a Notre Dame de Paris, que Milo Manara s'empare du Nom de la Rose et que le duo Alcante/Dupré inaugure Les Piliers de la Terre, c'est vers le duo Paul et Gaetan Brizzi que nos yeux se posent. Après l'Italie de Dante Alighieri, voilà qu'ils posent leur bagages en terres espagnoles pour adapter Don Quichotte de La Manche.
L'histoire, si on la connaît plus ou moins bien, a surtout gravé dans tous les esprits la figure de ce bon vieux Don, chevalier autoproclamé désireux de secourir la veuve et l'orphelin dans un monde qui n'en a pas vraiment besoin. Mais si le tort de Don fût d'avoir trop aimé les livres et d'avoir désiré devenir une figure chevaleresque envers et contre tous moulins, il lui en faudra davantage pour se résigner à abandonner son rêve, quitte à vivre dedans...
Le duo Brizzi ne se cantonne pas simplement à l'adaptation stricto sensu: avec un parti pris graphique noir et blanc, dont les seuls instants de couleurs sont ceux de l'esprit de Don, ils offrent un regard neuf à une légende.
Avec leur trait très disneyien, ils délivrent une œuvre sensible et touchante dont les élans graphiques sont d'une beauté poétique bienvenue, couplé a un humour truculent qui sublime la légende.
L'occasion parfaite pour les néophytes de découvrir l'histoire tragico-comique d'un héros dont le récit a transcendé les générations.

4/5
Métal hurlant Hors série
Ah ! Nana
Grand Format
19,95 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Métal Hurlant, woman power ! ”
Quoi de mieux pour conclure définitivement l'épopée vintage des Humanoïdes Associés que de revenir sur l'un de leur grand faits d'armes, à savoir le magazine BD Ah Nana ? Tremblez, car les sorcières sont de retour...
Fondé en 1976 et ayant survécu vaillamment durant 9 numéros, ce concentré de découvertes graphiques a été l'un des premiers à laisser la parole aux femmes dans l'univers de la BD, dans la plus simple mesure. Ainsi, Les Humanoïdes Associés nous ont concocté une sélection premium des plus beaux récits de cette très courte aventure : au programme, on retrouvera des titans du genre telle que Nicole Claveloux mais aussi Cécilia Capuana ou encore Trina Robbins !
Un mélange des genres qui gravite peu autour du fantastique pour lorgner sur une forme de surréalisme merveilleux intriguant.
Et si vous pensez encore que les femmes sont des êtres prudes et innocents, vous n'êtes pas prêts pour le contenu de ce best of...

