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Notes et avis 1 à 8 sur un total de 68
Désordre
Avis posté le 2014-07-22
Désordre
La Tamise n’est pas un long fleuve tranquille ; la vie non plus. Sonia vit en pleine ville de Londres, dans la maison de son enfance, les Berges. Vu de l’extérieur, c’est le tableau parfait de la quadragénaire simple, avec une vie réussie ; vu de l’intérieur, c’est beaucoup plus compliqué. Qu’est-ce qui pousse Sonia à retenir le jeune Jez chez elle ? La solitude ? Le besoin d’être aimée et entourée ? La folie pure ? Ou les fantômes du passé qui ne cessent de la hanter ?
Désordre est le premier roman de Penny Hancock, un thriller psychologique prenant qui nous fera vivre le début de l’hiver à Londres, sur les bords de la Tamise. La rivière joue un rôle central dans le livre, présence menaçante pour le lecteur, mais rassurante pour l’héroïne. Elle en devient presque un personnage à part entière, tant elle prédit le danger. On le sent arriver, mais on ne peut l’éviter, car le courant nous porte inexorablement vers le désastre. C’est impossible qu’il en aille autrement, mais on ne peut s’empêcher d’espérer...
Notre protagoniste, Sonia, se livre peu à peu à nous, laissant transparaître une onde de folie que l’on essaie inconsciemment de s’expliquer. Les parties qui lui sont consacrés sont à la première personne, ce qui nous aide à entrer dans le personnage et les fréquents flashbacks, parfaitement intégrés à la trame, nous donnent envie d’en savoir plus. Peu à peu, nous découvrons les drames de la vie de Sonia, dissimulés sous des apparences parfaitement normales. C’est ce qui rend l’histoire aussi prenante : le fait qu’elle soit réaliste, qu’elle puisse se passer sans que personne n’en sache rien.
La perspective varie... Nous découvrons ainsi Helen, la tante de Jez, qui a elle aussi un rôle important à jouer. Nos deux héroïnes sont très différentes, mais toutes deux attachantes à leur manière. L’alternance de points de vue nous donne deux manières de voir les choses : la première, externe, est celle de la police et des personnes qui enquêtent sur la disparition de Jez sans avoir la moindre idée de ce qui lui est arrivé. La deuxième, interne, est celle de Sonia, qui est justement responsable de cette disparition. Ce qui est intéressant, et ajoute sans aucun doute de l’attrait et du suspense au roman, c’est que nous n’avons jamais l’avis de Jez. C’est le personnage autour duquel s’articule toute l’intrigue, mais on ne le découvre qu’à travers les yeux des autres personnages. Un choix curieux, mais indéniablement judicieux de la part de l’auteur.
Penny Hancock crée une atmosphère qui se fait de plus en plus étouffante, de plus en plus menaçante avec des descriptions très imagées. En arrière-plan, le fleuve nous accompagne, parfois calme, parfois déchaîné, au fil des courants et des marées. Le rythme fluctue lui aussi, avec un début plutôt lent pour bien poser le décor, puis une accélération progressive et une montée du suspense qui nous tiendront en haleine jusqu’aux dernières pages.
L’atmosphère est sombre et dérangeante, tout comme Sonia. Et pourtant, il semble impossible de détester l’héroïne tant le sort semble s’acharner contre elle, seule et démunie. Une détresse dissimulée sous les apparences, causée sans nul doute par les drames et désordres de sa vie passée et l’instabilité de son présent. Alors que son acte devrait susciter de la révolte ou du dégoût, c’est un mélange d’émotions contradictoires qu’éprouvera le lecteur, et ce n’est pas la fin ouverte qui résoudra ses états d’esprit.
Désordre est un magnifique premier roman. Très psychologique, il met en scène la folie d’une femme que la vie a usée. Avec ses descriptions imagées et la Tamise en toile de fond, ses protagonistes à la personnalité développée, ses changements de point de vue et sa montée de suspense et de tension, Penny Hancock nous entraîne dans une aventure londonienne haletante qui n’est finalement pas si éloignée de la réalité. Attention la folie nous guette !
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
La Tamise n’est pas un long fleuve tranquille ; la vie non plus. Sonia vit en pleine ville de Londres, dans la maison de son enfance, les Berges. Vu de l’extérieur, c’est le tableau parfait de la quadragénaire simple, avec une vie réussie ; vu de l’intérieur, c’est beaucoup plus compliqué. Qu’est-ce qui pousse Sonia à retenir le jeune Jez chez elle ? La solitude ? Le besoin d’être aimée et entourée ? La folie pure ? Ou les fantômes du passé qui ne cessent de la hanter ?
Désordre est le premier roman de Penny Hancock, un thriller psychologique prenant qui nous fera vivre le début de l’hiver à Londres, sur les bords de la Tamise. La rivière joue un rôle central dans le livre, présence menaçante pour le lecteur, mais rassurante pour l’héroïne. Elle en devient presque un personnage à part entière, tant elle prédit le danger. On le sent arriver, mais on ne peut l’éviter, car le courant nous porte inexorablement vers le désastre. C’est impossible qu’il en aille autrement, mais on ne peut s’empêcher d’espérer...
