Manifeste des conservateurs

Par : Giuseppe Prezzolini, Augusto Del Noce
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  • Nombre de pages264
  • FormatGrand Format
  • PrésentationBroché
  • Poids0.33 kg
  • Dimensions13,4 cm × 20,0 cm × 1,5 cm
  • ISBN979-10-97497-86-6
  • EAN9791097497866
  • Date de parution22/05/2026
  • CollectionLettres d'Italie
  • ÉditeurConférence
  • TraducteurChristophe Carraud
  • TraducteurEsther Carraud
  • PostfacierJean-Claude Thiriet

Résumé

Sous le titre général de l'ouvrage de Prezzolini, "Manifeste des conservateurs", le volume s'articule en deux parties, qui ont semblé nécessaires à proportion de la confusion actuelle de la vie publique française, afin d'opposer la patience de l'attention à la précipitation idéologique : A. Le "Manifeste" lui-même, conçu expressément par Prezzolini comme l'ajointement 1. d'une partie théorique, vigoureuse et n'allant pas, souvent, sans un humour cinglant, où prend forme le sens à ses yeux du mot de conservatisme, position à laquelle il en est venu au terme d'un itinéraire propre, et 2.
de la description de cet itinéraire, description au cours de laquelle Prezzolini délivre notamment l'analyse qu'il fait du fascisme, ce qu'il appelle "le nécrologe honnête du fascisme" , rendant enfin possible le jugement historique sur ce qu'il fut (il s'inscrit, renouvelle ou appelle, à cet égard, les études décisives menées par Renzo Del Felice, Emilio Gentile - grand "prezzolinien" chargé, du reste, de ses archives - ou Augusto Del Noce) B.
Les quatre études qu'Augusto Del Noce a consacrées à Prezzolini, en fonction précisément de l'importance décisive qu'il lui semble avoir eue dans l'histoire contrastée des idées italiennes, et, plus généralement, dans celle des idées politiques. Augusto Del Noce (voir son "Analyse de la déraison", que nous avons publiée en 2023) est en effet à nous yeux celui qui peut le mieux éclairer l'écheveau très complexe de ces années italiennes, tout comme le parcours prezzolinien lui-même, ainsi rendu à sa richesse et arraché au jugement hâtif que les années manichéennes d'après-guerre avaient porté sur lui.
Del Noce, conformément à sa méthode, propose ici une véritable philosophie politique ancrée dans l'histoire des idées, une philosophie telle qu'elle vaut description critique de notre temps et de ses courants profonds. Les années précédant la rédaction de l'ouvrage de Prezzolini (1972) ont-elles-mêmes été très "mouvementées" , si l'on ose dire, cristallisant peu à peu des options idéologiques ayant eu une influence considérable sur la manière de se représenter la vie et son organisation éthique et politique.
Prezzolini entend simplifier polémiquement les données du problème (première partie de son livre), tout en les renvoyant subtilement à une généalogie de la complexité historique (deuxième partie). Il y a très souvent une dimension provocatrice et d'autant plus stimulante dans les textes de Prezzolini (Giuseppe Longo intitulait non sans raison "un provocatore" sa contribution au recueil d'études et de témoignages qu'il avait dirigé en 1972, l'année même de la publication du "Manifesto dei conservatori" , à l'occasion des 90 ans de l'auteur, "Prezzolini 90", Milan, Quaderni dell'Osservatore, 1972, pp.
5-9). Elle fut souvent soulignée par les nombreux auteurs de monographies, tout comme le caractère "inclassable" du fondateur de "La Voce" (cf., par exemple, Anacleto Verrechia, "Giuseppe Prezzolini. L'eretico dello spirito italiano", Turin, Fogola, 1995 ; Luigi Iannone, "Giuseppe Prezzolini. Una voce contro il pensiero unico", Césène, 2018, et "Una destra atipica. Giuseppe Prezzolini, un italiano politicamente scorretto", Naples, De Frede, 2002 ; "Giuseppe Prezzolini.
Una voce controcorrente, a cura di Gloria Ciabattoni e Maurizio Naldini, Bologne, Poligrafici Editoriale, 2002, etc.). Le Prezzolini de 90 ans qui écrit le "Manifeste des conservateurs" ne fait pas exception à sa propre règle. Del Noce aide à en percevoir toute la fécondité. L'ouvrage est suivi des quelques pages que Jean-Claude Thiriet, disparu en juillet 2025, avait écrites en accompagnement de ce projet.
Une brève préface de l'éditeur développe les différents points évoqués ici.
Autodidacte, Prezzolini (1882-1982), de Pérouse où il était né, s'installe très jeune à Florence. Ami de Giovanni Papini, il crée et anime avec lui le "Leonardo" sous le pseudonyme de Julien le Sophiste, et collabore jusqu'en 1905 au journal nationaliste "Il Regno" d'Enrico Corradini, se faisant dans le premier cas le défenseur d'une orientation philosophique anti-rationaliste et mystique, dans le second le partisan du mouvement nationaliste et surtout des droits de la bourgeoisie contre le socialisme.
