Livre impressionnant à plus d'un titre. Il résume l'expérience et la pensée d'un grand clinicien de l'autisme, le professeur Laurent Mottron. Au cours de sa vie il a rencontré des milliers de personnes autistes, a étudié de nombreuses questions afférentes à ce thème. Français expatrié au Canada, il a été au contact des influences européennes et anglo-saxonnes. Sa vaste culture lui permet d'élaborer une synthèse de ce problème multiforme qu'est l'autisme. Il nous livre ici un texte très personnel dans lequel il exprime des opinions originales qui seront forcément controversées. Le sujet est scientifique mais l'auteur a choisi de ne pas donner de références bibliographiques dans le cours du texte, pour ne pas alourdir l'expression de sa pensée. Il donne cependant en fin de volume une bibliographie conséquente. J'ai senti en lisant cet ouvrage que l'auteur est soucieux de délivrer son message; il sait qu'il n'a plus beaucoup de temps devant lui pour poursuivre ses recherches, il en appelle à des successeurs et trace la voie pour de futurs chercheurs.
J'ai énormément apprécié l'accent mis sur la clinique de l'autisme, et la description fine qu'il donne de plusieurs signes comme le hand-grasping (prise du poignet), l'évitement du regard, les alignements, l'attirance vers les objets structurés comme les puzzles, les chiffres, les lettres. Mottron observe ces symptômes bien connus mais en tire des interprétations originales. Par exemple la prise du poignet , interprétée habituellement comme une instrumentalisation du corps de la mère (mère-outil), est envisagée par l'auteur comme une première approche de contact social, de reconnaissance d'un "adulte-référent".
La partie plus théorique affirme des notions originales: l'autisme n'est pas une maladie, n'a pas de marqueur biologique, a une base génétique mais non mendelienne (pas de gène de l'autisme). Il constitue un noyau de symptomes homogène et ne s'éparpille pas en "traits autistiques". La notion de neurodiversité est abordée, d'abord sous un jour positif ( Mottron en était un des premiers partisans) puis sous un jour critique (en raison de ses dérives).
L'auteur pense que l'autisme est une "bifurcation asymétrique et minoritaire" du développement humain, avec des enfants qui n'utiliseraient pas le "biais social" pour appréhender le monde. C'est à dire que l'information apportée par le congénère ( les parents, les autres humains) ne serait pas priorisée par rapport aux informations globales de l'environnement. Cette thèse est intéressante et stimulante.
Il compare la bifurcation autistique à d'autres bifurcations développementales, comme la gémellité, l'accouchement par le siège, la gaucherie, et même les préférences sexuelles. A ce niveau j'ai une vision plus critique: il me semble difficile de comparer des variations bénignes comme la gaucherie, la gémellité, à l'autisme. Un aspect me semble manquer dans ces comparaisons, c'est celui de la souffrance. La gaucherie n'amène pas une souffrance significative, alors que l'autisme amène beaucoup de souffrance, de difficultés d'adaptation, à la personne atteinte et à son entourage. Ces "bifurcations" ne me semblent pas de même nature.
L'ouvrage est cependant extrêmement stimulant à lire, dans un domaine très controversé. Laurent Mottron propose une vision originale, à mon avis courageuse en raison des multiples polémiques en cours, vision basée sur une expérience clinique unique.
Le style est parfois ardu, mais l'auteur propose à la fin de chaque chapitre un résumé des idées exposées, tout à fait didactique.
Livre impressionnant à plus d'un titre. Il résume l'expérience et la pensée d'un grand clinicien de l'autisme, le professeur Laurent Mottron. Au cours de sa vie il a rencontré des milliers de personnes autistes, a étudié de nombreuses questions afférentes à ce thème. Français expatrié au Canada, il a été au contact des influences européennes et anglo-saxonnes. Sa vaste culture lui permet d'élaborer une synthèse de ce problème multiforme qu'est l'autisme. Il nous livre ici un texte très personnel dans lequel il exprime des opinions originales qui seront forcément controversées. Le sujet est scientifique mais l'auteur a choisi de ne pas donner de références bibliographiques dans le cours du texte, pour ne pas alourdir l'expression de sa pensée. Il donne cependant en fin de volume une bibliographie conséquente. J'ai senti en lisant cet ouvrage que l'auteur est soucieux de délivrer son message; il sait qu'il n'a plus beaucoup de temps devant lui pour poursuivre ses recherches, il en appelle à des successeurs et trace la voie pour de futurs chercheurs.
J'ai énormément apprécié l'accent mis sur la clinique de l'autisme, et la description fine qu'il donne de plusieurs signes comme le hand-grasping (prise du poignet), l'évitement du regard, les alignements, l'attirance vers les objets structurés comme les puzzles, les chiffres, les lettres. Mottron observe ces symptômes bien connus mais en tire des interprétations originales. Par exemple la prise du poignet , interprétée habituellement comme une instrumentalisation du corps de la mère (mère-outil), est envisagée par l'auteur comme une première approche de contact social, de reconnaissance d'un "adulte-référent".
La partie plus théorique affirme des notions originales: l'autisme n'est pas une maladie, n'a pas de marqueur biologique, a une base génétique mais non mendelienne (pas de gène de l'autisme). Il constitue un noyau de symptomes homogène et ne s'éparpille pas en "traits autistiques". La notion de neurodiversité est abordée, d'abord sous un jour positif ( Mottron en était un des premiers partisans) puis sous un jour critique (en raison de ses dérives).
L'auteur pense que l'autisme est une "bifurcation asymétrique et minoritaire" du développement humain, avec des enfants qui n'utiliseraient pas le "biais social" pour appréhender le monde. C'est à dire que l'information apportée par le congénère ( les parents, les autres humains) ne serait pas priorisée par rapport aux informations globales de l'environnement. Cette thèse est intéressante et stimulante.
Il compare la bifurcation autistique à d'autres bifurcations développementales, comme la gémellité, l'accouchement par le siège, la gaucherie, et même les préférences sexuelles. A ce niveau j'ai une vision plus critique: il me semble difficile de comparer des variations bénignes comme la gaucherie, la gémellité, à l'autisme. Un aspect me semble manquer dans ces comparaisons, c'est celui de la souffrance. La gaucherie n'amène pas une souffrance significative, alors que l'autisme amène beaucoup de souffrance, de difficultés d'adaptation, à la personne atteinte et à son entourage. Ces "bifurcations" ne me semblent pas de même nature.
L'ouvrage est cependant extrêmement stimulant à lire, dans un domaine très controversé. Laurent Mottron propose une vision originale, à mon avis courageuse en raison des multiples polémiques en cours, vision basée sur une expérience clinique unique.
Le style est parfois ardu, mais l'auteur propose à la fin de chaque chapitre un résumé des idées exposées, tout à fait didactique.