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Les dernières notes et avis
Notes et avis 1 à 8 sur un total de 27
Une mort sans importance
Avis posté le 11/03/2020
New York 1912
Un merveilleux moment de lecture ces retrouvailles avec Jane Prescott, la gouvernante des jeunes filles Benchley et Michael Behan le reporter du New York Herald.
Mariah Fredericks nous emmène une fois de plus dans ce New York du début du XXème siècle où ce qui constituera l'ossature de la société américaine se met doucement en place et génère ce qui, un siècle plus tard, alimentera les progrès et les décadences de nos sociétés européennes.
Jane Prescott est une observatrice inégalable, elle sonde les reins et les coeurs des hommes et des femmes qu'elle côtoie ; se montre une analyste hors pair des errements de cette soit disant "nouvelle société" qui s'est créée dans le "nouveau monde" pour fuir les blocages des vieilles sociétés européennes mais n'en fait que reproduire les schémas sociaux.
A preuve les relations complexes entre les Tyler (des gens établis - voir le précédent roman, "des gens sans importance") et les Benchley, des parvenus fortunés : "du côté du clan Benchley, ces nouveaux riches, on pouvait espérer un splendide étalage de vulgarité." analyse Jane.
Mariah Fredericks multiplie les références dans son roman, ce qui en fait plus qu'un simple polar. Certes il y a le meurtre que Jane se voit dans l'obligation d'élucider, mais il illustre la lutte pour le pouvoir dont le maintien du secret des familles est le principal moteur.
Dans cette société New Yorkaise de 1912, on se mobilise pour les familles des victimes du Titanic, mais on traite les migrants de fraiche date comme des pestiférés - les Italiens en l'occurrence - ; les femmes sont tout juste admises dans les restaurants "Une décennie plus tôt, on ne m'aurait pas laissée entrer au Keens Steakhouse" et la Mafia pointe le bout du nez avec La Main Noire, une organisation semant la terreur parmi les migrants italiens "— En représailles et pour l'empêcher de parler. La Main noire est dure envers les mouchards."
Côté amusements New York n'est pas en reste "Oscar Hammerstein avait été le premier à revendiquer ses droits, avec l'Olympia Music Hall. D'autres avaient suivi. Au-dessus de nous, des frontons annonçaient John Barrymore dans Anatol , une pièce à succès qui tenait depuis longtemps l'affiche, Oh ! Oh ! Delphine , et une fascinante nouvelle venue, Laurette Taylor, dans L'Oiseau de paradis . " et la population trouve dans ces divertissements l'exutoire aux problèmes sociaux qui minent la société.
La marche des femmes pour le droit de vote doit se dérouler à New York dans quelques jours, et tout au long de l'enquête de Jane, on assiste à ses préparatifs.
Jane est une femme moderne en butte à ses détracteurs et en questionnement perpétuel. Son ami italienne Anna Ardito, engagée dans la lutte syndicale est là pour lui rappeler la duplicité de ses employeurs.
Un roman réaliste qui, bien qu'il prenne place au début du XXème siècle, nous rappelle que, malgré des changement, cosmétiques diraient certains, rien ne change vraiment dans les rapports économiques et sociaux entre les nantis et les autres, entre les détenteurs du pouvoir et ceux qui le subissent, entre les hommes et les femmes...
Un roman plein de la violence cachée des relations sociales, extrêmement documenté, intéressant à lire, amenant le lecteur à s'identifier à Jane Prescott et à son regard sans illusion, d'un optimisme prudent, sur la société et les personnes qui l'entourent.
Admirable.
Merci à Mariah Fredericks.

Cinq cartes brûlées
Avis posté le 04/02/2020
Thriller psychologique époustouflant
Dernier roman de Sophie Loubière, Cinq cartes brûlées raconte l'histoire de Laurence Graissac, la fille d'un couple d'infirmier psy qui élève ses deux enfants Thierry L'aîné et Laurence la cadette, dans un pavillon construit dans les années 1950 d'un quartier de Saint Flour.
Rien de folichon jusque-là.
Lorsque ses parents divorcent, Laurence est dévastée par le départ de son père.
Elle se retrouve seule en charge de sa mère et de son frère Thierry et tente de faire face aux charges de sa famille en s'investissant dans le sport de haut niveau, puis dans un travail régulier de croupier au casino de Chaudes Aigues.
Sophie Loubière traite de plusieurs sujets de société au travers de l'histoire de Laurence, les relations frère soeur, le harcèlement dans le sport de haut niveau, les suspicions d'inceste dans les familles, le métier d'Escort girl, la sensibilité électromagnétique et son retentissement sur la santé mentale.
Le livre est bien écrit, bien documenté, et ménage un suspense parfaitement dosé.
Laurence est tiraillée entre le désir de partir et celui de régler définitivement le contentieux avec son frère et sa mère sans y parvenir.
Mais cela est-il réaliste et ne contribue-t-il pas à la rendre dépendante d'une situation qu'elle ne maîtrise plus.
Livre court, qui se lit sans difficulté, sans ennui, qui montre la parfaite maîtrise de l'écriture de l'auteur.
Pour les amateurs du genre.