Notre protagoniste, Sonia, se livre peu à peu à nous, laissant transparaître une onde de folie que l’on essaie inconsciemment de s’expliquer. Les parties qui lui sont consacrés sont à la première personne, ce qui nous aide à entrer dans le personnage et les fréquents flashbacks, parfaitement intégrés à la trame, nous donnent envie d’en savoir plus. Peu à peu, nous découvrons les drames de la vie de Sonia, dissimulés sous des apparences parfaitement normales. C’est ce qui rend l’histoire aussi prenante : le fait qu’elle soit réaliste, qu’elle puisse se passer sans que personne n’en sache rien.
La perspective varie... Nous découvrons ainsi Helen, la tante de Jez, qui a elle aussi un rôle important à jouer. Nos deux héroïnes sont très différentes, mais toutes deux attachantes à leur manière. L’alternance de points de vue nous donne deux manières de voir les choses : la première, externe, est celle de la police et des personnes qui enquêtent sur la disparition de Jez sans avoir la moindre idée de ce qui lui est arrivé. La deuxième, interne, est celle de Sonia, qui est justement responsable de cette disparition. Ce qui est intéressant, et ajoute sans aucun doute de l’attrait et du suspense au roman, c’est que nous n’avons jamais l’avis de Jez. C’est le personnage autour duquel s’articule toute l’intrigue, mais on ne le découvre qu’à travers les yeux des autres personnages. Un choix curieux, mais indéniablement judicieux de la part de l’auteur.
Penny Hancock crée une atmosphère qui se fait de plus en plus étouffante, de plus en plus menaçante avec des descriptions très imagées. En arrière-plan, le fleuve nous accompagne, parfois calme, parfois déchaîné, au fil des courants et des marées. Le rythme fluctue lui aussi, avec un début plutôt lent pour bien poser le décor, puis une accélération progressive et une montée du suspense qui nous tiendront en haleine jusqu’aux dernières pages.
L’atmosphère est sombre et dérangeante, tout comme Sonia. Et pourtant, il semble impossible de détester l’héroïne tant le sort semble s’acharner contre elle, seule et démunie. Une détresse dissimulée sous les apparences, causée sans nul doute par les drames et désordres de sa vie passée et l’instabilité de son présent. Alors que son acte devrait susciter de la révolte ou du dégoût, c’est un mélange d’émotions contradictoires qu’éprouvera le lecteur, et ce n’est pas la fin ouverte qui résoudra ses états d’esprit.
Désordre est un magnifique premier roman. Très psychologique, il met en scène la folie d’une femme que la vie a usée. Avec ses descriptions imagées et la Tamise en toile de fond, ses protagonistes à la personnalité développée, ses changements de point de vue et sa montée de suspense et de tension, Penny Hancock nous entraîne dans une aventure londonienne haletante qui n’est finalement pas si éloignée de la réalité. Attention la folie nous guette !
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.

Ce que cache ton nom
Avis posté le 2014-07-22
- Terrifiant
- XXIe siècle
- Vibrant
- Intriguant
Ce que cache ton nom
Comment Sandra, jeune femme enceinte un peu perdue, aurait-elle pu se douter de ce qui l’attendait sur cette plage tranquille dans les environs d’Alicante ? Comment aurait-elle pu prévoir que les deux rencontres qu’elle fait, alors que la saison touristique touche à sa fin et que la côte se vide peu à peu, allaient changer sa vie à jamais ?
Tout à fait par hasard, Sandra se lie d’amitié avec un couple d’octogénaires norvégiens et ses liens avec eux se resserrent rapidement. Elle en vient à faire partie de leur vie, mais elle fait alors une deuxième rencontre qui va bouleverser la première. Julián, un vieil homme arrivé tout droit d’Argentine, lui dévoile peu à peu l’horrible secret que cache le couple. Tout d’abord bien décidée à ne pas le croire, Sandra voit chaque jour de plus en plus d’indices qui l’obligent à se poser des questions... Et si Julián disait vrai, et qu’elle avait atterri au cœur d’un sombre milieu ? Et s’il était trop tard pour s’échapper ?
Dès les premières pages, le lecteur est entraîné dans l’univers sombre du nazisme ; tout le monde en a entendu parler, tout le monde pense que cela appartient au passé. Et pourtant, il arrive que le passé ressurgisse, de la manière la plus inattendue qui soit. Nous avons d’un côté l’innocence de la jeune Sandra, et de l’autre l’expérience du vieux Julián, qui a tant vécu, ou qui a plutôt survécu. L’auteur alterne les points de vue avec brio, faisant ressortir les contrastes entre les deux protagonistes, entre ce que l’un sait et que l’autre ignore, entre les apparences et la réalité.
La narration est une des grandes forces de ce roman : le lecteur peut, au fil des pages, reconstituer le puzzle grâce aux pièces disséminées dans les l’histoire. Certaines scènes sont racontées par Sandra, puis c’est Julián qui prend le relais (ou inversement), ce qui donne une lumière nouvelle aux évènements. Chaque détail a une explication et tout se met peu à peu en place. L’atmosphère devient de plus en plus lourde et de plus en plus électrique. À mesure que Sandra découvre la vérité la peur gagne le lecteur, qui se fait malgré lui plus attentif, guettant chaque indice, chaque piège potentiel. Nous voici à peine arrivés à la moitié de l’intrigue que l’environnement accueillant et tranquille du début du livre se fait hostile et menaçant. Nous en venons à douter de tout le monde, à nous interroger sur les motivations de chacun des personnages, tout comme Sandra, qui se retrouve projetée dans cette aventure sans qu’elle n’ait rien demandé à personne.
