André Suarès naît en 1868 à Marseille. Il est issu d'une famille juive de négociants d'origine portugaise, établie en Italie depuis le XVIIIe siècle. De brillants résultats scolaires le propulsent au coeur du quartier latin de Paris. Le jeune lycéen ne tarde pas à se distinguer. Lauréat du concours général, il est autorisé à préparer le concours d'entrée à l'Ecole Normale supérieure dès l'année de philosophie ; il y est reçu troisième.
Rue d'Ulm, Suarès découvre que sa vocation est la création littéraire, non l'enseignement : il renonce à la carrière brillante de professeur qui s'ouvrait à lui. De retour à Marseille, Suarès entreprend d'abord la création d'une oeuvre poétique et dramatique aussi ambitieuse que vouée à l'échec. Il n'en ressort qu'une pièce, Les Pèlerins d'Emmaüs (1893), éditée grâce à ses proches. Mais avec la fin du siècle, Suarès amorce un rythme régulier de publications (en l'occurrence des portraits littéraires et des recueils poétiques) qui ne s'arrêtera qu'avec sa mort.
Sortant peu à peu de sa solitude, Suarès accomplit par ailleurs ses premiers voyages en Italie et en Bretagne - ses deux grandes terres spirituelles avec la Provence. Il en tirera bientôt des portraits poétiques qui comptent parmi ses plus belles oeuvres : Le Livre de l'Emeraude, consacré à la Cornouaille, et le premier volet du Voyage du Condottière, chant d'amour à Venise et à sa région. La mort accidentelle, en novembre 1903, de son frère Jean, officier de marine, foudroie l'écrivain, qui publie dans la foulée un cri de douleur (Sur la mort de mon frère) remarqué par Paul Claudel.
C'est le début d'une amitié qui lui ouvre les portes des éditions de l'Occident (où paraît Voici l'homme). Dans l'intervalle, Romain Rolland lui fait connaître Péguy et ses Cahiers de la Quinzaine : Suarès y fait paraître sept ouvrages de 1905 à 1914. Les chroniques livrées à La Grande Revue et les portraits publiés par Péguy assurent, à partir de 1910, la notoriété véritable du Condottière. Désormais agréablement installé rue Cassette à Paris, Suarès goûte au succès naissant, que consacre son arrivée, en 1912, à la Nouvelle Revue française.
La même année, la rencontre de l'éditeur Emile-Paul inaugure une complicité qui va durer vingt ans. Fort de ces nouvelles collaborations, Suarès, multiplie les publications - des essais et des portraits principalement. C'est aussi le début du mécénat du grand collectionneur Jacques Doucet. Cependant la guerre éclate. Suarès la mène du bout de la plume, faisant paraître des livres de combat, tout en donnant des chroniques à la NRf.
L'idée d'une bibliothèque littéraire naît avec Doucet : Suarès se fait le conseiller de son mécène, le guidant dans l'élaboration de sa collection consacrée aux grands auteurs de la modernité. Au lendemain de la Grande Guerre, l'activité créatrice de Suarès se déploie dans des directions variées. Désormais fidèle à son génie critique, Suarès consacre de nombreux livres aux portraits d'auteurs, artistes, héros fictifs ou personnages historiques admirés.
Loin de négliger la poésie, l'écrivain essaie des voies nouvelles, notamment le haïkaï. Il publie parallèlement des recueils de réflexions philosophiques nourries de considérations scientifiques. D'illustres admirateurs multiplient les hommages et deviennent souvent de fidèles soutiens de l'auteur, parmi lesquels Malraux, Rouault ou Bergson ... Des liens sont tissés avec des auteurs étrangers, comme Miguel de Unamuno et Gabriele d'Annunzio.
Grâce au sculpteur Antoine Bourdelle, Suarès établit des contacts décisifs pour la décennie à venir, notamment avec Ambroise Vollard et Gabriel Cognacq. Si l'hostilité de Jacques Rivière le pousse à rompre avec la NRf en 1919, il y revient grâce à l'insistance de Jean Paulhan en 1926. A la fin des années 1920, Suarès a la douleur de devoir quitter sa chère rue Cassette, et d'apprendre coup sur coup les décès de Latil, de Doucet et de Bourdelle.
Son activité littéraire ne tarde cependant pas à reprendre, plus riche et souveraine que jamais. Il publie coup sur coup plusieurs chefs-d'oeuvre, parmi lesquels Marsiho, Musiciens, Goethe, le grand Européen, Vues sur Napoléon et les deux derniers volets du Voyage du Condottière, commencé vingt-deux ans plus tôt. Cependant, Suarès observe avec attention l'évolution de la vie politique européenne. Le combat mené au cours de la Première Guerre mondiale reprend : avec l'ascension politique d'Hitler, l'auteur comprend que le salut de la civilisation occidentale est de nouveau menacé.
Dans Vues sur l'Europe, parues en 1939 mais rédigées dès 1932, il livre le portrait prophétique d'un Occident aux abois, tout en poursuivant inlassablement son oeuvre de portraitiste et d'essayiste. Enfin reconnu pour toute son oeuvre, Suarès reçoit en 1935 le grand prix de la Société des gens de lettres et le grand prix de littérature de l'Académie française ; Bergson s'efforce de le faire entrer sous la Coupole, sans parvenir à le convaincre de présenter sa candidature.
Suarès est au comble de sa gloire quand éclate de nouveau la guerre. Cinq années d'exil dans le sud de la France l'affaiblissent et le démoralisent grandement. Il décède trois ans après son retour en région parisienne, sans avoir pu achever son testament spirituel et littéraire, Le Paraclet.