Face à face
Avis posté le 04/02/2020
Une expérience stupéfiante
Une initiative de l'ITW, l'association internationale des auteurs de thrillers. Sur le modèle d'autres associations d'écrivains, l'ITW s'est créée avec des règles spécifiques. Les adhérents ne payent pas de cotisations mais contribuent à des recueils de nouvelles dont les droits vont à l'association qui peut ainsi agir pour le bénéfice de ses adhérents et aider de jeunes talents.
On trouve dans ce recueil des trésors d'imagination pour faire se rencontrer des personnages qui ne se seraient jamais rencontrés dans la vraie vie ou du moins dans l'environnement que leur auteur leur autorise. Harry Bosch d'habitude cantonné à LA par Michael Connelly se déplace à Boston et rencontre Patrick Kenzie le privé de Dennis Lehanne.
11 histoires qui se lisent comme du petit lait !
Il faut s'intéresser de plus près aux recueils publiés par l'ITW, un moyen de découvrir de nouveaux auteurs mais aussi de découvrir les faces cachées d'auteurs connus et respectés.
Merci David Baldacci.

Le suspect
Avis posté le 04/02/2020
Page turner efficace
Une histoire convenu de Fiona Barton. Deux filles de familles moyennes anglaises décident de partir plusieurs mois en Tahïlande en attendant les résultats du bac qui devraient leur permettre de s'inscrire dans les universités de leur choix. Ou du moins celles aux quelles leurs parents sont persuadés qu'elles accèderont. Réussite sociale quand tu nous tiens !
La réalité thaïlandaise les cueillent à froid...
La journaliste Kate Waters enquète sur la disparition des filles. Elle est elle même inquiète pour son fils Jake supposé travailler dans une ONG à Phuket pour soigner des éléphants.
Si le roman est bien écrit et se lit vite et sans difficulté, le lecteur a toujours l'impression d'être plusieurs pas en avant sur les enquêteurs.
De plus, ce qui est gênant c'est que l'auteur a peu de considération pour les autorités thaïlandaises qui font face à une véritable invasion de touristes aux intentions peu louables...
Ce n'est pas le meilleur Fiona Barton.
A lire pour l'auteur.

Un matin ordinaire
Avis posté le 04/02/2020
Un roman réaliste qui vous prend à froid
Marjorie Tixier aborde un sujet qui a fait souvent la une de l'actualité. Son récit est précis, juste, crédible sans excès. Elle décrit la lutte d'une femme pour recouvrer son intégrité physique et psychologique après une agression dont elle subit les séquelles longtemps après. le rôle de la famille est également présenté avec justesse.
La justesse de ton, une grand qualité de ce roman qui pour une première tentative sur un sujet sensible est une réussite.
A lire absolument.

Ristretto
Avis posté le 24/10/2019
60 grains de café pour Balzac
Tous les ingrédients de la réussite pour ce polar de Bertrand Puard. Il se passe en France, aux USA, en Ethiopie, au Viet-Nam, en Suisse, en Italie et nous fait voyager avec les personnages. Il nous fait pénétrer dans le monde mystérieux des spéculateurs sur le marché à terme des matières premières agricoles et plus particulièrement celui du café. Il est très bien documenté et s’appuie sur une actualité récente qu’il évoque non sans humour. Il contient des informations à découvrir sur le marché du café, les qualités des différents crûs et aussi les mateurs de café célèbres...
Le pitch : les intérêts opposés des producteurs de café qui recherchent la qualité et donc vivent dans le temps long de la production et des aléas climatiques et ceux des trusts financiers qui sont dans le temps immédiat où l’on peut vendre en spéculant des tonnes de café en moins d’une nanoseconde.
Dès lors, lorsque l’ancienne déontologue d’une compagnie financière qui détient un quasi monopole de la vente du café en Europe se trouve mêlée à des meurtres en série touchant des anciens collègues, la machine s’emballe. Elle est recontactée par le PDG de son ancienne boite, Premium, pour enquêter.
Clara va mener l’enquête et cela va la conduire à des découvertes stupéfiantes sur son ancien entourage professionnel et les gens qu’elles considéraient comme des amis.
Mon avis : Bertrand Puard nous livre un petit bijou où l’on frémit devant le cynisme des dirigeants prêts à tout pour conserver le pouvoir et où l’on rit “en même temps” (je ne dis pas ça par hasard). Exemples :
Thomas Plaque le Président Français est un homme jeune qui a réussi dans la finance avant d’être ministre des finances, puis Président de la République déjouant tous les pronostics. On le voit à l’oeuvre lors d’un somme du G10 au château de Valençay avec son homologue américain “Mickey Heartclub déploya ses deux mètres avec difficulté. Sa crinière de lionceau scintilla aussitôt sous le soleil du Berry.”, et son homologue russe Lebiadkine qui a laissé sa maîtresse au Kremlin !
Il est cul et chemise avec d’Amadieu le PDG de Premium au sein de laquelle il a travaillé et l’un de ses anciens gardes du corps Nicolas a été récupéré par la dite société après une bourde qu’il avoue : “ (...) j’ai merdé lors d’un déplacement deThomas dans une usine près de Belfort. J’ai plaqué au sol un syndicaliste et je lui ai cassé le poignet. Thomas a tenu à étouffer l’affaire mais une vidéo avait été tournée sans qu’on le sache et elle s’est retrouvé fissa sur les réseaux sociaux. Il n’a pas eu d’autre choix que de me lâcher…”
Un livre agréable bien écrit, qu’on ne lache pas et à la lecture duquel on passe un excellent moment. Bravo.
Une dernière pour la route :
“L’homme au visage alvéolé était bien apparu au comptoir Hertz le vendredi, à quinze heures trente-trois, sous le nom de Ludwig. Il n’avait pas osé Beethoven, un autre amateur de café, à l’instar de Balzac qui comptait très exactement ses soixante grains pour se préparer une tasse, pas un de plus, pas un de moins. Clara connaissait l’anecdote, c’était Anouar qui la lui avait racontée (...)”
