Une soirée de maraude littéraire avec la Croix-Rouge

- Il y a 2 ans
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Le circuit presqu'île un soir de février


18h30, j’arrive dans les locaux de la Croix-Rouge Française pour ma première maraude littéraire avec le Fonds Decitre. Je rejoins les équipes déjà présentes et les aide à charger le camion : nourriture, produits d’hygiène, thermos en tout genre et bien sûr, des caisses de livres.

19h30, après avoir partagé un repas chaud, les deux chefs d’équipe de la soirée nous briefent sur les consignes de sécurité, sur les circuits que nous allons effectuer et sur les bénéficiaires que nous allons probablement croiser. C’est aussi le moment pour les maraudeurs, qu’ils soient classiques ou littéraires, de faire connaissance.

20h30, nous nous divisons par groupe de six et partons chacun dans deux camions distincts. Notre équipe effectuera « le circuit presqu’île » : Saint-Jean, Perrache, Bellecour, Quai de Saône et Point-du-Jour. Premier arrêt à Saint-Jean et premières belles rencontres. Amed, 34 ans, vient tout juste de sortir de prison. Son parcours est assez chaotique : il quitte l’Algérie à 15 ans car sa famille est menacée à cause des fonctions professionnelles de son père. Arrivé en France, il n’a ni ami ni famille sur qui compter. Il survit en volant de quoi manger dans les supermarchés et dort dehors pendant quelques années. Un jour, il est arrêté suite à de nombreuses plaintes et écope de cinq ans de prison ferme. Amed, pourtant le regard pétillant, me confie « être mort à l’intérieur ». Nous discutons longuement et je lui propose quelques livres qu’il refuse car « il voit trop flou depuis quelques jours et son rendez-vous avec le médecin n’est que dans trois semaines ».
Qu’importe, nous aurons tout de même pu discuter de nombreux sujets, autres que celui de sa précarité. À Saint-Jean toujours, je rencontre Jean-Christophe qui dort dans sa voiture depuis trois ans maintenant. Il me dit au fil d’une discussion qu’il aime les enquêtes, je lui donne donc deux polars coup de cœur qu’il accepte avec un beau sourire.
Puis un autre homme barbu s’approche de moi. Boubakar est impressionnant. Dans la rue depuis 12 ans, il a soif d’apprendre tous les jours. Boubakar « n’aime pas lire des histoires inventées », il aime les récits historiques, les atlas de géographie et les bouquins de médecine. Je tombe sur un roman historique dans ma caisse qui parle de l’ascension d’une famille royale en Allemagne au XVIIIème siècle. Boubakar est ravi, il prend le livre et le tape avec le dos de sa main : « ça, c’est du vrai ! ».

Maraudes littéraires

Copyright : Antonin B.


Nous allons ensuite à Perrache où je fais de nouvelles rencontres et notamment une qui m’a beaucoup marquée. Une jeune fille de mon âge est à la rue avec son compagnon et son chien qu’ils ont appelé Tyson. Leur quotidien se résume à la manche le matin et des recherches toute l’après-midi pour trouver un toit le soir. Ils vivent grâce à l’aide de la Croix-Rouge. Je donne à la jeune fille un beau carnet pour écrire son journal et un livre de voyage. Pour lui, une bande dessinée, une biographie d’un personnage célèbre et un polar. J’apprendrai plus tard que ce couple présentait tous les symptômes d’une addiction à l’héroïne. Les équipes de la Croix-Rouge redirigent le couple vers un centre en addictologie tout près d’ici.

Les Quais de Saône, dernier arrêt de notre périple, m’amènent à rencontrer Jean-Philippe et Marco, deux amis et leurs chiens qui dorment dans des tentes au bord du fleuve. Ils sont de mauvaise humeur et pour cause : les policiers sont passés dans l’après-midi pour les faire partir suite à des plaintes du voisinage. Je suis très surprise car leurs tentes sont tout à fait cachées et je ne vois pas en quoi ils peuvent déranger. Ils sont furieux, fatigués de leur situation et du comportement des forces de police à leur égard.
Au bout de quelques temps, après leur avoir donné un bon café chaud et des viennoiseries, Jean-Philippe et Marco semblent un petit peu apaisés. J’en profite pour leur proposer des livres qu’ils acceptent avec plaisir, l’un est une bande-dessinée qui retrace le procès d’un grand bandit, l’autre est un livre philosophique sur le temps qui passe.

Cette expérience merveilleuse, je la recommencerai. Elle m’a montré que la lecture est un moyen pour les bénéficiaires de s’évader, de se sociabiliser, de prendre du recul et surtout de nourrir leurs âmes au même titre que leurs estomacs.

Le livre est un vecteur d’émotions, de réflexions et de partages. Militons ensemble pour que chacun ait accès à la lecture !


Agathe Gros, responsable du Fonds Decitre

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