Maraude littéraire : une soirée pleine d'émotions

- Il y a 1 an
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Fonds Decitre : une maraude littéraire vue par Catherine

Son bonnet arrimé sur la tête, une barbe de 5 jours, il arrive, l’air morose mais décidé vers le camion dont les portes s’ouvrent doucement. Il s’arrête d’abord devant la caisse de livres, se penche, prend quelque chose dans son sac et me tend un Camus :
« Je l’ai lu. Il est bien et en plus, il se lit vite. Je vous le rends. Si, si ! Je l’ai lu. Il est vraiment bien ! Lisez-le ! »

Et il accepte de regarder avec moi le livre qu’il ne connaît pas encore, lui le boulimique : quelle lecture l’enchanterait ?
Et il repart avec 2 romans. Il peut aller « toucher » son colis.

Elle s’avance, lunettes noires sur le nez en pleine nuit, dans un long manteau qui l’enveloppe. Elle se jette sur la caisse de livres, les prend, les pose, les feuillette, grommelle des commentaires dans une langue étrangère et repart avec plusieurs romans, visiblement satisfaite.

Petit grand-père d’une autre Algérie, confit en salutations et en discours sur l’espoir qu’il nous faut toujours garder, il se remplit les mains de livres pour enfants, pour un petit-fils d’un an et demi.

Rencontres dans la rue

Copyright : J. Treillet

Jean et pull rayé, jeune au visage poupin, il découvre qu’on peut aussi repartir avec des livres : ce n’est pas pour lui,
« c’est pour un copain qui lit beaucoup. » Enthousiasmé, il en prend 2 puis 3 puis 5 :
« J’en ai pris beaucoup ! Je vais en reposer ... »
« Ah ! Vous croyez que je peux tous les prendre ? Merci beaucoup Madame ! »

Il débarque devant le camion au feu rouge avec de grands signes, sourire aux lèvres. Toujours impeccable, il sort d’un concert de rock gratuit. Toujours le même humour dont on ne peut par rire totalement, la même distance, le même regard porté sur la société. Devant les portes ouvertes du camion, il fait semblant et joue à la dînette : l’eau se transforme en Château Mouton-Rothschild. Il a touché quelques sous et va aller s’acheter un cigare. Mais devant les livres, il ne fait pas semblant et reprend un Camus qu’il a lu à 19 ans :
« Après 20 ans de lecture, je l’apprécierai mieux ! »
Il se laisse tenter par un Prévert et me réclame un Houellebecq . J’essaie de lui promettre pour la prochaine fois. Il n’a pas envie de nous voir refermer les portes du camion.

Immensément reconnaissants, ils sont tous repartis dans la nuit avec un sac de livres, nourriture visiblement tout autant essentielle que le pain et le fromage, les réchauffant plus longtemps que la soupe ou le café offerts.

Catherine, maraudeuse littéraire

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