La beauté des jours de Claudie Gallay

- Il y a 7 mois
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Une ode à la vie et à ses petits riens

Après le récit de Robert Goolrick ( La tournée américaine : un récit familial traumatisant), Ophélie revient nous présenter le dernier roman de Claudie Gallay, 9 ans après Les Déferlantes. Découvrez sa chronique et suivez la sur son blog Le Journal des Lettres.

La beauté des jours - Claudie Gallay

La beauté des jours - Claudie Gallay

Au début, on se demande ce que nous sommes en train de lire. Les phrases sont très courtes, voire trop courtes. Presque hachurées, ce qui fait buter notre lecture. Il y a quelque chose de Marie Darrieussecq et d'Annie Ernaux dans l'écriture. Une singulière impression de ne pouvoir avancer dans la lecture, en raison de ces phrases trop courtes, à qui on ne laisse pas le loisir de se développer.

Mais au final, nous nous habituons, car au bout de quelques parties, c'est l'histoire de l'héroïne, Jeanne, qui prend le dessus.

Jeanne, c'est le portrait type de la femme ordinaire. Elle est postière, mariée à Rémy qu'elle aime sincèrement, parents de jumelles, Chloé et Elsa. Elles ne sont jamais à la maison et ne rentrent que le week-end, car elles croquent leur jeunesse à pleines dents ; entre leurs voyages et leurs premiers amours.

Dans la vie de Jeanne, il y a aussi sa meilleure amie, Suzanne, qui vit très mal la brutale séparation avec son ex-compagnon, Jef. C'est la preuve pour Jeanne, celle qui lui revient en pleine figure, tous les jours, que rien n'est éternel, que tout peut s'arrêter d'un coup. Elle essaye tant bien que mal de l'aider. Mais il y a aussi ce gouffre entre la ville et la campagne. Au sein de sa propre famille, Jeanne se heurte aux problèmes de générations, un monde les sépare.

Or, il y a aussi un monde entre la vie que Jeanne mène avec monotonie et celle qu'elle rêverait de pouvoir vivre. Admiratrice de l'artiste serbe Marina Abramovic, dont les performances artistiques sont un électrochoc quotidien, - celui qui permet de se sentir vivante – Jeanne entretiendra un échange épistolaire imaginaire avec elle. Rêvant une fois encore sa vie, au lieu de vivre ses rêves...

À cette obsession viennent s'ajouter ses retrouvailles avec Martin, un ancien amour de jeunesse qui ne l'a jamais oublié. Le passé et le présent finissent par se superposer et Jeanne déborde des limites qu'elle avait jusque-là toujours respectées. C'est le début du petit frisson, un résidu de ce qu'a pu éprouver Marina tout au long de sa vie d'artiste passionnée. Mais qu'importe, c'est déjà ça, c'est mieux que rien...


Un coup de coeur inattendu

Ces petits rien justement, voilà de quoi il est question dans ce roman. Très vite, nous devenons Jeanne et nous l'admirons pour ses prises de risque. Ce roman, d'une douceur infinie, nous apprend tout bonnement à vivre, à se contenter des petites choses de l'existence et à les savourer, à défaut de pouvoir vivre une folle et grande aventure. Malgré toute notre bonne volonté, nous ressemblons beaucoup à Jeanne et son quotidien, sa vie d'un prosaïsme flagrant, c'est nous, nous tous.

Ophélie Curado, pour le blog de Decitre, blogueuse sur Le Journal des Lettres

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