" Il suspectait tous ceux qui, à son avis, portaient la marque d'une infériorité ou de la perfidie : les gauchers, ceux qui louchent, les rouquins, les contrefaits, les juifs, les rêveurs. Avec le temps
s'était formé dans son imagination un archétype du
mal qui réunissait toutes les tares et se trouvait doté
de pieds plats puants, de mains moites et de désirs
dégoûtants. Ce sentiment était si fort que tous ses
adversaires lui semblaient sentir mauvais. Il avait
beau avoir classifié ses ennemis, il lui manquait de
pouvoir les exterminer physiquement. Mais
comme il devint terrible le jour où sa haine impuissante trouva un objet à sa portée et qui lui était soumis : moi ! J'étais gaucher et rêveur. Bientôt
mes cheveux allaient lui sembler roux, il allait me
trouver tout ce qui l'arrangeait. Il m'avait vu vivre
auprès de lui pendant des années avant de comprendre que je savais ce qui le mettait en rage. C'est là ce qu'il voulait extirper de moi, à force de coups. Mais jamais, même lorsqu'il me frappa le plus sauvagement, je ne pus lui laisser ignorer que je savais. Le lui taire eût signifié ma mort. Il m'avait aussi appris cela. La peur est la tentation suprême. "
Témoignage d'" un Allemand à la recherche de l'espoir perdu ", ce récit autobiographique qui déroule l'éducation dune âme rebelle nous montre de quels bas-fonds est sorti le nazi et pourquoi le communiste s'est trouvé impuissant face à ce mystérieux usurpateur. Tout le livre tourne autour de cette obscure révélation, condamnation d'une civilisation fondée sur la violence faite aux choses et aux êtres.
" Il suspectait tous ceux qui, à son avis, portaient la marque d'une infériorité ou de la perfidie : les gauchers, ceux qui louchent, les rouquins, les contrefaits, les juifs, les rêveurs. Avec le temps
s'était formé dans son imagination un archétype du
mal qui réunissait toutes les tares et se trouvait doté
de pieds plats puants, de mains moites et de désirs
dégoûtants. Ce sentiment était si fort que tous ses
adversaires lui semblaient sentir mauvais. Il avait
beau avoir classifié ses ennemis, il lui manquait de
pouvoir les exterminer physiquement. Mais
comme il devint terrible le jour où sa haine impuissante trouva un objet à sa portée et qui lui était soumis : moi ! J'étais gaucher et rêveur. Bientôt
mes cheveux allaient lui sembler roux, il allait me
trouver tout ce qui l'arrangeait. Il m'avait vu vivre
auprès de lui pendant des années avant de comprendre que je savais ce qui le mettait en rage. C'est là ce qu'il voulait extirper de moi, à force de coups. Mais jamais, même lorsqu'il me frappa le plus sauvagement, je ne pus lui laisser ignorer que je savais. Le lui taire eût signifié ma mort. Il m'avait aussi appris cela. La peur est la tentation suprême. "
Témoignage d'" un Allemand à la recherche de l'espoir perdu ", ce récit autobiographique qui déroule l'éducation dune âme rebelle nous montre de quels bas-fonds est sorti le nazi et pourquoi le communiste s'est trouvé impuissant face à ce mystérieux usurpateur. Tout le livre tourne autour de cette obscure révélation, condamnation d'une civilisation fondée sur la violence faite aux choses et aux êtres.