Les deux personnages principaux sont bien sûr Julián et Sandra qui, à tour de rôle, nous racontent les événements. L’avantage, c’est que nous avons ainsi deux points de vue bien différents : celui d’un vieil homme sachant parfaitement ce dont les autres personnages sont capables, et celui d’une jeune femme qui ignore tout du danger qui la guette et se laisse tromper par les apparences, comme la plupart des gens. C’est le fort contraste entre ces deux visions qui amène le lecteur à douter ; est-il vraiment possible que toutes ces personnes âgées, en apparence si serviables et aimables, soient les monstres que Julián décrit ? En toile de fond, Cara Sánchez nous fournit un certain nombre de détails historiques nécessaires à la compréhension de l’intrigue. L’information est très bien dosée et s’intègre parfaitement au déroulement de l’histoire.
À mon sens, Ce que cache ton nom est avant tout un thriller psychologique, mais aussi un roman d’apprentissage contenant une note de romance et incitant à la réflexion ; après les premiers chapitres, l’intrigue passe au second plan pour laisser la place aux personnages, à leurs sentiments et à leurs dilemmes. Faut-il dire la vérité à Sandra ? La protéger ? L’inciter à fuir ? Faut-il faire confiance à Julián et l’aider à mener à bien la mission qu’il s’est donnée ? On trouve de la haine, de l’affection, du respect, de la peur, et même de l’amour. Dans les premières pages, on pense que tout est calculé et qu’il s’agit d’un plan dont chaque détail a été mis au point pour satisfaire un besoin de vengeance qui nous paraît parfaitement compréhensible. Pourtant, de nombreuses surprises attendent non seulement le lecteur, mais aussi les différents personnages, trop sûrs d’eux pour prévoir ce qui les attend.
Ce que cache ton nom est un très bon thriller psychologique qui met en scène une intrigue inquiétante mise en valeur par de nombreuses rencontres auxquelles personne ne s’attend. Les changements de point de vue sont menés d’une main de maître, nous forçant peu à peu à nous défaire de l’innocence qui était nôtre au début du roman. Nous assistons à un combat contre le mal, un mal absolu, inimaginable, et qui pourtant se cache dans la vie quotidienne, sous des apparences tout à fait normales. On en vient à se demander... et si, comme Sandra, nous avions inconsciemment côtoyé de telles personnes ?
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
Comment Sandra, jeune femme enceinte un peu perdue, aurait-elle pu se douter de ce qui l’attendait sur cette plage tranquille dans les environs d’Alicante ? Comment aurait-elle pu prévoir que les deux rencontres qu’elle fait, alors que la saison touristique touche à sa fin et que la côte se vide peu à peu, allaient changer sa vie à jamais ?
Tout à fait par hasard, Sandra se lie d’amitié avec un couple d’octogénaires norvégiens et ses liens avec eux se resserrent rapidement. Elle en vient à faire partie de leur vie, mais elle fait alors une deuxième rencontre qui va bouleverser la première. Julián, un vieil homme arrivé tout droit d’Argentine, lui dévoile peu à peu l’horrible secret que cache le couple. Tout d’abord bien décidée à ne pas le croire, Sandra voit chaque jour de plus en plus d’indices qui l’obligent à se poser des questions... Et si Julián disait vrai, et qu’elle avait atterri au cœur d’un sombre milieu ? Et s’il était trop tard pour s’échapper ?
Dès les premières pages, le lecteur est entraîné dans l’univers sombre du nazisme ; tout le monde en a entendu parler, tout le monde pense que cela appartient au passé. Et pourtant, il arrive que le passé ressurgisse, de la manière la plus inattendue qui soit. Nous avons d’un côté l’innocence de la jeune Sandra, et de l’autre l’expérience du vieux Julián, qui a tant vécu, ou qui a plutôt survécu. L’auteur alterne les points de vue avec brio, faisant ressortir les contrastes entre les deux protagonistes, entre ce que l’un sait et que l’autre ignore, entre les apparences et la réalité.
La narration est une des grandes forces de ce roman : le lecteur peut, au fil des pages, reconstituer le puzzle grâce aux pièces disséminées dans les l’histoire. Certaines scènes sont racontées par Sandra, puis c’est Julián qui prend le relais (ou inversement), ce qui donne une lumière nouvelle aux évènements. Chaque détail a une explication et tout se met peu à peu en place. L’atmosphère devient de plus en plus lourde et de plus en plus électrique. À mesure que Sandra découvre la vérité la peur gagne le lecteur, qui se fait malgré lui plus attentif, guettant chaque indice, chaque piège potentiel. Nous voici à peine arrivés à la moitié de l’intrigue que l’environnement accueillant et tranquille du début du livre se fait hostile et menaçant. Nous en venons à douter de tout le monde, à nous interroger sur les motivations de chacun des personnages, tout comme Sandra, qui se retrouve projetée dans cette aventure sans qu’elle n’ait rien demandé à personne.
