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Leper Din

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Les dernières notes et avis

Notes et avis 1 à 8 sur un total de 14
La planète des singes
Avis posté le 07/07/2026
  • civilisation
  • Odyssée
  • Singes
  • Spatial
Qui, de l'Homme ou du Singe ?
Née de l'étonnante expressivité "quasi-humaine" des primates, remarquée par l'auteur lors d'une visite au zoo, cette Planète des singes inverse la place des grands singes dans le règne animal, sans pour autant radicalement changer les rapports de domination au sein de cette société. Loin des récents blockbusters "dépoussiérant" la licence, l'univers construit par Boulle est une sorte d'odyssée à la sauce "futuriste" des années 60, sûrement pas aussi kitsch que la série de films débutée par Franklin Schaffner en 68 et la série d'Anthony Wilson de 74, bien que celleux-ci soient formidables. Pourtant souvent classé comme tel, La Planète des singes n'est pas à proprement parler un livre de science-fiction, il s'agit plutôt là de réfléchir à la dimension morale de la relation homme-singe et plus généralement de notre rapport à la connaissance, la nature, ce qui y serait doué de conscience ou non, supérieur ou inferieur. Sans être un monument, sa lecture est fluide, son idée fascinante. Il ne sera pas aisé de décrocher.
Voyages de Gulliver - Occasion
Avis posté le 06/07/2026
  • philosophie
  • voyages
  • Naufrage
  • progrès de la science
  • caricature
PRORSVS INSANVS, VALDE CYNICVS
Swift fait, avec son marin misanthrope et son épopée burlesque (aux frontières de la sanité), un portrait aigre et drôlement pinçant de la société britannique. Dans des tons et des formes qui rappelleront le carnavalesque Rabelais à certain.es, à d'autres l'antique Samosate ou l'érudit libertin Bergerac, sur fond d'une partition à la Robinson Crusoé, on suivra ce récit à la première personne et d'île en île, au milieu de sociétés humaines imparfaites, souvent absurdes, se fascinant et se querellant pour des détails. C'est finalement dans ce récit aux messages parfois gentiment réacs, que l'on aura à rire et halluciner sur cette comédie humaine très à l'anglaise (bien que son auteur soit au moins semi-irlandais). Je conseille d'ailleurs aux amateur.ices de beaux albums, de se procurer, ou d'au moins consulter, Les voyages de Gulliver de Jenkins et Riddell, paru en 2004.
Les Misérables
Texte abrégé
Avis posté le 25/06/2026
  • misère
  • bagne
  • restauration
  • roman social
  • Prolétariat
La fange des fort.es, l'élan invaincu du Peuple
Hugo, qui a su, par sa fibre poétique, sa compréhension de la misère, sa pensée éminemment politique, plus progressiste d'années en années, nous livre parmi les plus beaux textes sur et pour les classes populaires, façonne là l'un de ses chefs d'œuvres. Le roman s'ouvre sur et développe notamment une critique puissante du carcéralisme le plus répressif, qui use sans distinction, tue et condamne à vie des femmes et des hommes comme Valjean. Le bagne, qu'on a encore peine à regarder en face, comme une page de notre histoire qui ne semble ne s'être jamais complètement tournée. L'arbitraire de la propriété sur les gens et les biens, le pouvoir qui en découle, reste ici excellement illustrés par les figures des Thénardier, de Javert, des forces répressives d'une monarchie réinstallée, qui s'accroche au pays comme un parasite. La force invincible, jusqu'à la mort, de ces pauvres âmes que nous présente Hugo fait luire, sur l'ensemble du récit, une beauté modeste qui tient, malgré les mauvais jours, les calamités. Ce roman social est particulièrement dense, mais à qui s'y accroche, c'est une fresque splendide qui lui sera dépeinte.
En attendant Godot
Avis posté le 23/06/2026
  • humour noir
  • absurde
  • théâtre
Nous sommes contents.
Dans cette espèce d'aube morne qui ne semble jamais passer, deux amis attendent quelqu'un. Qui ça ? Dans le fond, eux-mêmes n'en savent foutre rien. Un homme semble-t-il, un certain Godot. Pourquoi ? Rien de moins certain. A vrai dire, il apparaît que nos joyeux (vraiment ?) lurons n'attendent que pour mieux tenter d'occuper leur existence. Et donc ? Entre une vague rencontre, semblant boucler comme les jours qu'ils passent sous cet arbre, réfléchissant à comment procéder s'ils tentaient de s'y pendre, et l'apparente incompréhension qui règne à chacune de leurs "discussions", Beckett nous sert là une pièce forgée aux piliers de l'absurde. Drôlement déprimant, cafardeusement hilarant, il vous est recommandé d'y plonger sans réserve.
