J'ai voulu écrire ces nouvelles étranges parce qu'en Occitanie la vie me semble plus étrange qu'ailleurs. Cette terre est pétrie de coïncidences. Le retournement est sa règle, la défroque et les masques l'habillent. On croit avoir affaire à quelqu'un, en réalité c'est un autre. Il vous a menti, ou pire, il s'est menti à lui-même presque de bonne foi. On prévoit qu'il va se produire telle chose inscrite dans un ordre parfait des événements et c'est le contraire qui arrive parce que, sans prévenir, l'ordre s'est inversé.
Certains soutiendront qu'ailleurs le destin crée de semblables facéties. Je n'en suis pas si sûr. Sous le soleil d'agences de voyages, la faconde du propos et les ritournelles de l'accent, dans le parfum des genêts et le bruissement des pins, circulent les courants d'une implacable fantaisie. D'où ces ennemis que le sort rend complices, ce juge paresseux qui s'astreint à veiller dans son cabinet parce qu'il est aussi un amant, ce Camarguais criblé de dettes que les plus pauvres enrichiront, cette noce cévenole troublée par un revenant magnifique, ces amis que Bach réunit après que le sort les ait dispersés, ce retour enfin de l'inquisition dans un vingt et unième siècle en proie à la religion.
A l'heure où d'aucuns prénomment leurs enfants Kevin, Barbara et autres Johnny, où les mythes de supermarchés déferlent à coups de séries télévisées dans nos salons comme en d'autres temps nous ont envahi les lourdes armées du nord, il importe de résister. Jean-Pierre Cabanes.
J'ai voulu écrire ces nouvelles étranges parce qu'en Occitanie la vie me semble plus étrange qu'ailleurs. Cette terre est pétrie de coïncidences. Le retournement est sa règle, la défroque et les masques l'habillent. On croit avoir affaire à quelqu'un, en réalité c'est un autre. Il vous a menti, ou pire, il s'est menti à lui-même presque de bonne foi. On prévoit qu'il va se produire telle chose inscrite dans un ordre parfait des événements et c'est le contraire qui arrive parce que, sans prévenir, l'ordre s'est inversé.
Certains soutiendront qu'ailleurs le destin crée de semblables facéties. Je n'en suis pas si sûr. Sous le soleil d'agences de voyages, la faconde du propos et les ritournelles de l'accent, dans le parfum des genêts et le bruissement des pins, circulent les courants d'une implacable fantaisie. D'où ces ennemis que le sort rend complices, ce juge paresseux qui s'astreint à veiller dans son cabinet parce qu'il est aussi un amant, ce Camarguais criblé de dettes que les plus pauvres enrichiront, cette noce cévenole troublée par un revenant magnifique, ces amis que Bach réunit après que le sort les ait dispersés, ce retour enfin de l'inquisition dans un vingt et unième siècle en proie à la religion.
A l'heure où d'aucuns prénomment leurs enfants Kevin, Barbara et autres Johnny, où les mythes de supermarchés déferlent à coups de séries télévisées dans nos salons comme en d'autres temps nous ont envahi les lourdes armées du nord, il importe de résister. Jean-Pierre Cabanes.