Les deux personnages principaux sont bien sûr Julián et Sandra qui, à tour de rôle, nous racontent les événements. L’avantage, c’est que nous avons ainsi deux points de vue bien différents : celui d’un vieil homme sachant parfaitement ce dont les autres personnages sont capables, et celui d’une jeune femme qui ignore tout du danger qui la guette et se laisse tromper par les apparences, comme la plupart des gens. C’est le fort contraste entre ces deux visions qui amène le lecteur à douter ; est-il vraiment possible que toutes ces personnes âgées, en apparence si serviables et aimables, soient les monstres que Julián décrit ? En toile de fond, Cara Sánchez nous fournit un certain nombre de détails historiques nécessaires à la compréhension de l’intrigue. L’information est très bien dosée et s’intègre parfaitement au déroulement de l’histoire.
À mon sens, Ce que cache ton nom est avant tout un thriller psychologique, mais aussi un roman d’apprentissage contenant une note de romance et incitant à la réflexion ; après les premiers chapitres, l’intrigue passe au second plan pour laisser la place aux personnages, à leurs sentiments et à leurs dilemmes. Faut-il dire la vérité à Sandra ? La protéger ? L’inciter à fuir ? Faut-il faire confiance à Julián et l’aider à mener à bien la mission qu’il s’est donnée ? On trouve de la haine, de l’affection, du respect, de la peur, et même de l’amour. Dans les premières pages, on pense que tout est calculé et qu’il s’agit d’un plan dont chaque détail a été mis au point pour satisfaire un besoin de vengeance qui nous paraît parfaitement compréhensible. Pourtant, de nombreuses surprises attendent non seulement le lecteur, mais aussi les différents personnages, trop sûrs d’eux pour prévoir ce qui les attend.
Ce que cache ton nom est un très bon thriller psychologique qui met en scène une intrigue inquiétante mise en valeur par de nombreuses rencontres auxquelles personne ne s’attend. Les changements de point de vue sont menés d’une main de maître, nous forçant peu à peu à nous défaire de l’innocence qui était nôtre au début du roman. Nous assistons à un combat contre le mal, un mal absolu, inimaginable, et qui pourtant se cache dans la vie quotidienne, sous des apparences tout à fait normales. On en vient à se demander... et si, comme Sandra, nous avions inconsciemment côtoyé de telles personnes ?
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.

Dans le jardin de la bête
Avis posté le 2014-07-22
Dans le jardin de la bête
Alors qu’il est très facile de citer le titre d’un livre se passant pendant la Seconde Guerre mondiale, il est beaucoup moins évident d’en trouver un qui évoque les années qui ont précédé ce conflit ; c’est pourtant le cas de Dans le jardin de la bête, qui nous plonge dans la montée du nazisme à Berlin depuis l’année 1933.
Lorsque William E. Dodd accepte le poste d’ambassadeur américain à Berlin, il est loin de se douter de ce qui l’attend. N’importe qui doit avoir le cœur bien accroché pour accepter une telle mission, mais il n’est de plus pas diplomate ; très vite, lui et sa famille se retrouvent projetés dans la vie politique du pays, cohabitant avec les nazis et les antinazis, dans un milieu de plus en plus hostile et dangereux. Aux États-Unis, on entend bien sûr parler du nazisme, mais Dodd se rendra bien vite compte que la réalité est toute autre.
Erik Larson est journaliste, ce que l’on remarque immédiatement : il s’est extrêmement bien documenté sur la période et sur le sujet et inclut dans ce roman de nombreuses citations et notes historiques très utiles pour les passionnés de cette période. Il en ressort un roman historique très complet, basé sur les notes personnelles des différents personnages que l’on apprend à connaître au fil des pages. Le lecteur découvre peu à peu la vraie nature du régime et vit de l’intérieur plusieurs évènements historiques de grande importance.
Le point fort, c’est sans aucun doute le mélange de points de vue ; l’auteur s’est servi de sources variées, ce qui nous permet d’entrevoir les difficultés de l’époque : impossible de faire confiance à qui que ce soit, impossible de dire ce que l’on pense – que ce soit en Allemagne, bien sûr, ou même à l’étranger – et impossible de ne pas se retrouver, d’une manière ou d’une autre, mêlé à tout cela. Au fil des pages, les personnages évoluent dans un monde de plus en plus dangereux, dans lequel les abus de pouvoir sont monnaie courante. Les nazis, la Gestapo, les SS, les SA, l’armée... il y a de quoi se perdre dans les intrigues...
De manière générale, j’ai eu de la peine à me plonger dans le roman, principalement en raison du grand nombre de notes de bas de page, de citations et d’explications. Il était difficile de suivre le fil, car j’avais l’impression que l’on passait d’un évènement à l’autre sans lien et qu’il y avait un trop grand nombre de digressions. Le style, très documenté, rend également les personnages peu accessibles, ce qui n’aide pas à entrer dans l’histoire.
