Avec son oeil fixe en forme d'étoile, sa peau tachetée qui change de couleur, sa queue et son pouce pour s'agripper, le caméléon est un incontournable des cabinets de curiosités des collectionneurs européens aux XVIe et XVIIe siècles. Myriam Marrache-Gouraud plonge au coeur de la relation fascinante de l'un d'entre eux, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, avec cet animal étrange. Les caméléons suscitent émerveillement et commentaires depuis l'Antiquité.
L'écrivain carthaginois Tertullien parle de lui comme d'" une peau vivante ", Montaigne dit qu'il " prend la couleur du papier où on le couche ". Pour les collectionneurs de curiosités des XVIe et XVIIe siècle, cette extravagance de la nature continue d'intriguer. Où mène la curiosité ? Peut-être à cet ultime item qu'est le caméléon. Le cas des caméléons montre qu'après s'être intéressé à tout, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, surnommé " le prince des curieux " par le mathématicien Pierre Gassendi, s'est pris de passion pour ces êtres fragiles à la fin de sa vie.
Il s'en faisait porter de tout le bassin méditerranéen. Il les observait, les nourrissait, les soignait et s'y attachait personnellement... jusqu'à les disséquer après leur mort, ou les naturaliser pour la science. Examinant leurs excréments, il conteste qu'ils soient aérovores comme le prétendent les observateurs de l'Antiquité. Leur activité sexuelle et leur sommeil suscitent son émoi. Surtout, leur peau à la gamme chromatique changeante est-elle la manifestation (extérieure) d'une émotion (intérieure), ou une surface réfléchissante du monde qui les entoure ? Ont-ils peur, ont-ils froid, sont-ils mélancoliques d'avoir quitté les rives du Nil ? Bien avant Madeleine de Scudéry et sa fameuse Histoire de deux caméléons, Peiresc a livré la chronique de ses vertiges dans une correspondance abondante.
Spécialiste de littérature et de culture de la Renaissance, Myriam Marrache-Gouraud s'intéresse depuis longtemps aux collectionneurs, les " curieux ", à leur rapport aux objets, à la fois savant et empreint d'affects. Elle voit dans la rencontre entre le caméléon et Peiresc le précipité d'une " relation ", au sens de relater, d'échanger, de faire connaissance. Elle s'interroge dans ce livre sur la manière dont Peiresc absorbe les savoirs sur l'animal et les renouvelle, en le regardant vivre au jour le jour.
Elle situe le discours empathique du curieux (de cura , prendre soin) à l'intersection de celui des naturalistes (qui décrivent l'animal), et de celui des moralistes (pour qui le caméléon serait un courtisan). La reproduction en fin d'ouvrage de la correspondance de Peiresc autour de son expérience vécue auprès des caméléons permet d'explorer aussi l'écriture épistolaire même, qui, parce qu'elle s'adresse à différents interlocuteurs et s'inscrit dans le quotidien, est l'expression d'un certain rapport au savoir : collectif, précaire et empirique, ouvert à l'étrangeté, au contact rapproché avec son terrain.
Avec ses caméléons, Peiresc pose les bases d'une relation au monde et d'une éthique de la connaissance.
Avec son oeil fixe en forme d'étoile, sa peau tachetée qui change de couleur, sa queue et son pouce pour s'agripper, le caméléon est un incontournable des cabinets de curiosités des collectionneurs européens aux XVIe et XVIIe siècles. Myriam Marrache-Gouraud plonge au coeur de la relation fascinante de l'un d'entre eux, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, avec cet animal étrange. Les caméléons suscitent émerveillement et commentaires depuis l'Antiquité.
L'écrivain carthaginois Tertullien parle de lui comme d'" une peau vivante ", Montaigne dit qu'il " prend la couleur du papier où on le couche ". Pour les collectionneurs de curiosités des XVIe et XVIIe siècle, cette extravagance de la nature continue d'intriguer. Où mène la curiosité ? Peut-être à cet ultime item qu'est le caméléon. Le cas des caméléons montre qu'après s'être intéressé à tout, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, surnommé " le prince des curieux " par le mathématicien Pierre Gassendi, s'est pris de passion pour ces êtres fragiles à la fin de sa vie.
Il s'en faisait porter de tout le bassin méditerranéen. Il les observait, les nourrissait, les soignait et s'y attachait personnellement... jusqu'à les disséquer après leur mort, ou les naturaliser pour la science. Examinant leurs excréments, il conteste qu'ils soient aérovores comme le prétendent les observateurs de l'Antiquité. Leur activité sexuelle et leur sommeil suscitent son émoi. Surtout, leur peau à la gamme chromatique changeante est-elle la manifestation (extérieure) d'une émotion (intérieure), ou une surface réfléchissante du monde qui les entoure ? Ont-ils peur, ont-ils froid, sont-ils mélancoliques d'avoir quitté les rives du Nil ? Bien avant Madeleine de Scudéry et sa fameuse Histoire de deux caméléons, Peiresc a livré la chronique de ses vertiges dans une correspondance abondante.
Spécialiste de littérature et de culture de la Renaissance, Myriam Marrache-Gouraud s'intéresse depuis longtemps aux collectionneurs, les " curieux ", à leur rapport aux objets, à la fois savant et empreint d'affects. Elle voit dans la rencontre entre le caméléon et Peiresc le précipité d'une " relation ", au sens de relater, d'échanger, de faire connaissance. Elle s'interroge dans ce livre sur la manière dont Peiresc absorbe les savoirs sur l'animal et les renouvelle, en le regardant vivre au jour le jour.
Elle situe le discours empathique du curieux (de cura , prendre soin) à l'intersection de celui des naturalistes (qui décrivent l'animal), et de celui des moralistes (pour qui le caméléon serait un courtisan). La reproduction en fin d'ouvrage de la correspondance de Peiresc autour de son expérience vécue auprès des caméléons permet d'explorer aussi l'écriture épistolaire même, qui, parce qu'elle s'adresse à différents interlocuteurs et s'inscrit dans le quotidien, est l'expression d'un certain rapport au savoir : collectif, précaire et empirique, ouvert à l'étrangeté, au contact rapproché avec son terrain.
Avec ses caméléons, Peiresc pose les bases d'une relation au monde et d'une éthique de la connaissance.