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Les dernières notes et avis
Notes et avis 1 à 8 sur un total de 55
Après
Avis posté le 2025-01-30
- Musique
- deuil
- mort
- Chansons
- tripode
- sélection Decitrepro
- Raphaël Meltz
Et puis...
Et puis…
Et puis… Et si ? Ou, après ? Quoi ? Le temps du deuil ? Un autre temps, découplé, ailleurs ; celui du défunt d’un côté et de l’autre, ceux qu’il a quitté. Une disparition progressive des sens puis de l’espace pour une dissolution totale dans un temps infini. Ça dure, une minute, un mois, une année et l’infini. Raphaël Meltz encore une fois nous surprend dans un texte bref où l’on est des deux côtés d’une frontière poreuse où passe entre les vivants et les morts, l’essentiel d’une vie normale et familière où le quotidien révèle ses accents de bonheurs et ses marques singulières. On est fasciné par cet entre-deux où le mort, Lucas nous accompagne encore un peu, attentif à une souffrance qu’il souhaite qu’on change petit à petit en autre chose au regard de sa famille soudainement demi-orpheline. Il y a à travers Lucas ce que l’on quitte, ce que l’on laisse et ceux que l’on quitte. Comment fait-on avec l’après ? La phrase de Raphaël Meltz après un brève inventaire du vivant, en prologue, avant l’accident, ne cesse de circonscrire une vie partagée qui se transforme progressivement après l’avènement de l’inimaginable. C’est un va et vient intense avant l’avènement d’autre chose, un dialogue silencieux porté par les sens et quelques notes et paroles, de Christophe, Schubert ou Sanson qui toujours nous accompagnent à la vie, à la mort.
Et puis…
Et puis… Et si ? Ou, après ? Quoi ? Le temps du deuil ? Un autre temps, découplé, ailleurs ; celui du défunt d’un côté et de l’autre, ceux qu’il a quitté. Une disparition progressive des sens puis de l’espace pour une dissolution totale dans un temps infini. Ça dure, une minute, un mois, une année et l’infini. Raphaël Meltz encore une fois nous surprend dans un texte bref où l’on est des deux côtés d’une frontière poreuse où passe entre les vivants et les morts, l’essentiel d’une vie normale et familière où le quotidien révèle ses accents de bonheurs et ses marques singulières. On est fasciné par cet entre-deux où le mort, Lucas nous accompagne encore un peu, attentif à une souffrance qu’il souhaite qu’on change petit à petit en autre chose au regard de sa famille soudainement demi-orpheline. Il y a à travers Lucas ce que l’on quitte, ce que l’on laisse et ceux que l’on quitte. Comment fait-on avec l’après ? La phrase de Raphaël Meltz après un brève inventaire du vivant, en prologue, avant l’accident, ne cesse de circonscrire une vie partagée qui se transforme progressivement après l’avènement de l’inimaginable. C’est un va et vient intense avant l’avènement d’autre chose, un dialogue silencieux porté par les sens et quelques notes et paroles, de Christophe, Schubert ou Sanson qui toujours nous accompagnent à la vie, à la mort.

Résistance(s). Huit poètes russes
Avis posté le 2024-10-28
- russie
- résistance
- Poésie
- résister
- sélection Decitrepro
- Marie Barbier
- Elena Balsamo
Resister encore
"Là où la prose se tait, la poésie parle à pleine voix."
Ils vivent encore à Moscou ou maintenant en Géorgie, aux États-Unis, en Ukraine où encore, ils répondent à leurs juges. Huit poètes russes engagés. La guerre héroïque, juste ou "patriotique" est belle et bien terminée. Il n'y a plus de mémoire possible d'une Leningrad assiégée. Finis les films, trophées de guerre des mères. Les héros sont de l'autre côté de la tranchée, le soldat dans le champ de blé qui dit fait prisonnier : "Gloire à l'Ukraine !" Il ne reste plus en Russie qu'à regarder impuissant de quel côté vient la fumée pour voir qui revient en paquet de cendre officiel à la maison. Le pays ne garde plus aucun nom en mémoire. "Et si les morts ignorent la honte", les vivants ont la nausée. "Temps de ruptures, temps de brûlures". Et sur le front arrière, on "coffre" mais une parole s'échappe encore :"Hé-oh ! Dans le monde entier, / Personne pour le liquider ? / Butez-le jusque dans les chiottes / -et dites : "Il s'est noyé".
