Dans l'arène, un taureau nous parle. On l'appelle ironiquement la Doux-Patte, lui préfère Boléro. Arraché aux collines andalouses et à la joie nue de ses deux premières années, parqué dans un camion puis exhibé sous un soleil de plomb, face au voyeurisme cruel de la foule et à la chorégraphie sauvagement rodée de ceux qui viennent le blesser, il lutte et percute, sans relâche. Sa voix, pleine de fulgurance, d'humour et de mépris scande le rythme du récit.
Boléro ridiculise les paillettes du torero face à l'intégrité puissante de son corps, lui qui sent le sang des hommes tandis que le sien dégoutte sur le sable, lui qui comprend, au moment décisif, ce qu'il est venu faire ici. Non pas mourir, ni même tuer, mais prendre la vie, lui rendre sa tenue, son port, lorsqu'elle se met à la verticale. Les Espagnols ont un mot pour cela : duende. La grâce. Inspiré par la lecture de Simone Weil, ce monologue animal mis en mots par l'écrivain et poète franco-espagnol Janvier Santiso fait de la corrida le théâtre d'une question aussi ancienne que la philosophie : comment tenir debout face à l'inéluctable ? La réponse appartient à ceux qui n'ont rien à perdre, pas même la mort.
Notre édition est illustrée par les peintures de Fabienne Verdier, dont le geste immense, balancé au-dessus de la toile, épouse le rythme concentrique du texte.
Dans l'arène, un taureau nous parle. On l'appelle ironiquement la Doux-Patte, lui préfère Boléro. Arraché aux collines andalouses et à la joie nue de ses deux premières années, parqué dans un camion puis exhibé sous un soleil de plomb, face au voyeurisme cruel de la foule et à la chorégraphie sauvagement rodée de ceux qui viennent le blesser, il lutte et percute, sans relâche. Sa voix, pleine de fulgurance, d'humour et de mépris scande le rythme du récit.
Boléro ridiculise les paillettes du torero face à l'intégrité puissante de son corps, lui qui sent le sang des hommes tandis que le sien dégoutte sur le sable, lui qui comprend, au moment décisif, ce qu'il est venu faire ici. Non pas mourir, ni même tuer, mais prendre la vie, lui rendre sa tenue, son port, lorsqu'elle se met à la verticale. Les Espagnols ont un mot pour cela : duende. La grâce. Inspiré par la lecture de Simone Weil, ce monologue animal mis en mots par l'écrivain et poète franco-espagnol Janvier Santiso fait de la corrida le théâtre d'une question aussi ancienne que la philosophie : comment tenir debout face à l'inéluctable ? La réponse appartient à ceux qui n'ont rien à perdre, pas même la mort.
Notre édition est illustrée par les peintures de Fabienne Verdier, dont le geste immense, balancé au-dessus de la toile, épouse le rythme concentrique du texte.