En reprenant à posteriori mes impressions sur le livre, je dois tout de même admettre que j’ai passé un bon moment et que c’est un livre extrêmement intéressant. Je pense que ma déception est due au fait que ce n’est pas vraiment ce que j’en attendais : en réalité, c’est un roman historique bien plus qu’un thriller... Une fois l’idée acceptée, les pages se sont tournées d’elles-mêmes.
Bien que le début ait été un peu difficile, une fois que l’on s’habitue au style, on a envie de connaître la suite... qui arrive finalement trop vite. Alors que le début est très détaillé, plus on arrive vers la fin, plus les évènements se précipitent et je trouve que ce déséquilibre au niveau du rythme est dommage. Mis à part ces petits détails, c’est un roman passionnant pour tous ceux qui aiment l’histoire, car il donne d’une part un point de vue différent, et traite d’autre part une période qui est finalement peu connue.
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
Alors qu’il est très facile de citer le titre d’un livre se passant pendant la Seconde Guerre mondiale, il est beaucoup moins évident d’en trouver un qui évoque les années qui ont précédé ce conflit ; c’est pourtant le cas de Dans le jardin de la bête, qui nous plonge dans la montée du nazisme à Berlin depuis l’année 1933.
Lorsque William E. Dodd accepte le poste d’ambassadeur américain à Berlin, il est loin de se douter de ce qui l’attend. N’importe qui doit avoir le cœur bien accroché pour accepter une telle mission, mais il n’est de plus pas diplomate ; très vite, lui et sa famille se retrouvent projetés dans la vie politique du pays, cohabitant avec les nazis et les antinazis, dans un milieu de plus en plus hostile et dangereux. Aux États-Unis, on entend bien sûr parler du nazisme, mais Dodd se rendra bien vite compte que la réalité est toute autre.
Erik Larson est journaliste, ce que l’on remarque immédiatement : il s’est extrêmement bien documenté sur la période et sur le sujet et inclut dans ce roman de nombreuses citations et notes historiques très utiles pour les passionnés de cette période. Il en ressort un roman historique très complet, basé sur les notes personnelles des différents personnages que l’on apprend à connaître au fil des pages. Le lecteur découvre peu à peu la vraie nature du régime et vit de l’intérieur plusieurs évènements historiques de grande importance.
Le point fort, c’est sans aucun doute le mélange de points de vue ; l’auteur s’est servi de sources variées, ce qui nous permet d’entrevoir les difficultés de l’époque : impossible de faire confiance à qui que ce soit, impossible de dire ce que l’on pense – que ce soit en Allemagne, bien sûr, ou même à l’étranger – et impossible de ne pas se retrouver, d’une manière ou d’une autre, mêlé à tout cela. Au fil des pages, les personnages évoluent dans un monde de plus en plus dangereux, dans lequel les abus de pouvoir sont monnaie courante. Les nazis, la Gestapo, les SS, les SA, l’armée... il y a de quoi se perdre dans les intrigues...
De manière générale, j’ai eu de la peine à me plonger dans le roman, principalement en raison du grand nombre de notes de bas de page, de citations et d’explications. Il était difficile de suivre le fil, car j’avais l’impression que l’on passait d’un évènement à l’autre sans lien et qu’il y avait un trop grand nombre de digressions. Le style, très documenté, rend également les personnages peu accessibles, ce qui n’aide pas à entrer dans l’histoire.
En reprenant à posteriori mes impressions sur le livre, je dois tout de même admettre que j’ai passé un bon moment et que c’est un livre extrêmement intéressant. Je pense que ma déception est due au fait que ce n’est pas vraiment ce que j’en attendais : en réalité, c’est un roman historique bien plus qu’un thriller... Une fois l’idée acceptée, les pages se sont tournées d’elles-mêmes.
Bien que le début ait été un peu difficile, une fois que l’on s’habitue au style, on a envie de connaître la suite... qui arrive finalement trop vite. Alors que le début est très détaillé, plus on arrive vers la fin, plus les évènements se précipitent et je trouve que ce déséquilibre au niveau du rythme est dommage. Mis à part ces petits détails, c’est un roman passionnant pour tous ceux qui aiment l’histoire, car il donne d’une part un point de vue différent, et traite d’autre part une période qui est finalement peu connue.
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.

Les Fantômes du Delta
Avis posté le 2014-07-02
- Nigéria
- Vibrant
- Delta du Niger
Plongée au coeur du Nigéria
Décollage pour le Nigéria, où Aurélien Molas nous plonge dans une intrigue palpitante avec, en toile de fond, les sombres évènements politiques qui ont marqué le pays entre 2003 et 2010. Lorsqu’une équipe de Médecins sans frontières procède à une mission dans un orphelinat isolé, ses membres se rendent bien vite compte qu’on leur cache quelque chose, mais ils n’ont pas le temps de s’interroger car le bâtiment est soudain attaqué : commence alors un combat sans merci qui s’articule autour d’une enfant mystérieuse, la petite Naïs, que tout le monde s’arrache.
Tel un journaliste, l’auteur nous dépeint un paysage noir, un lieu de désolation et de corruption où les intérêts liés au pétrole déterminent tout. Les premiers chapitres posent le cadre du roman, que ce soit son atmosphère pesante, ses personnages fouillés ou le contexte géopolitique. Le point de vue change et le récit se mêle aux extraits de journaux, donnant un rythme de plus en plus soutenu à l’histoire.