"Là où la prose se tait, la poésie parle à pleine voix."
Ils vivent encore à Moscou ou maintenant en Géorgie, aux États-Unis, en Ukraine où encore, ils répondent à leurs juges. Huit poètes russes engagés. La guerre héroïque, juste ou "patriotique" est belle et bien terminée. Il n'y a plus de mémoire possible d'une Leningrad assiégée. Finis les films, trophées de guerre des mères. Les héros sont de l'autre côté de la tranchée, le soldat dans le champ de blé qui dit fait prisonnier : "Gloire à l'Ukraine !" Il ne reste plus en Russie qu'à regarder impuissant de quel côté vient la fumée pour voir qui revient en paquet de cendre officiel à la maison. Le pays ne garde plus aucun nom en mémoire. "Et si les morts ignorent la honte", les vivants ont la nausée. "Temps de ruptures, temps de brûlures". Et sur le front arrière, on "coffre" mais une parole s'échappe encore :"Hé-oh ! Dans le monde entier, / Personne pour le liquider ? / Butez-le jusque dans les chiottes / -et dites : "Il s'est noyé".

L'enclave
Avis posté le 2024-02-13
- russie
- URSS
- liberté
- fable
- mensonge
- système
- sélection Decitrepro
- Benoît Vitkine
- Perestroïka
- Les arènes
- Alexandre Soljenitsyne
- soviètique
- Kaliningrad
- Emmanuel Kant
Il y aura un après
« Il s’en moque, il fait beau et il a le temps – tout s’écroule. »
« Il ne craint plus les retards et les détours, il a compris que la route qui le menait chez lui est tortueuse ».
Quand le Gris quitte la prison, on pense qu’il quitte le goulag. Tout y ramène, ses coreligionnaires et leurs surnoms, leur hiérarchie. Le ton est donné, on est en union soviétique, entrée en matière par la littérature qu’elle produit. Mais le Gris s’il a su se faire respecter est encore jeune. Pas tout à fait innocent mais jeune, sans doute un peu beau garçon et malin. Ce n’est donc pas un Candide ou un Barry Lindon comme ici mais sur le chemin qui le ramène chez sa mère, il va faire encore quelques apprentissages. Tout s’écroule et rien ne change alors il va pouvoir se débrouiller, encore apprendre, voir par lui-même, un jour tenter sa chance. Son chemin se fait sur le bord d’un monde et d’un système. L’Urss devient Russie au même moment. Il ne s’en moque pas complètement, il a appris à survivre dans le monde d’avant et en prison. « Sans même réfléchir, il sait ce qu’il doit fuir, comme il l’a fait toute sa vie, évitant ou devançant les ennuis ». Il est le témoin idéal d’un monde qui change en apparence. Il n’est pas loin de l’Europe dans une enclave qui lui ressemble. Un endroit ou se côtoie deux histoires. Parfois la route devient presque une fable, il y a plusieurs manières de dire « libre » en Russe et peut-être lui aussi devra un jour comprendre cette chose : « Rien n’est plus important que de refuser le mensonge ». On retraduit et réédite cette année « l’Archipel du goulag », un mur à toute sympathie pour Poutine et consorts. Lisez Benoît Vitkine, c’est déjà un pas aux frontières culturelles d’un autre monde.
« Il s’en moque, il fait beau et il a le temps – tout s’écroule. »
« Il ne craint plus les retards et les détours, il a compris que la route qui le menait chez lui est tortueuse ».
