Si les migrateurs, par définition, partent au loin, changent de latitude et d'habitat, reviennent régulièrement ou irrégulièrement à leur point de départ, paradoxalement "le migrant", flanqué de guillemets, est celui dont les déplacements sont filtrés, les traversées risquées, l'extraterritorialité criminalisée. Contrairement à ceux qui circulent d'un bout à l'autre du territoire national et au-delà, créent des projets, fabulent des vies, engrangent et partagent les souvenirs, les marges de manoeuvre du " migrant " sont très étroites.
Après avoir fui les persécutions politiques ou la déréliction économique, leur existence est assujettie au quotidien — que d'autres asservissements attendent : la mendicité, les salaires honteux, les vols à la sauvette. Aux infortunés que le séjour, "la clairière de l'être", n'accueille pas, à ceux et celles pour qui le séjour n'est pas un donné comme le jour et la nuit pour les êtres vivants, c'est à la porte du droit qu'ils doivent frapper, c'est le séjour juridique qu'ils doivent gagner — moyennant une altération de leur conscience du temps, moyennant un transfert psychique et physique dans une zone temporelle indéchiffrable, où s'échangent des parts de temps : cinq années de présence illégale contre une année de séjour légal, par exemple.
(Extrait du chapitre le " Le présentisme ", p. 77-78).
Si les migrateurs, par définition, partent au loin, changent de latitude et d'habitat, reviennent régulièrement ou irrégulièrement à leur point de départ, paradoxalement "le migrant", flanqué de guillemets, est celui dont les déplacements sont filtrés, les traversées risquées, l'extraterritorialité criminalisée. Contrairement à ceux qui circulent d'un bout à l'autre du territoire national et au-delà, créent des projets, fabulent des vies, engrangent et partagent les souvenirs, les marges de manoeuvre du " migrant " sont très étroites.
Après avoir fui les persécutions politiques ou la déréliction économique, leur existence est assujettie au quotidien — que d'autres asservissements attendent : la mendicité, les salaires honteux, les vols à la sauvette. Aux infortunés que le séjour, "la clairière de l'être", n'accueille pas, à ceux et celles pour qui le séjour n'est pas un donné comme le jour et la nuit pour les êtres vivants, c'est à la porte du droit qu'ils doivent frapper, c'est le séjour juridique qu'ils doivent gagner — moyennant une altération de leur conscience du temps, moyennant un transfert psychique et physique dans une zone temporelle indéchiffrable, où s'échangent des parts de temps : cinq années de présence illégale contre une année de séjour légal, par exemple.
(Extrait du chapitre le " Le présentisme ", p. 77-78).