Vers 1908, Prezzolini adhère à la philosophie idéaliste de Benedetto Croce, tout en se rapprochant du socialisme syndicaliste. Dans cette nouvelle position "idéelle", il fonde en 1908 (et dirige avec quelques interruptions jusqu'en 1914) l'hebdomadaire "La Voce", expérience décisive qu'il évoquera plus tard dans "La Voce (1908-1913) : cronaca, antologia e fortuna di una rivista" (1974). Dans le mouvement initié par "La Voce", Prezzolini représentait l'élément d'union des différentes tendances qui s'y rejoignaient ; creuset d'une étonnante fécondité (l'histoire intellectuelle italienne ne cesse de se référer à ces quelques années du périodique) ""La Voce" fut la serre chaude tant du fascisme que de l'antifascisme", pour reprendre le mot devenu célèbre de Malaparte.
La quasi-totalité des écrivains qui comptèrent par la suite sont passés par elle (cf. Marina Campanile, "Giuseppe Prezzolini nella formazione della coscienza critica degli Italiani", Naples, Banco di Napoli, 1987). Le but déclaré de "La Voce" est celui d'une véritable révolution civile, passant par une critique généralisée des hommes politiques de l'époque, incapables de diriger le pays dans un moment historique complexe et difficile (Mussolini, du reste, se dira profondément marqué par "La Voce", aussi bien, à l'autre bout du spectre, que de futurs antifascistes tels Calamandrei ou Salvemini).
Comme Prezzolini l'écrit dans le manifeste accompagnant le premier numéro de la revue, la mission du journal est de "dénoncer et combattre". Lui-même conservera toujours ce rôle critique à l'égard de la situation politique, civile et intellectuelle italienne, en veillant jalousement à sa propre indépendance. Voilà pourquoi, sans doute, Prezzolini est difficile à "situer", changeant à la mesure des réponses à donner à une situation elle-même instable et dramatique, tout au long d'une vie qui aura duré plus de cent ans.
Sans doute le protagoniste le plus marquant du débat culturel du début du XXe siècle, il se rapproche progressivement du pragmatisme, du modernisme catholique, de Bergson et surtout de l'idéalisme crocéen, mais aussi du socialisme syndicaliste ("La cultura italiana", avec G. Papini, 1906 ; "L'arte di persuadere", 1907 ; "Cos'è il modernismo ?", 1908 ; "La teoria sindacalista" , 1909 ; "Vecchio e nuovo nazionalismo" , avec G.
Papini, 1914), pour aboutir ensuite, surtout après son expérience de combattant volontaire pendant la guerre de 1915-1918 (Dopo Caporetto, 1919 ; Vittorio Veneto, 1920), à un conservatisme sceptique (voir son Codice della vita italiana, 1921), dans lequel se reflètent le mépris de la politique politicienne et la défense d'une position intellectuelle qui se veut à la fois aristocratique et proche du bon sens (en 1922, dans la "Rivoluzione liberale" de Gonetti, il suggérait l'idée d'une Congrégation des Apoti, c'est-à-dire des "Abstinents" , de ceux "qui ne boivent pas de cette eau-là").
Partagé entre son admiration pour Mussolini et son rejet des méthodes fascistes, il quitte l'Italie et, après quelques années à Paris, où il accompagne en 1926, presque seul, les derniers instants de Piero Gobetti, son ami et adversaire, il s'installe à New York (1929) en tant que directeur de la Casa Italiana de l'université Columbia et professeur dans cette même université. Au cours de ces années, il dirigea notamment le "Repertorio bibliografico della storia e della critica della letteratura italiana dal 1902 al 1942" (4 vol., 1937-1948), publiant divers textes liés à l'exercice de la démocratie aux Etats-Unis comme en Italie ("Come gli Americani scoprirono l'Italia, 1750-1850" , 1933 ; "L'italiano inutile" , 1954, manière d'autobiographie ; "Saper leggere", 1956 ; "Tutta l'America", 1958) tout en poursuivant sa collaboration avec des journaux et des périodiques italiens (il fut dès 1950 l'une des principales signatures du "Borghese" de Leo Longanesi).
Ses dernières années, après son retour en Italie (1961), sa déception devant l'état du pays puis son installation à Lugano (1968), ont été tout aussi fécondes que sa période d'avant-guerre ("Ideario", 1967 ; "Dio è un rischio", 1969 ; "Manifesto dei conservatori", 1972 ; "Storia tascabile della letteratura italiana", 1976 ; "Sul fascismo", 1977). Prezzolini a entretenu une correspondance impressionnante, lié qu'il était à la plupart des intellectuels de son siècle, de quelque "bord" qu'ils aient été (voir les nombreux tomes de son "Carteggio" en cours de publication aux Edizioni di Storia e Letteratura à Florence), de Mussolini à Croce...
Les deux volumes essentiels consacrés, pour l'un, à sa biographie (Gennaro Sangiuliano, "Giuseppe Prezzolini. L'anarchico conservatore", Milan, Mondadori, 2023), pour l'autre, à sa bibliographie ("Prezzolini : un secolo di attività. Lettere inedite e bibliografia di tutte le opere", a cura di Margherita Marchione, Milan, Rusconi, 1982), révèlent l'égarante dimension de son oeuvre et de sa pensée (Sergio Romano intitulait sa préface à la réédition du "Manifeste", en 1995, "Le conservateur sans domicile fixe"), de nature à faire de lui, selon le souhait exprimé par le titre d'un colloque de 1982, un auteur comptant "parmi les classiques de demain".