Quand le Gris quitte la prison, on pense qu’il quitte le goulag. Tout y ramène, ses coreligionnaires et leurs surnoms, leur hiérarchie. Le ton est donné, on est en union soviétique, entrée en matière par la littérature qu’elle produit. Mais le Gris s’il a su se faire respecter est encore jeune. Pas tout à fait innocent mais jeune, sans doute un peu beau garçon et malin. Ce n’est donc pas un Candide ou un Barry Lindon comme ici mais sur le chemin qui le ramène chez sa mère, il va faire encore quelques apprentissages. Tout s’écroule et rien ne change alors il va pouvoir se débrouiller, encore apprendre, voir par lui-même, un jour tenter sa chance. Son chemin se fait sur le bord d’un monde et d’un système. L’Urss devient Russie au même moment. Il ne s’en moque pas complètement, il a appris à survivre dans le monde d’avant et en prison. « Sans même réfléchir, il sait ce qu’il doit fuir, comme il l’a fait toute sa vie, évitant ou devançant les ennuis ». Il est le témoin idéal d’un monde qui change en apparence. Il n’est pas loin de l’Europe dans une enclave qui lui ressemble. Un endroit ou se côtoie deux histoires. Parfois la route devient presque une fable, il y a plusieurs manières de dire « libre » en Russe et peut-être lui aussi devra un jour comprendre cette chose : « Rien n’est plus important que de refuser le mensonge ». On retraduit et réédite cette année « l’Archipel du goulag », un mur à toute sympathie pour Poutine et consorts. Lisez Benoît Vitkine, c’est déjà un pas aux frontières culturelles d’un autre monde.

A quoi songent-ils, ceux que le sommeil fuit ?
Avis posté le 2024-02-13
- nuit
- songe
- sélection Decitrepro
- Gaëlle Josse
- Notabilia
- Les éditions noirs sur blanc
Regarder la nuit
« Le monde s’évanouit, un autre vient de s’ouvrir ».
« Il s’approche de nouveau de la fenêtre, interroge la nuit. »
Deuxième très beau titre avec les « heures silencieuses » ; deux titres qui laissent deviner un rapport particulier entretenu avec le temps. Une citation ajoute au pressentiment que cette lecture nous propose : « Vous savez, les gens ont l’air d’aller bien, mais chacun de nous a sa nuit. » On peut maintenant s’avancer un peu plus : « La nuit entre dans la ville, la ville entre dans la nuit. » … « L’heure de rendre les armes, ou de résister un peu, encore. » C’est presque qu’un théâtre, une scène à guichet fermé. Quelques lumières, une fenêtre éclairée ou un regard au dehors. Il y a parfois un peu d’angoisse à s’y avancer ou à l’écourter. On sort aussi de scène ou on y entre. La nuit semble nous envoyer d’étranges messages ou réveiller quelques fantômes. Ici et là quelques balises lumineuses. Elle n’est pas transparente, elle prête aux songes, à l’introspection. « Trop tard ». « Rester éveiller ». On n’a pas encore tout à fait quitté « la gravité terrestre ». On cherche encore l’autre. On ne peut pas se détacher de la fenêtre. On s’y dénude, on y trouve refuge, on explore toujours son cœur. Quelque chose s’allume ou disparaît et parfois une ombre persiste. Ajouter un mot à celui de nuit et quelque chose est propice aux songes, aux microfictions de nos vies à cheval. Où s’arrête le jour ? Où commence le sommeil ? Ce sont « les heures sentinelles de nos histoires ». Un entre-deux propice à nos vies imparfaites, un moment de rappel à nos amours, à nos sens, vides et absences.
« Le monde s’évanouit, un autre vient de s’ouvrir ».