  • Révolution
  • Prolétariat
  • syndicalisme
  • Grève générale
Nous ne sommes rien, soyons tout !
- Le Rêve de Debs - Un soleil timide pointe à San Francisco, c'est un réveil calme où tout est à l'arrêt. Ca y est, ça a commencé, c'est la Grève Générale. Après plusieurs mois à faire des réserves, se préparer à tenir, le prolétariat et l'organisation syndicale ont déclenché la plus massive grève du pays, interprofessionnelle, illimitée, les communications entre les états sont coupées et, bientôt, plus aucune coordination fédérale ou même comtale n'est possible pour les autorités. D'abord amusé.es, les possédant.es jouent à "la débrouille" mais, rapidement, alors que les olives manquent dans les cocktails du country club, que la nourriture n'apparaît plus sur la table, la peur prend chez les bourgeois.es. Sorte de récit à l'allure d'épisode biblique, entre sidération et fou-rire, Le Rêve de Debs est un cauchemard pour membre du MEDEF, mais une bouffée d'air frais pour tout.e smicard.e. - Au sud de la Fente - Au nord de la Fente (ancien nom de l'actuel quartier de SOMA à San Francisco), Freddie Drummond (pas celui-là), austère professeur de sociologie de Berkeley, conservateur et antipathique, souhaite dresser un portrait du "prolétaire moyen". C'est donc dans ce sens qu'il passe au sud de la Fente, pour constater de lui-même de l'oisiveté et la simplicité que lui et ses pairs prêtent au prolétariat. Finissant par se faire embaucher sur une chaîne de production, il finit par se construire un alter ego ouvrier, bagarreur au grand cœur, presque plus "prolo" que ses nouveaux camarades, (Big) Bill Totts. Un étrange cheminement dans la psyché d'un personnage tiraillé entre deux réalités antinomiques, là où Drummond est facile à mépriser, il n'est pas aisé de ne pas en pincer pour Totts.
Mangez-le si vous voulez
Avis posté le 20/06/2026
  • histoire
  • crime
  • quiproquo
  • lynchage
  • Guerre franco-prussienne
Ventres creux, coeurs lourds
16 août 1870, dans une petite commune de Dordogne, une multitude de grands et de moins grands fait corps. Pourtant loin du front, les habitant.es sont dans l'angoisse. Leurs fils sont mobilisés sur le front, les actualités arrivent au compte-goutte et un épisode de sécheresse réduit les récoltes à néant. C'est dans ce brûlant après-midi qu'un jeune notable du village voisin fait son entrée à Hautefaye, en pleine foire annuelle. Venu gérer des affaires courantes, il sera lynché, torturé, tué puis brûlé (certain.es disent même mangé) par la foule, des suites d'un malentendu, en à peine deux heures. Entre la misère, la paranoïa et un patriotisme tristement criminel, un village aura basculé dans cette transe meurtrière, aussi brève que terrible.
Germinal
Avis posté le 18/06/2026
  • histoire
  • lutte des classes
  • socialisme
  • bassin minier
  • syndicalisme
Paix entre nous, guerre aux tyrans
Pourtant peu sensible aux revendications des parisien.nes sous la Commune, se félicitant même des massacres de la Semaine Sanglante (même s'il évoluera sur le sujet), Zola nous livre finalement dans Germinal, un portrait humain de la vie dans une compagnie du bassin minier du Nord. La Belle Epoque ne l'était pas pour tout le monde, les mineurs, bien que légèrement mieux payés que leurs camarades des usines, sont eux-aussi maintenus dans une terrible précarité, meurtrissant les corps et les esprits. Du hercheur au galibot, du piqueur au cafu, du machineur à l'accrocheur, un quotidien de suie, de râles, de sang. Et parfois, malgré la résignation, il y a la goutte de trop. C'est l'éruption de la fin.
  • Vulgarisation
  • histoire
  • humour
  • politique
  • capitalisme
  • économie
L'argent, magique ou pas ?
Ô toi, économie ! Science obscure, dont les arcannes ne peuvent être déchiffrées par de simples péons, tant celle-ci est empreinte d'un sérieux que seul notre personnel politique "réaliste" maîtrise... Ou bien c'est qu'on ne l'enseigne guère, pas à tout le monde ou du moins, pas de la bonne façon. Economix nous emmène aux origines de la propriété privée, jusqu'à l'ultra-libéralisme, que l'on connait fort bien. Se gardant d'affirmer diffuser une vérité absolue, l'ouvrage témoigne cependant d'un travail de recherche interdisciplinaire sérieux, d'exemples profus et d'un humour savamment dosé. Aux pationné.es du sujet comme profanes, cette lecture offre aux un.es un rafraîchissement de la discipline, aux autres des clés solides pour ne plus se faire dicter ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.