Les personnages sont nombreux, mais ont tous une personnalité bien développée ; certains sont attachants, d’autres repoussants, mais il est impossible de rester indifférent. Et, bien entendu, la petite Naïs ne cesse d’intriguer. Pourquoi le gouvernement et les révolutionnaires veulent-ils à tout prix mettre la main sur elle ? On aimerait bien le découvrir, tout comme les médecins qui se sont donné pour mission de la protéger.
Les personnages principaux – Benjamin, Megan et Jacques – sont une des originalités qui font la force de ce livre. Ce ne sont pas des policiers, ni des détectives ou des journalistes, mais des médecins avec différentes motivations, partis sur un autre continent pour réaliser une mission humanitaire. Malgré leur dévouement et leur désir d’aider la population victime de malnutrition et de diverses maladies dues aux conditions de vie du pays, ils se retrouvent confrontés à une violence qu’ils étaient loin d’imaginer. Les meurtres et la corruption sont monnaie courante pour parvenir à ses fins, et personne n’est à l’abri. Au fil des pages, le lecteur découvrira une dure réalité et ressentira la même peur que les personnages.
L’intrigue est menée de manière admirable et le rythme est un parfait équilibre entre les scènes de suspense, les informations factuelles nécessaires à notre compréhension et les éléments biographiques des différents personnages. Le tout s’enchaîne naturellement, et on remarquera sans peine la qualité des recherches menées par l’auteur, qui mêle des faits historiques réels à la fiction.
L’écriture est très évocatrice et nous entraîne sur les traces des médecins, bien décidés à rendre le monde meilleur, ou au moins à ne pas laisser le mal régner. Seul petit détail que je critiquerais : le résumé de la quatrième de couverture, qui en dit trop sur les protagonistes à mon goût. Le suspense nous accompagne néanmoins tout au long de l’histoire ; nous voulons tout d’abord découvrir le secret de Naïs, puis savoir comment ce combat sans merci entre les révolutionnaires, le gouvernement et les médecins va se passer.
À mi-chemin entre un thriller psychologique, un roman géopolitique et une aventure haletante dans un pays inconnu, Les fantômes du Delta est un chef d’œuvre qu’il est impossible de lâcher avant la dernière page. La réalité à laquelle nous sommes confrontés est sombre et triste, mais on ne peut s’empêcher, aux côtés des Médecins sans frontières, de continuer à espérer. Et si, malgré le gouvernement corrompu, les multinationales qui ne pensent qu’au pétrole et les révolutionnaires désespéré, il y avait une solution pour que l’histoire se termine bien ?
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
Décollage pour le Nigéria, où Aurélien Molas nous plonge dans une intrigue palpitante avec, en toile de fond, les sombres évènements politiques qui ont marqué le pays entre 2003 et 2010. Lorsqu’une équipe de Médecins sans frontières procède à une mission dans un orphelinat isolé, ses membres se rendent bien vite compte qu’on leur cache quelque chose, mais ils n’ont pas le temps de s’interroger car le bâtiment est soudain attaqué : commence alors un combat sans merci qui s’articule autour d’une enfant mystérieuse, la petite Naïs, que tout le monde s’arrache.
Tel un journaliste, l’auteur nous dépeint un paysage noir, un lieu de désolation et de corruption où les intérêts liés au pétrole déterminent tout. Les premiers chapitres posent le cadre du roman, que ce soit son atmosphère pesante, ses personnages fouillés ou le contexte géopolitique. Le point de vue change et le récit se mêle aux extraits de journaux, donnant un rythme de plus en plus soutenu à l’histoire.
Les personnages sont nombreux, mais ont tous une personnalité bien développée ; certains sont attachants, d’autres repoussants, mais il est impossible de rester indifférent. Et, bien entendu, la petite Naïs ne cesse d’intriguer. Pourquoi le gouvernement et les révolutionnaires veulent-ils à tout prix mettre la main sur elle ? On aimerait bien le découvrir, tout comme les médecins qui se sont donné pour mission de la protéger.
Les personnages principaux – Benjamin, Megan et Jacques – sont une des originalités qui font la force de ce livre. Ce ne sont pas des policiers, ni des détectives ou des journalistes, mais des médecins avec différentes motivations, partis sur un autre continent pour réaliser une mission humanitaire. Malgré leur dévouement et leur désir d’aider la population victime de malnutrition et de diverses maladies dues aux conditions de vie du pays, ils se retrouvent confrontés à une violence qu’ils étaient loin d’imaginer. Les meurtres et la corruption sont monnaie courante pour parvenir à ses fins, et personne n’est à l’abri. Au fil des pages, le lecteur découvrira une dure réalité et ressentira la même peur que les personnages.
L’intrigue est menée de manière admirable et le rythme est un parfait équilibre entre les scènes de suspense, les informations factuelles nécessaires à notre compréhension et les éléments biographiques des différents personnages. Le tout s’enchaîne naturellement, et on remarquera sans peine la qualité des recherches menées par l’auteur, qui mêle des faits historiques réels à la fiction.
