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Les dernières notes et avis
Notes et avis 1 à 8 sur un total de 8
L'appât
Avis posté le 27/05/2012
Somoza à l'apogée de son art...
Après avoir exploré la Grèce antique, l’art, la poésie, la physique, l’écriture et la bible, Somoza consacre cet opus au théâtre et plus particulièrement à Shakespeare dont il connaît l’œuvre sur le bout des doigts.
Passé maître dans l’art du polar littéraire qui explore la psyché humaine et ses perversions, l’auteur atteint le paroxysme d’une imagination fertile et perverse. Il amène de façon troublante et ingénieuse le lecteur à s’interroger sur les tréfonds de son être et de sa personnalité : ce qui se déclenche en lui au moment où naît le désir pour quelqu’un ; ce qui fait que ce même désir a pu être déclenché en lui à ce moment-là…
Dans un maniement subtil et parfait de l’écriture et de la langue, il mêle le réel et l’imaginaire, maîtrise l’art de l’ambigüité et celui des métaphores. Ce récit est comme toujours sous la plume de l’auteur : inattendu.
Malgré tout je concède que ce livre est loin d’être d’un abord facile, il demande qu’on lui consacre du temps car José Carlos Somoza va encore plus loin que dans ces autres écrits, et l’on peut d’ailleurs se demander jusqu’où il sera capable d’aller.
Fan inconditionnelle de cet auteur, je conçois que pour une première approche de l’univers de cet auteur, il vaut sans doute mieux commencer par « Clara et la pénombre » ou « La dame N°13 ».
A la fin de chacun des romans de Somoza, je pense à sa traductrice Marianne Million qui sait rendre, roman après roman, l’ambiance particulière de l’univers de Somoza et ses subtilités linguistiques.

Magellan
Avis posté le 24/05/2012
Magellan quelle aventure !
Servie par l'écriture romanesque de Stefan Zweig mais très finement documentée, voilà le lecteur parti sur les traces d'un homme intrépide, volontaire, passionné, navigateur hors pair.
Portugais de petite noblesse, c'est pour et avec ce pays qu'il fera ses premières armes. En tant que simple marin, il apprendra sous le commandement de l'amiral Almeira, combattra en mer, aux Indes ; sera plusieurs fois blessé ; montrera sa bravoure en sauvant la flotte royale ainsi que son frère d'armes Serrào.
La mer, la route des épices, il connaît, se passionne pour. Il cherche, lit de vieux récits, potasse de vieilles cartes et c'est ainsi que naîtra son idée de faire le tour du monde en partant par l'ouest et non par l'est et le cap de Bonne espérance, comme cela se pratique alors. Il pressent un passage, l'entrevoit sur les cartes...c'est bien plus tard qu'il s'apercevra à quel point elles sont fausses, même si son pressentiment était juste.
Aller à l'ouest pour rejoindre le Pacifique, personne n'y est arrivé mais fort de son expérience et de sa passion, il se présente à la cour devant le roi Manoel. Ce dernier ne veut rien entendre. Il faut dire que Magellan n'a rien d'un courtisan, ni dans ses manières, ni dans ses dires car il ne sait pas être hypocrite, jouer des coudes et des sourires.
Il abandonnera son pays natal pour se rendre en Espagne où sa patience finira par payer. Il montera une expédition avec 5 navires et 250 hommes, sous l'égide du roi Carlos 1er (Charles Quint).
Le récit tant du montage de l'expédition que du périple en lui-même est haut en couleurs, plein de rebondissements, passionnant. On le dévore comme le meilleur des romans d'aventures. On est là, à bord du bateau amiral, déplorant les altercations avec les 3 capitaines Espagnols ; on vibre au rythme des flots, des grains, des tempêtes ; on hurle parfois à l'incompréhension ; on se rebiffe devant l'injustice ; on craint sa rudesse ; on a peur du renoncement...
...d'entêtement et d'audace, il n'en manque point. Alors même si l'on déplore son caractère, on salue son opiniâtreté et malgré le froid,la faim, la mutinerie on ne peut que louer son exploit, admirer sa façon d'entrer en contact avec les indigènes, son intelligence qui lui permet de les convaincre au christianisme et au roi d'Espagne sans que le sang ne soit versé.
Ce livre est aussi le témoignage de la rudesse de la mer, d'une époque, de la trahison, de la versatilité des hommes, de leur besoin de reconnaissance et de l'injustice ... heureusement que la postérité gardera le nom de Magellan pour ce détroit, guère emprunté aujourd'hui encore, que ses contemporains ont lâchement passé sous silence.
C'est pourtant à Fernào de Magalhàes que l'on doit le premier tour du monde, la certitude que la terre était bien ronde et à son expédition que l'on doit la découverte du décalage horaire !

Le passé continu
Avis posté le 05/04/2012
- Emouvant
- Angleterre & Inde
Le passé continu
Ce livre est un trés beau roman.
Il est construit de manière subtile en jouant sur deux endroits et deux époques. Car si Ritwik vit en Angleterre, il écrit la vie de Miss Gilby lorsqu'elle était en Inde au début du XXème siècle.
Dans l'histoire concernant Miss Gilby, l'auteur aborde les différences culturelles, les tentatives d'approches de certaines personnes de l'une ou l'autre culture pour prendre et apprendre ce qu'il y a de bon dans les différences mais aussi les convenances et incompréhensions auxquelles il se heurtent également.
Il y a aussi les descriptions des troubles entre Bengalis et Musulmans, une vision de l'Inde pas forcément connue qui est très bien décrite, ainsi que ces implications, immédiates ou futures et le "jeu" politique des Anglais à ce moment particulier.
Dans les chapitres concernant la vie actuelle de Ritwik, la vision est plus crue. Il n'y a pas l'exotisme d'un pays lointain mais bien l'abrupt quotidien d'un jeune homme étranger, homosexuel, pauvre et sans papiers qui tente de sortir la tête de la misère où il se trouve.
Jeune homme qui est un amoureux de la littérature anglaise et qui se cherche entre la culture de son pays d'origine et cet avenir dans lequel il avait une foi inébranlable avant de se frotter à la solitude et au désenchantement.
Ritwik est parfois hanté par un passé rude qu'il ne regrette pas mais qui l'a tout de même façonné tel qu'il est. C'est un être empli de compassion et de richesse intérieure.
Sa rencontre avec Anne, octogénaire ne pouvant plus vivre seule, va lui permettre d'avoir une raison de s'accrocher et de faire d'elle une "famille" de substitution.
Bien sûr la vie lui réserve des surprises, des rencontres, bonnes et mauvaises.
N'est-ce qu'une question de choix ?
Si le roman est un peu long à démarrer dans sa première partie, il offre un telle richesse ensuite qu'il fait vite oublier ce petit travers.
L'écriture est élégante, la lecture en est donc très agréable. Ceci est le premier roman de l'auteur qui mérite qu'on guette avec attention ses prochaines parutions.