4.5/5
Notre-Dame de Paris
Album
26,00 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Notre-Dame est bien vieille ”
Après avoir ébloui nos mirettes avec les adaptations de Dracula et Frankenstein , George Bess continue sa croisade graphique en adaptant un grand classique de la littérature française, à savoir le récit choral phare de Victor Hugo : Notre Dame de Paris. Mais cette fois, préparez vous à une incursion sombre dans les travers d'un Paris étouffé par son inquisiteur, Claude Frollo, bien loin de l'adaptation Disney.
L'homme derrière le Lama Blanc ou encore Juan Solo démontre, avec Notre Dame de Paris, sa maîtrise graphique et sa capacité à insuffler un nouveau souffle à des récits phares sur lesquels tout semblait avoir été raconté et adapté. Mais le souffle hugolien est pourtant bien présent dans chaque double case que délivre le maitre, que ce soit en survolant les toits précaires d'un Paris médiéval et crasseux comme en déployant sa volatile Esmeralda au travers de somptueuses arabesques chargées de détails.
En suivant, comme pour Dracula et Frankenstein, le pattern narratif d'origine tout en se permettant quelques raccourcis et liberté, Bess offre une somptueuse plongée dans le Paris du XIXe siècle avec un noir et blanc épais qui marque la rétine comme peu d'œuvres peuvent se targuer de le faire. Cependant, on sentira Bess moins investi qu'il n'avait pu l'être sur son Dracula qui alternait sans discontinuer les planches d'orfèvre, là où Notre Dame s'affaisse par moments.
C'est en alliant respect de l’œuvre d'origine et reprise allégée que Bess délivre une relecture fascinant du génie de Hugo : drame humain, envolée romantique, chute abyssale dans les ténèbres de la passion amoureuse, croyez moi, vous n'aurez jamais lu du Hugo de cette manière.
Morgan C— Decitre Ecully
“ L'horizon sans fin ”
La carrière du dessinateur Manu Larcenet est à l'image de l'humain dans toute sa complexité : un véritable clair obscur, contrasté par des créations tantôt lumineuses et douces amères (Le Retour À La terre, Le Combat Ordinaire, Thérapie de Groupes, Les Cosmonautes du Futur), tantôt sombres comme le charbon (Blast, Le Rapport de Brodeck).
L'incursion dans l'adaptation de roman avec Le Rapport de Brodeck, adapté dy roman de Phillipe Claudel, aura montré une chose nouvelle : si Larcenet sait créer, il sait aussi réadapter et raconter avec un nouveau souffle des histoires passées comme peu de dessinateurs peuvent s'en targuer. À la manière du duo Brizzi, voilà qu'il s'attaque à l'adaptation d'un classique de la littérature d'anticipation américaine : La Route, de Cormac McCarthy.
L'humanité n'est plus. Ou tout du moins, elle agonise en divers lieux d'une Terre souillée et noirâtre, expirant de pénibles souffles emplis de cendres. Versée dans un cannibalisme sauvage, les rares fragments de la société humaine arpente sans objectif précis les routes, à la recherche d'une mort prochaine comme d'une survie impitoyable. La Route porte son regard sur le parcours d'un père et de son fils en quête d'un ailleurs aux contours indéfinis. Mais reste-il réellement de l'espoir quand tout est terminé ?
Si le roman de McCarthy avait durablement frappé les esprits à sa parution, la bande dessinée de Larcenet réussi l'exploit d'insuffler un nouveau souffle graphique à ce récit sombre, miroir de nos vices les plus terribles. Il faut dire qu'en ce qui concerne l'exploration de la part sombre de l'humain, le dessinateur est passé depuis longtemps maître en la matière. Tel un chirurgien, il opère des incisions graphiques millimétrées, dévoilant des planches d'une beauté macabre saisissantes, et ausculte au travers d'un trait charbonneux les dérives des émotions humaines.
Aucune planche n'est à jeter dans cette ambitieuse revisite de la Route, et la portée du message, pessimiste mais réaliste à la fois, frappe le lecteur avec autant de force que l'œuvre original. Majoritairement muette, cette épopée à travers les rêves brisés d'une société à la dérive se dévoile par ce qu'elle montre, par les figures burinées de nos personnages, et bien sûr par ce qu'elle dit de nous, tapis au plus profond de nos cœurs.
Car quand il n'y a plus d'espoir et que l'ami d'hier est l'ennemi d'aujourd'hui, il ne reste plus qu'à avancer sur la Route, sans baisser le regard.

3/5
Le déserteur
Album
24,95 €
Morgan C— Decitre Ecully
“ Les origines de Junji Ito ”
La maison d'édition Mangetsu est désormais tel un navire fondant les flots en toute sérénité : armé d'un catalogue d'œuvres de Junji Itô de plus en plus fourni, un retour aux sources s'opère avec l'arrivée du Déserteur. Ce recueil offre aux lecteurs avides d'horreur les premières histoires du maître dans une nouvelle édition unique en France !
Il est intéressant, à travers ce récit, de découvrir les prémices de ce qui fera la patte Junji Itô : les thématiques de la possession par l'autre, le vampirisme, le poids des enjeux socials... Tout est là, au cœur de ces nouvelles d'effroi pur ! Avec Bio House, par exemple, le vampire et ses mécaniques hémophiles sont mis à nu, tandis qu'avec Comme Deux Gouttes D'eau, Junji Itô y évoque plutôt l'influence malsaine des autres sur notre façon d'être, au point de voler le visage des autres tel Kasane.
D'autres nouvelles marquent aussi les prémices d'une horreur sociale, comme dans Un endroit où dormir, qui montre que nous avons tous un double qui sommeille en nous...et comment ne pas évoquer Notre amour en trois actes, qui traité de l'aspect sordide de l'amour ?
Le Déserteur s'offre ainsi à nous telle une gourmandise, un brin écœurante, car l'on commence à en manger depuis un moment, mais qui nous permet de se rappeler pourquoi on l'aime tant. Indispensable pour les curieux désireux de découvrir les origines de l'horreur Junji Itô, peut être un moins pour les néophytes, il ne vous reste plus qu'à vous le procurer.


