Rue d'Ulm, Suarès découvre que sa vocation est la création littéraire, non l'enseignement : il renonce à la carrière brillante de professeur qui s'ouvrait à lui. De retour à Marseille, Suarès entreprend d'abord la création d'une oeuvre poétique et dramatique aussi ambitieuse que vouée à l'échec. Il n'en ressort qu'une pièce, Les Pèlerins d'Emmaüs (1893), éditée grâce à ses proches. Mais avec la fin du siècle, Suarès amorce un rythme régulier de publications (en l'occurrence des portraits littéraires et des recueils poétiques) qui ne s'arrêtera qu'avec sa mort.
Sortant peu à peu de sa solitude, Suarès accomplit par ailleurs ses premiers voyages en Italie et en Bretagne - ses deux grandes terres spirituelles avec la Provence. Il en tirera bientôt des portraits poétiques qui comptent parmi ses plus belles oeuvres : Le Livre de l'Emeraude, consacré à la Cornouaille, et le premier volet du Voyage du Condottière, chant d'amour à Venise et à sa région. La mort accidentelle, en novembre 1903, de son frère Jean, officier de marine, foudroie l'écrivain, qui publie dans la foulée un cri de douleur (Sur la mort de mon frère) remarqué par Paul Claudel.
C'est le début d'une amitié qui lui ouvre les portes des éditions de l'Occident (où paraît Voici l'homme). Dans l'intervalle, Romain Rolland lui fait connaître Péguy et ses Cahiers de la Quinzaine : Suarès y fait paraître sept ouvrages de 1905 à 1914. Les chroniques livrées à La Grande Revue et les portraits publiés par Péguy assurent, à partir de 1910, la notoriété véritable du Condottière. Désormais agréablement installé rue Cassette à Paris, Suarès goûte au succès naissant, que consacre son arrivée, en 1912, à la Nouvelle Revue française.
La même année, la rencontre de l'éditeur Emile-Paul inaugure une complicité qui va durer vingt ans. Fort de ces nouvelles collaborations, Suarès, multiplie les publications - des essais et des portraits principalement. C'est aussi le début du mécénat du grand collectionneur Jacques Doucet. Cependant la guerre éclate. Suarès la mène du bout de la plume, faisant paraître des livres de combat, tout en donnant des chroniques à la NRf.
L'idée d'une bibliothèque littéraire naît avec Doucet : Suarès se fait le conseiller de son mécène, le guidant dans l'élaboration de sa collection consacrée aux grands auteurs de la modernité. Au lendemain de la Grande Guerre, l'activité créatrice de Suarès se déploie dans des directions variées. Désormais fidèle à son génie critique, Suarès consacre de nombreux livres aux portraits d'auteurs, artistes, héros fictifs ou personnages historiques admirés.
Loin de négliger la poésie, l'écrivain essaie des voies nouvelles, notamment le haïkaï. Il publie parallèlement des recueils de réflexions philosophiques nourries de considérations scientifiques. D'illustres admirateurs multiplient les hommages et deviennent souvent de fidèles soutiens de l'auteur, parmi lesquels Malraux, Rouault ou Bergson ... Des liens sont tissés avec des auteurs étrangers, comme Miguel de Unamuno et Gabriele d'Annunzio.
Grâce au sculpteur Antoine Bourdelle, Suarès établit des contacts décisifs pour la décennie à venir, notamment avec Ambroise Vollard et Gabriel Cognacq. Si l'hostilité de Jacques Rivière le pousse à rompre avec la NRf en 1919, il y revient grâce à l'insistance de Jean Paulhan en 1926. A la fin des années 1920, Suarès a la douleur de devoir quitter sa chère rue Cassette, et d'apprendre coup sur coup les décès de Latil, de Doucet et de Bourdelle.
Son activité littéraire ne tarde cependant pas à reprendre, plus riche et souveraine que jamais. Il publie coup sur coup plusieurs chefs-d'oeuvre, parmi lesquels Marsiho, Musiciens, Goethe, le grand Européen, Vues sur Napoléon et les deux derniers volets du Voyage du Condottière, commencé vingt-deux ans plus tôt. Cependant, Suarès observe avec attention l'évolution de la vie politique européenne. Le combat mené au cours de la Première Guerre mondiale reprend : avec l'ascension politique d'Hitler, l'auteur comprend que le salut de la civilisation occidentale est de nouveau menacé.
Dans Vues sur l'Europe, parues en 1939 mais rédigées dès 1932, il livre le portrait prophétique d'un Occident aux abois, tout en poursuivant inlassablement son oeuvre de portraitiste et d'essayiste. Enfin reconnu pour toute son oeuvre, Suarès reçoit en 1935 le grand prix de la Société des gens de lettres et le grand prix de littérature de l'Académie française ; Bergson s'efforce de le faire entrer sous la Coupole, sans parvenir à le convaincre de présenter sa candidature.
Suarès est au comble de sa gloire quand éclate de nouveau la guerre. Cinq années d'exil dans le sud de la France l'affaiblissent et le démoralisent grandement. Il décède trois ans après son retour en région parisienne, sans avoir pu achever son testament spirituel et littéraire, Le Paraclet.















![Notes d'un fou, suivi de Le Travail, la Mort et la Maladie [édition intégrale revue et mise à jour]](https://products-images.di-static.com/image/tolstoi-leon-notes-d-un-fou-suivi-de-le-travail-la-mort-et-la-maladie-edition-integrale-revue-et-mise-a-jour/9791023207989-200x303-1.webp)