L’écriture est très évocatrice et nous entraîne sur les traces des médecins, bien décidés à rendre le monde meilleur, ou au moins à ne pas laisser le mal régner. Seul petit détail que je critiquerais : le résumé de la quatrième de couverture, qui en dit trop sur les protagonistes à mon goût. Le suspense nous accompagne néanmoins tout au long de l’histoire ; nous voulons tout d’abord découvrir le secret de Naïs, puis savoir comment ce combat sans merci entre les révolutionnaires, le gouvernement et les médecins va se passer.
À mi-chemin entre un thriller psychologique, un roman géopolitique et une aventure haletante dans un pays inconnu, Les fantômes du Delta est un chef d’œuvre qu’il est impossible de lâcher avant la dernière page. La réalité à laquelle nous sommes confrontés est sombre et triste, mais on ne peut s’empêcher, aux côtés des Médecins sans frontières, de continuer à espérer. Et si, malgré le gouvernement corrompu, les multinationales qui ne pensent qu’au pétrole et les révolutionnaires désespéré, il y avait une solution pour que l’histoire se termine bien ?
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.

Un vent de cendres
Avis posté le 2014-06-21
- Terrifiant
- Enivrant
- Intriguant
Un vent de cendres
Un vent de cendres est un roman qui procure des sensations fortes. Après un avis quelque peu mitigé sur le premier roman de Sandrine Collette, me voici obligée de réviser mon jugement ; peut-être est-ce dû au cadre dans lequel se déroule l’intrigue, peut-être aux personnages, au encore au final fracassant. Toujours est-il que ce deuxième roman m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page et que je ne suis pas prête d’oublier les surprises qui m’ont été réservées lors de ma lecture.
Tout commence lorsque Malo et sa sœur Camille arrivent en Champagne pour participer aux vendanges. Le domaine sur lequel ils travaillent appartient à deux hommes étranges et inquiétants, Octave et Andreas, qui ont été brisés par un accident survenu des années auparavant. S’installe une relation étrange entre Octave et Camille, relation qui ne plaît pas du tout à Malo et qui suscite les moqueries de leurs compagnons de travail. Au fil des jours, l’ambiance se fait plus tendue... et l’inévitable finit par se produire. Est-il encore temps d’échapper au piège qui se referme lentement ?
Les protagonistes de ce roman sont sans conteste une de ses grandes forces. Tous sont bien développés et attachants, ou intrigants : Camille et Malo, bien entendu, mais surtout Octave, cet homme défiguré qui ne sait plus vivre en compagnie des autres. Il y a aussi la présence de Laure, tel un spectre venu hanter les lieux et l’esprit des personnages. Des liens se font et se défont entre ces derniers, laissant présager une fin qui ne sera pas forcément heureuse.
Sandrine Collette prépare bien le terrain : dans les premières pages, nous découvrons l’univers des vendanges : il nous paraissait accueillant au premier abord, mais se révèle bien vite oppressant. Petit à petit, le domaine se fait plus hostile, imperceptiblement, et des indices nous indiquent que quelque chose de dangereux menace les protagonistes. Bien que réparties en neuf jours, les différentes parties du livre sont assez inégales, tant du point de vue de l’action que de l’information transmise.
Quiconque aura lu la quatrième de couverture saura à quoi s’attendre et j’ai trouvé dommage qu’autant de détails concernant le déroulement de l’histoire aient été dévoilés. Nous connaissons donc déjà une bonne partie de l’intrigue, car la mise en place est plutôt lente, et je pense que certains lecteurs reprocheront à l’auteur quelques longueurs dans la partie centrale. Cependant, elles me paraissent nécessaires pour que l’atmosphère soit « juste » et puisse à ce point jouer avec nos peurs.
Vous l’aurez compris, le suspense n’est pas au centre du roman. Cette impression est peut-être due au trop grand nombre de détails dans le résumé et j’ai eu l’impression – sans vouloir gâcher le suspense – de souvent deviner les évènements avant qu’ils ne se produisent... Et pourtant ! La fin surprendra sans aucun doute la plupart des lecteurs. Bien malin serait celui capable de soupçonner l’horreur de cette affaire. Même plusieurs minutes après avoir refermé le livre, j’ai eu du mal à digérer. Le contraste avec le début est flagrant, et il suffit de quelques lignes pour que les pièces du puzzle s’emboîtent.
Des nœuds d’acier m’avait dérangé pour sa violence, une violence crue qui se retrouve dans Un vent de cendres, mais de manière beaucoup plus subtile, implicite, presque. Il n’y a pas beaucoup de scènes de violence, pourtant, on se sent oppressé dès l’arrivée de Malo et Camille au domaine. Je dirais sans hésiter que ce deuxième roman m’a plus marquée, plus entraînée que le premier... peut-être parce que c’est moins le mal qui se cache dans le quotidien, mais plutôt une série de malheurs qui conduit à une véritable stratégie. Cela rend la psychologie des personnages d’autant plus intéressante que l’on a l’impression de pouvoir les comprendre. Et même si on voudrait en détester certains, on n’y parvient pas.
