Poèmes de la brume

Par : André Suarès
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  • Nombre de pages122
  • FormatGrand Format
  • PrésentationBroché
  • Poids0.21 kg
  • Dimensions15,2 cm × 20,5 cm × 1,0 cm
  • ISBN979-10-97497-67-5
  • EAN9791097497675
  • Date de parution15/01/2025
  • CollectionPoésie
  • ÉditeurConférence
  • PréfacierAntoine de Rosny

Résumé

La poésie reste la part méconnue de l'oeuvre d'André Suarès, dont la postérité a surtout retenu les portraits littéraires, les essais et les évocations de terres aimées. L'écrivain a pourtant été fidèle toute sa vie à l'écriture poétique, puisqu'entre ses vingt ans et ses quatre-vingts ans, c'est une quarantaine de recueils qu'il constitua - dont dix seulement ont vu le jour. La plus grande variété préside à cette poésie placée sous le signe d'un souci constant de renouvellement : poèmes en vers ou en prose, poèmes brefs ou poèmes longs, inspiration mythologique ou moderne, bretonne ou asiatique, formes fixes ou formes libres...
Les Poèmes de la brume constituent un exemple caractéristique de recueil inédit, laissé à l'état d'ébauche dans les carnets conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Rédigés entre 1898 et 1900, ils représentent un des visages de la première période de l'auteur, même si celui-ci a déjà rédigé plusieurs recueils, dont deux paraissent coup sur coup en 1901 : Airs, au Mercure de France, et Images de la grandeur, chez Jouaust.
Les Poèmes de la brume, dont la rédaction est postérieure à celle de ces deux recueils, héritent du premier, non du second : c'est l'esthétique du poème bref, musical, influencé par le symbolisme. A la charnière des deux siècles, Suarès s'intéresse plus précisément à l'esthétique du lied, qui, après s'être développé en Allemagne à l'époque romantique, a connu un certain succès en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle (Gustave Kahn ou Catulle-Mendès en ont écrit, pour ne citer que deux exemples).
Après avoir travaillé la " sonate " poétique dans ses recueils du début des années 1890, Suarès trouve dans le lied une forme d'expression plus dépouillée, propre à transcrire en vers les sentiments mélancoliques qui l'habitent. L'un des intérêts des Poèmes de la brume est ainsi de nous offrir le chaînon intermédiaire - jusque-là très inconnu - entre deux recueils publiés de l'auteur : Airs, donc, en 1901, et Lais et sônes, publié plus tardivement en 1909 malgré une rédaction de plusieurs années antérieure.
Ce dernier recueil constitue de ce point de vue l'aboutissement d'un travail effectué sur les rythmes et les schémas métriques, dans le but d'élaborer des textes d'apparence aussi simple qu'ils sont en réalité fort subtils. Tirés de trois carnets inédits dans lesquels Suarès a rédigé un grand nombre de lieder qui n'avouent pas leur nom, les Poèmes de la brume constituent le projet non seulement le plus développé mais encore le plus réussi des diverses tentatives de créer de futurs " lais " (variante celtique des " lieder ") et de futurs " sônes " (forme de chant breton).
L'auteur a laissé un plan du recueil ainsi que des indications sur l'esprit poético-musical qui a présidé à sa constitution. Des liens évidents apparaissent avec Airs, dont le premier livre des " Vagues " forme comme un préambule. Un autre intérêt des Poèmes de la brume tient à son inspiration bretonne. Suarès connaît autour de 1900 une crise identitaire qui lui fait s'inventer une ascendance armoricaine, propice à créer dans son imaginaire le contrepoint romantique, chrétien et brumeux que réclament le classicisme solaire de sa Provence natale et ses origines juives.
De son séjour de quelques mois à Bénodet et dans sa région en 1900, il a tiré un admirable livre de proses poétiques, Le Livre de l'émeraude (Calmann-Lévy, 1902). A bien des égards, les Poèmes de la brume constituent le premier volet jusqu'à présent ignoré d'un diptyque breton, mais tout en contraste : le vers contre la prose, les rivages du nord face à ceux du sud, une Bretagne rêvée contre une autre, patiemment arpentée.
De fait, nulle couleur locale dans ces poèmes, nulle trace d'une topographie réaliste comme on en trouve systématiquement les indications au seuil des chapitres du Livre de l'émeraude - sinon, de façon allusive, dans les titres de certains des livres du projet d'origine (" En Léonois ", " Kreisker ", " En Goëlo "). L'intention n'est pas dans la peinture fidèle de paysages retenus pour leurs qualités esthétiques ; elle est dans l'évocation, à partir de paysages rendus indécis par la brume, d'un vague à l'âme, ou plus encore d'une inquiétude qui n'est autre que le pressentiment d'une mort à venir.
Une " Bretagne état-d'âme " en quelque sorte, auquel répond si bien l'illustration d'Henri Rivière - parfaitement contemporaine des Poèmes de la brume - consacrée au motif de la brume bretonne. Voici donc, en sept sections et cinquante-huit poèmes, une oeuvre délicieuse et méconnue de Suarès, expression d'un poète musicien autant que d'un homme à la conscience malade, et dont les lieder mélancoliques offrent au lecteur un héritage du spleen baudelairien autant que du lyrisme délicat de Verlaine.