« Il s’approche de nouveau de la fenêtre, interroge la nuit. »
Deuxième très beau titre avec les « heures silencieuses » ; deux titres qui laissent deviner un rapport particulier entretenu avec le temps. Une citation ajoute au pressentiment que cette lecture nous propose : « Vous savez, les gens ont l’air d’aller bien, mais chacun de nous a sa nuit. » On peut maintenant s’avancer un peu plus : « La nuit entre dans la ville, la ville entre dans la nuit. » … « L’heure de rendre les armes, ou de résister un peu, encore. » C’est presque qu’un théâtre, une scène à guichet fermé. Quelques lumières, une fenêtre éclairée ou un regard au dehors. Il y a parfois un peu d’angoisse à s’y avancer ou à l’écourter. On sort aussi de scène ou on y entre. La nuit semble nous envoyer d’étranges messages ou réveiller quelques fantômes. Ici et là quelques balises lumineuses. Elle n’est pas transparente, elle prête aux songes, à l’introspection. « Trop tard ». « Rester éveiller ». On n’a pas encore tout à fait quitté « la gravité terrestre ». On cherche encore l’autre. On ne peut pas se détacher de la fenêtre. On s’y dénude, on y trouve refuge, on explore toujours son cœur. Quelque chose s’allume ou disparaît et parfois une ombre persiste. Ajouter un mot à celui de nuit et quelque chose est propice aux songes, aux microfictions de nos vies à cheval. Où s’arrête le jour ? Où commence le sommeil ? Ce sont « les heures sentinelles de nos histoires ». Un entre-deux propice à nos vies imparfaites, un moment de rappel à nos amours, à nos sens, vides et absences.

Les derniers jours de Robert Johnson
Avis posté le 2024-01-19
- Musique
- sarbacane
- blues
- bande dessinée
- guitare
- sélection Decitrepro
- Robert Johnson
- Frantz Duchazeau
Un très beau blues
"Il paraît qu'au milieu de la vie, on côtoie la mort".
Frantz Duchazeau ne nous perd pas, il nous égare savamment. Planté au milieu du grand sud, on est presque avec Robert Johnson au mi-temps de sa vie avec une existence déjà derrière lui et à l'intérieur c'est sans doute un peu le bazar. Il boit vite le dandy aux faux airs de dur et ne supporte pas l'alcool. La légende n'a pas tout digéré et le retour aux sources n'est pas simple. L'enfance comme le premier deuil d'un amour n'a pas quitté les lieux où l'on ne désire le retour de personne. Un peu au milieu de nulle part et dans les souvenirs du blues man, on va et vient dans la vie et le désespoir. On dirait un desperado ou un maudit mais ce n'est qu'un grand blues man qui vient bel et bien d'ici. Avec les fantômes, on dirait que des photos ou des masques affleurent dans un noir et blanc précis et parfois charbonneux. C'est très fort, on est dans de multiples dimensions à la fois et le blues s'agglomèrent au fond de la gorge et sur le lieu originel avant la scène.
"Il paraît qu'au milieu de la vie, on côtoie la mort".
Frantz Duchazeau ne nous perd pas, il nous égare savamment. Planté au milieu du grand sud, on est presque avec Robert Johnson au mi-temps de sa vie avec une existence déjà derrière lui et à l'intérieur c'est sans doute un peu le bazar. Il boit vite le dandy aux faux airs de dur et ne supporte pas l'alcool. La légende n'a pas tout digéré et le retour aux sources n'est pas simple. L'enfance comme le premier deuil d'un amour n'a pas quitté les lieux où l'on ne désire le retour de personne. Un peu au milieu de nulle part et dans les souvenirs du blues man, on va et vient dans la vie et le désespoir. On dirait un desperado ou un maudit mais ce n'est qu'un grand blues man qui vient bel et bien d'ici. Avec les fantômes, on dirait que des photos ou des masques affleurent dans un noir et blanc précis et parfois charbonneux. C'est très fort, on est dans de multiples dimensions à la fois et le blues s'agglomèrent au fond de la gorge et sur le lieu originel avant la scène.