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Notes et avis 1 à 8 sur un total de 366
Morwenna
Avis posté le 25/06/2017
RECOMMANDÉ PAR CULTURE-CHRONIQUE
Jo Walton compte parmi les auteurs anglo-saxons les plus inspirés dans le domaine de la SF et de la Fantaisy. Notre écrivaine galloise vit au Canada depuis plusieurs années ce qui n’a pas interrompu le rythme de ses publications. Parmi celles-ci il faut absolument lire “Morwenna” manière de mise en abyme inspirée mettant en scène Morwenna Phelps, Mori pour ceux qui la connaissent bien, que son père a placée à Arlinghurst, une école privée qui accueille ses pensionnaires dans une grande et belle demeure victorienne. L’école se dresse isolée au milieu des terrains de sport et des champs. Mori vient des vallées galloises, plus précisément la Cynon Valley où elle a passé son enfance à jouer dans des ruines qu’elle rebaptisait avec ses amis en leur attribuant des noms évocateurs –la chaumière de la sorcière, le château du géant, le palais de la fée – alors qu’il ne s’agissait en réalité que de friches industrielles.
Mori n’atterrit pas à Arlinghurst tout à fait par hasard, elle est en effet convalescente ayant été victimes quelques semaines auparavant d’un terrible accident dont elle conserve des handicaps. Mais la jeune fille sait s’abstraire de la réalité en s’immergeant dans l’univers de la SF dont elle est devenue une grande spécialiste. Delany, Zelazny, Le Guin, Silverberg et Robert Heinlein font partie de ses auteurs favoris qui l’aident à retrouver courage . Morvenna écrit aussi un journal où il lui arrive de parler aux fées. Elle est en effet entièrement immergée dans le folklore gallois qui avait déjà nourri l’imaginaire d’un auteur comme Tolkien. La mise en abyme consiste justement à proposer au lecteur de lire le journal de la jeune fille de seize ans à mesure qu’il s’écrit : le journal dans le roman qui revient sur les origines de l’écrivain lui-même. C’est très habile et surtout d’une efficacité narrative redoutable.
Quand Mori reçoit une photo brûlée où l’on distingue sa silhouette elle est bouleversée et comprent qu’un grand danger la guette. Celle qui se dresse face à elle est sans nul doute la sorcière la plus dangereuse qui puisse être et cette dernière est décidé à la tuer. Morwenna va devoir faire preuve de courage et d’intelligence face à une ennemie qui va s’avérer n’être autre que sa mère…
“Morwenna” est une oeuvre troublante, profondément psychologique, qui interroge une terre riche en croyances. Le personnage de la jeune fille qui se tourne vers le monde des fées tout en tentant de sauver sa propre vie, manifeste beaucoup des symptôme de l’adolescence parmi lesquels l’obsession de la mort. Le roman qui a été couronné des prix Hugo et Nébula constitue par ailleurs un magnifique hommage à la SF – à noter que le roman est publié chez Denoël dans une collection qui accueille tous les auteurs célébrés par Jo Walton - que les spécialistes apprécieront. Pour tous les autres “Morwenna” sera simplement une remarquable machine narrative, totalement addictive, qui ne vous laissera en paix qu’à la dernière page.
Archibald PLOOM

Maudit printemps
Avis posté le 24/06/2017
RECOMMANDÉ PAR CULTURE-CHRONIQUE
Antonio Manzini est devenu en quelques années un phénomène éditorial en Italie avec plus d’un million d’exemplaires vendus de sa série mettant en scène le sous préfet Rocco Schiavone. Les deux précédents volumes, “Piste noire” et “Froid comme la mort”, ont installé l’écrivain italien parmi les poids lourds du roman noir de la péninsule. Manzini a construit son style autour de trois piliers : un flic au caractère hiératique, des dialogues vifs qui font rapidement avancer l’action, un goût indéniable pour l’analyse sociale ; trois piliers qui fournissent l’assurance d’un polar efficace et jubilatoire.
“Maudit printemps” ajoute donc un troisième opus à la saga Schiavone. Où l’on retrouve avec plaisir le fulminant sous prefet dans une affaire qui va rapidement nous plonger au coeur des turpitudes d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste. Pour ceux qui l’ignoreraient le Val d’Aoste est une petite province du nord-ouest de l’Italie jouissant d’un statut particulier au sein du pays. Nous sommes en mai et pourtant il neige sur la région ce qui met Schiavone de fort mauvaise humeur. La disparition de Chiara, étudiante brillante et héritière de la famille Berguet, parmi les industriels les plus riches de la vallée ne va pas tarder à mettre le sous préfet sur la brêche.
La disparition n’est pas signalée par la famille Berguet mais par sa meilleure amie qui s’inquiète de son silence. Schiavone flaire la sale affaire et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne se trompe pas. Entre coup de sonde sociologique mettant en exergue les tares de la grande bourgeoisie locale et course contre la mort pour le moins palpitante, Manzini porte sa narration au niveau maximum d’ébullition. Ce “Maudit printemps” annonce vraiment un sale temps pour Rocco Schiavone mais son caractère bien trempé aura une fois de plus raison de l’adversité. C’est tout ce qu’on aime chez lui… A lire rapidement et pas seulement au printemps !
Archibald PLOOM