André Suarès naît en 1868 à Marseille. Il est issu d'une famille juive de négociants d'origine portugaise, établie en Italie depuis le XVIIIe siècle. De brillants résultats scolaires le propulsent au coeur du quartier latin de Paris. Le jeune lycéen ne tarde pas à se distinguer. Lauréat du concours général, il est autorisé à préparer le concours d'entrée à l'Ecole Normale supérieure dès l'année de philosophie ; il y est reçu troisième.
Rue d'Ulm, Suarès découvre que sa vocation est la création littéraire, non l'enseignement : il renonce à la carrière brillante de professeur qui s'ouvrait à lui. De retour à Marseille, Suarès entreprend d'abord la création d'une oeuvre poétique et dramatique aussi ambitieuse que vouée à l'échec. Il n'en ressort qu'une pièce, Les Pèlerins d'Emmaüs (1893), éditée grâce à ses proches. Mais avec la fin du siècle, Suarès amorce un rythme régulier de publications (en l'occurrence des portraits littéraires et des recueils poétiques) qui ne s'arrêtera qu'avec sa mort.
Sortant peu à peu de sa solitude, Suarès accomplit par ailleurs ses premiers voyages en Italie et en Bretagne - ses deux grandes terres spirituelles avec la Provence. Il en tirera bientôt des portraits poétiques qui comptent parmi ses plus belles oeuvres : Le Livre de l'Emeraude, consacré à la Cornouaille, et le premier volet du Voyage du Condottière, chant d'amour à Venise et à sa région. La mort accidentelle, en novembre 1903, de son frère Jean, officier de marine, foudroie l'écrivain, qui publie dans la foulée un cri de douleur (Sur la mort de mon frère) remarqué par Paul Claudel.
C'est le début d'une amitié qui lui ouvre les portes des éditions de l'Occident (où paraît Voici l'homme). Dans l'intervalle, Romain Rolland lui fait connaître Péguy et ses Cahiers de la Quinzaine : Suarès y fait paraître sept ouvrages de 1905 à 1914. Les chroniques livrées à La Grande Revue et les portraits publiés par Péguy assurent, à partir de 1910, la notoriété véritable du Condottière. Désormais agréablement installé rue Cassette à Paris, Suarès goûte au succès naissant, que consacre son arrivée, en 1912, à la Nouvelle Revue française.
La même année, la rencontre de l'éditeur Emile-Paul inaugure une complicité qui va durer vingt ans. Fort de ces nouvelles collaborations, Suarès, multiplie les publications - des essais et des portraits principalement. C'est aussi le début du mécénat du grand collectionneur Jacques Doucet. Cependant la guerre éclate. Suarès la mène du bout de la plume, faisant paraître des livres de combat, tout en donnant des chroniques à la NRf.
L'idée d'une bibliothèque littéraire naît avec Doucet : Suarès se fait le conseiller de son mécène, le guidant dans l'élaboration de sa collection consacrée aux grands auteurs de la modernité. Au lendemain de la Grande Guerre, l'activité créatrice de Suarès se déploie dans des directions variées. Désormais fidèle à son génie critique, Suarès consacre de nombreux livres aux portraits d'auteurs, artistes, héros fictifs ou personnages historiques admirés.
Loin de négliger la poésie, l'écrivain essaie des voies nouvelles, notamment le haïkaï. Il publie parallèlement des recueils de réflexions philosophiques nourries de considérations scientifiques. D'illustres admirateurs multiplient les hommages et deviennent souvent de fidèles soutiens de l'auteur, parmi lesquels Malraux, Rouault ou Bergson ... Des liens sont tissés avec des auteurs étrangers, comme Miguel de Unamuno et Gabriele d'Annunzio.
Grâce au sculpteur Antoine Bourdelle, Suarès établit des contacts décisifs pour la décennie à venir, notamment avec Ambroise Vollard et Gabriel Cognacq. Si l'hostilité de Jacques Rivière le pousse à rompre avec la NRf en 1919, il y revient grâce à l'insistance de Jean Paulhan en 1926. A la fin des années 1920, Suarès a la douleur de devoir quitter sa chère rue Cassette, et d'apprendre coup sur coup les décès de Latil, de Doucet et de Bourdelle.
Son activité littéraire ne tarde cependant pas à reprendre, plus riche et souveraine que jamais. Il publie coup sur coup plusieurs chefs-d'oeuvre, parmi lesquels Marsiho, Musiciens, Goethe, le grand Européen, Vues sur Napoléon et les deux derniers volets du Voyage du Condottière, commencé vingt-deux ans plus tôt. Cependant, Suarès observe avec attention l'évolution de la vie politique européenne. Le combat mené au cours de la Première Guerre mondiale reprend : avec l'ascension politique d'Hitler, l'auteur comprend que le salut de la civilisation occidentale est de nouveau menacé.
Dans Vues sur l'Europe, parues en 1939 mais rédigées dès 1932, il livre le portrait prophétique d'un Occident aux abois, tout en poursuivant inlassablement son oeuvre de portraitiste et d'essayiste. Enfin reconnu pour toute son oeuvre, Suarès reçoit en 1935 le grand prix de la Société des gens de lettres et le grand prix de littérature de l'Académie française ; Bergson s'efforce de le faire entrer sous la Coupole, sans parvenir à le convaincre de présenter sa candidature.
Suarès est au comble de sa gloire quand éclate de nouveau la guerre. Cinq années d'exil dans le sud de la France l'affaiblissent et le démoralisent grandement. Il décède trois ans après son retour en région parisienne, sans avoir pu achever son testament spirituel et littéraire, Le Paraclet.
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