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La Suivante

Par : Pierre Corneille
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  • Nombre de pages62
  • FormatePub
  • ISBN979-10-221-0113-4
  • EAN9791022101134
  • Date de parution01/10/2013
  • Protection num.pas de protection
  • Taille1 Mo
  • Infos supplémentairesepub
  • ÉditeurPresses Électroniques de Franc

Résumé

ACTE I SCÈNE PREMIÈRE. Damon, Théante Damon Ami, j'ai beau rêver, toute ma rêverie Ne me fait rien comprendre en ta galanterie. Auprès de ta maîtresse engager un ami, C'est, à mon jugement, ne l'aimer qu'à demi. Ton humeur qui s'en lasse au changement l'invite ; Et n'osant la quitter, tu veux qu'elle te quitte. Théante Ami, n'y rêve plus ; c'est en juger trop bien Pour t'oser plaindre encor de n'y comprendre rien. Quelques puissants appas que possède Amarante, Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante ; Et je ne puis songer à sa condition Que mon amour ne cède à mon ambition. Ainsi, malgré l'ardeur qui pour elle me presse, À la fin j'ai levé les yeux sur sa maîtresse, Où mon dessein, plus haut et plus laborieux, Se promet des succès beaucoup plus glorieux. Mais lors, soit qu'Amarante eût pour moi quelque flamme, Soit qu'elle pénétrât jusqu'au fond de mon âme, Et que malicieuse elle prît du plaisir À rompre les effets de mon nouveau désir, Elle savait toujours m'arrêter auprès d'elle À tenir des propos d'une suite éternelle. L'ardeur qui me brûlait de parler à Daphnis Me fournissait en vain des détours infinis ; Elle usait de ses droits, et toute impérieuse, D'une voix demi-gaie et demi-sérieuse : "Quand j'ai des serviteurs, c'est pour m'entretenir, Disait-elle ; autrement, je les sais bien punir ; Leurs devoirs près de moi n'ont rien qui les excuse." Damon Maintenant je devine à peu près une ruse Que tout autre en ta place à peine entreprendrait. Théante Écoute, et tu verras si je suis maladroit. Tu sais comme Florame à tous les beaux visages Fait par civilité toujours de feints hommages, Et sans avoir d'amour offrant partout des voux, Traite de peu d'esprit les véritables feux. Un jour qu'il se vantait de cette humeur étrange, À qui chaque objet plaît, et que pas un ne range, Et reprochait à tous que leur peu de beauté Lui laissait si longtemps garder sa liberté : "Florame, dis-je alors, ton âme indifférente Ne tiendrait que fort peu contre mon Amarante." "Théante, me dit-il, il faudrait l'éprouver ; Mais l'éprouvant peut-être on te ferait rêver : Mon feu, qui ne serait que pure courtoisie, La remplirait d'amour, et toi de jalousie." Je réplique, il repart, et nous tombons d'accord Qu'au hasard du succès il y ferait effort. Ainsi je l'introduis ; et par ce tour d'adresse, Qui me fait pour un temps lui céder ma maîtresse, Engageant Amarante et Florame au discours, J'entretiens à loisir mes nouvelles amours. Damon Fut-elle sur ce point ou fâcheuse ou facile ? Théante Plus que je n'espérais je l'y trouvai docile. Soit que je lui donnasse une fort douce loi, Et qu'il fût à ses yeux plus aimable que moi ; Soit qu'elle fît dessein sur ce fameux rebelle Qu'une simple gageure attachait auprès d'elle, Elle perdit pour moi son importunité, Et n'en demanda plus tant d'assiduité. La douceur d'être seule à gouverner Florame Ne souffrit plus chez elle aucun soin de ma flamme, Et ce qu'elle goûtait avec lui de plaisirs Lui fit abandonner mon âme à mes désirs. Damon On t'abuse, Théante ; il faut que je te dise Que Florame est atteint de même maladie, Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi, Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi. À servir Amarante il met beaucoup d'étude ; Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude : Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir, Et ménage un accès qu'il ne pouvait avoir. Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse ; Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse, Et cherche ambitieux, par sa possession, À relever l'éclat de son extraction. Il a peu de fortune, et beaucoup de courage ; Et hors cette espérance, il hait le mariage. C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit ; Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit. Théante Parmi ses hauts projets il manque de prudence, Puisqu'il traite avec toi de telle confidence. Damon Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point, Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point. Théante Je dois l'attendre ici.
Quitte-moi, je te prie, De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie. Damon Adieu. Je suis à toi.
Pierre Corneille
Pierre Corneille est né dans la haute bourgeoisie de Rouen le 6 juin 1606 et mort à Paris le 1er octobre 1684. Après des études chez les jésuites, il devient avocat général à la table de marbre du Palais et exerce cette fonction durant une vingtaine d'années. Il débute l'écriture de ses premières pièces comiques en 1630. Puis, il s'oriente vers la tragédie avec Médée en 1634-35 et la tragi-comédie avec Le Cid en 1637. Malgré les critiques de ses rivaux, ses pièces sont de véritables triomphes. Considéré aujourd'hui comme le fondateur du théâtre classique français, la force de Pierre Corneille est d'insuffler une véritable puissance émotionnelle et réflexive à ses textes et de confronter des personnages héroïques exceptionnels à des situations qui le sont tout autant. Son récit, rythmé par des alexandrins puissants, invite le lecteur à s'interroger sur des valeurs très contemporaines telles que l'honneur ou le pouvoir. Notre rayon de littérature classique française regorge de chefs d'œuvre à découvrir absolument. De Molière avec Dom Juan, à Jean Jacques Rousseau et Les Confessions sans oublier Charles Baudelaire, auteur de Les Fleurs du Mal... voici un exemple de ce que nous vous proposons. Choisissez votre format préféré (poche, ebook...) et commandez dès maintenant en profitant des meilleurs prix sur l'achat de tous nos ouvrages ainsi que la livraison à 1 centime.
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