Le dernier roman de Pierre Ducrozet vu par la blogueuse Ophélie Curado

- Il y a 1 an
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L'invention des corps de Pierre Ducrozet

L'invention des corps de Pierre Ducrozet est un roman original, absolument déconcertant ! Aussi bien en ce qui concerne l'histoire, que le style d'écriture de l'auteur. En cette rentrée littéraire 2017, Pierre Ducrozet met la barre très haute et décide de nous plonger dans un roman prenant, poignant et vivace, véritable page-turner duquel nous finissons par être « accros ».

Une belle découverte


L'invention des corps - Pierre Ducrozet

Ce roman nous prend tout simplement au dépourvu et ce qu'il nous propose est unique. Outre la couverture vintage et brûlante, ainsi que le résumé aussi complexe qu'alléchant, ce sont les réflexions modernes et philosophiques qui nous bouleversent le plus. Cet ouvrage est d'autant plus déroutant qu'il ne séduit pas dès les premières lignes. En effet, le rythme est tout de suite rapide et Pierre Ducrozet nous plonge sans ménagement à l'intérieur de son histoire. Sans préambule, il nous pousse dans le décor aride du Mexique, suivant les aventures d'Alvaro, jeune prof survivant des tragiques événements d'Iguala, la nuit du 26 septembre 2014 où quarante-trois étudiants disparurent, enlevés et assassinés par la police. Le lecteur est alors projeté dans cet univers sanglant, qui, tiré de faits réels, nous semble encore plus à vif, plus douloureux. Que faire alors, à part prendre la fuite et courir le plus vite et le plus loin possible ?

Si l'entrée en matière de l'histoire se fera avec douleur, puisque le lecteur y est jeté et non pas invité, et qu'il lui faudra un petit temps d’adaptation à l'écriture de Pierre Ducrozet – les phrases sont courtes, déconstruites, il manque volontairement certains mots et connecteurs -, il deviendra cependant « accro » malgré lui. Le réalisme déchirant de l'incipit prend aux tripes, tandis que la patte littéraire nous transporte dans cette écriture de l'urgence et dans cette frénésie ; accord parfait avec la précipitation d'Alvaro qui nous fait pénétrer dans un autre mouvement.

Les mouvements suivants sont d'ailleurs les plus intéressants. Dans la fuite, on y reconnaît le style si décalé de Jack Kerouac et son fameux Sur la route ; une pépite ! C'est là que la magie opère. Le lecteur suivra alors Alvaro à travers sa cavale jusqu'aux États-Unis, terre de promesses, mais aussi de démesure. Il finira par faire la rencontre d'Adèle, une brillante biologiste française avec laquelle il sera amené à travailler, au cœur de la Silicon Valley. Mais ce vaste pays est aussi celui de la folie, tout comme les nouvelles technologies qui finissent par laisser peu de place à l'humain et les nouveaux maîtres du monde prêts à toutes les excentricités. Alvaro l'apprendra à ses dépens, prit dans les filets d'un savant fou qui croit pouvoir combattre la mort...


Un roman qui rend accro

L'invention des corps est un grand roman. De ceux que l'on ne rencontre que rarement dans notre vie de lecteur. S'il ressemble par moment à l'énergie de vivre de Kerouac, Pierre Ducrozet nous offre bien un bijou unique. Une fois le rythme enclenché, le lecteur ne pourra plus décrocher et dévorera toutes les pages, jusqu'à la fin ! Et le pire, c'est que l'on en redemande encore, devenu « accro » à ce page-turner comme d'une drogue !

Car oui, c'est exactement l'effet que produit ce roman, stylistiquement et philosophiquement ! Il est addictif, principalement en raison des réflexions et des prises de conscience qu'il nous propose. De ce point de vue-là, Pierre Ducrozet relève du génie ! Car au-delà de mettre en lumière les aspects les plus sombres d'Internet, - avec minutie et méthode - il nous parle aussi et surtout de la mort ; sujet sensible qui touchera tous les types de lecteurs. Des larmes sincères risquent d'ailleurs de monter aux yeux des plus sensibles. Et tandis que nous savourons cet ouvrage singulier, décadent et foncièrement intelligent, c'est une véritable remise en question et une analyse de la condition humaine qui nous est proposée. Un roman qui marque à vie et qui fait tellement de bien ! Merci pour ce grand moment de littérature !

Ophélie Curado, pour le blog de Decitre, blogueuse sur Le Journal des Lettres

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