Un vent de cendres est un très bon roman, tant du point de vue de l’intrigue que de l’écriture. Sandrine Collette fait montre de son talent pour créer une atmosphère réussie, des descriptions vivantes – surtout celles des courses-poursuites – et une intrigue terrifiant. Je recommande ce livre à tous les amateurs du thriller psychologique ainsi qu’à ceux qui apprécient des bons romans policiers, sachant toutefois qu’ils pourraient y trouver quelques longueurs.
Je termine en remerciant Babelio pour l’organisation des Masses Critiques, et les Éditions Denoël pour leur confiance. Un merci particulier à l’auteur également, qui m’a fait vivre des émotions fortes avec ce roman. Vivement le prochain !
Un vent de cendres est un roman qui procure des sensations fortes. Après un avis quelque peu mitigé sur le premier roman de Sandrine Collette, me voici obligée de réviser mon jugement ; peut-être est-ce dû au cadre dans lequel se déroule l’intrigue, peut-être aux personnages, au encore au final fracassant. Toujours est-il que ce deuxième roman m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page et que je ne suis pas prête d’oublier les surprises qui m’ont été réservées lors de ma lecture.
Tout commence lorsque Malo et sa sœur Camille arrivent en Champagne pour participer aux vendanges. Le domaine sur lequel ils travaillent appartient à deux hommes étranges et inquiétants, Octave et Andreas, qui ont été brisés par un accident survenu des années auparavant. S’installe une relation étrange entre Octave et Camille, relation qui ne plaît pas du tout à Malo et qui suscite les moqueries de leurs compagnons de travail. Au fil des jours, l’ambiance se fait plus tendue... et l’inévitable finit par se produire. Est-il encore temps d’échapper au piège qui se referme lentement ?
Les protagonistes de ce roman sont sans conteste une de ses grandes forces. Tous sont bien développés et attachants, ou intrigants : Camille et Malo, bien entendu, mais surtout Octave, cet homme défiguré qui ne sait plus vivre en compagnie des autres. Il y a aussi la présence de Laure, tel un spectre venu hanter les lieux et l’esprit des personnages. Des liens se font et se défont entre ces derniers, laissant présager une fin qui ne sera pas forcément heureuse.
Sandrine Collette prépare bien le terrain : dans les premières pages, nous découvrons l’univers des vendanges : il nous paraissait accueillant au premier abord, mais se révèle bien vite oppressant. Petit à petit, le domaine se fait plus hostile, imperceptiblement, et des indices nous indiquent que quelque chose de dangereux menace les protagonistes. Bien que réparties en neuf jours, les différentes parties du livre sont assez inégales, tant du point de vue de l’action que de l’information transmise.
Quiconque aura lu la quatrième de couverture saura à quoi s’attendre et j’ai trouvé dommage qu’autant de détails concernant le déroulement de l’histoire aient été dévoilés. Nous connaissons donc déjà une bonne partie de l’intrigue, car la mise en place est plutôt lente, et je pense que certains lecteurs reprocheront à l’auteur quelques longueurs dans la partie centrale. Cependant, elles me paraissent nécessaires pour que l’atmosphère soit « juste » et puisse à ce point jouer avec nos peurs.
Vous l’aurez compris, le suspense n’est pas au centre du roman. Cette impression est peut-être due au trop grand nombre de détails dans le résumé et j’ai eu l’impression – sans vouloir gâcher le suspense – de souvent deviner les évènements avant qu’ils ne se produisent... Et pourtant ! La fin surprendra sans aucun doute la plupart des lecteurs. Bien malin serait celui capable de soupçonner l’horreur de cette affaire. Même plusieurs minutes après avoir refermé le livre, j’ai eu du mal à digérer. Le contraste avec le début est flagrant, et il suffit de quelques lignes pour que les pièces du puzzle s’emboîtent.
Des nœuds d’acier m’avait dérangé pour sa violence, une violence crue qui se retrouve dans Un vent de cendres, mais de manière beaucoup plus subtile, implicite, presque. Il n’y a pas beaucoup de scènes de violence, pourtant, on se sent oppressé dès l’arrivée de Malo et Camille au domaine. Je dirais sans hésiter que ce deuxième roman m’a plus marquée, plus entraînée que le premier... peut-être parce que c’est moins le mal qui se cache dans le quotidien, mais plutôt une série de malheurs qui conduit à une véritable stratégie. Cela rend la psychologie des personnages d’autant plus intéressante que l’on a l’impression de pouvoir les comprendre. Et même si on voudrait en détester certains, on n’y parvient pas.
Un vent de cendres est un très bon roman, tant du point de vue de l’intrigue que de l’écriture. Sandrine Collette fait montre de son talent pour créer une atmosphère réussie, des descriptions vivantes – surtout celles des courses-poursuites – et une intrigue terrifiant. Je recommande ce livre à tous les amateurs du thriller psychologique ainsi qu’à ceux qui apprécient des bons romans policiers, sachant toutefois qu’ils pourraient y trouver quelques longueurs.
Je termine en remerciant Babelio pour l’organisation des Masses Critiques, et les Éditions Denoël pour leur confiance. Un merci particulier à l’auteur également, qui m’a fait vivre des émotions fortes avec ce roman. Vivement le prochain !