Les deux interlocuteurs de cette correspondance se sont rencontrés en 1962 au lycée Louis-le-Grand à Paris. L'un venait de Biarritz, l'autre de Toulouse. Ils préparaient l'Ecole normale supérieure, y sont entrés, leur promotion se situant en gros entre celle de Régis Debray et celle d'Alain Juppé, et en sont sortis agrégés. Ils se sont retrouvés tous deux coopérants à Montréal peu après Mai 1968. Ils ont continué à se fréquenter jusqu'à la mort du second, en 2011.
L'un était philosophe, l'autre historien. L'un a enseigné à l'université de Paris I, l'autre à l'université de Toulouse-le-Mirrail. Ils n'ont cessé de s'écrire, l'un parfois bouillonnant, l'autre toujours pince sans rire.Entre 1963 et 1973, ils se parlent de tout (ou presque) : de leurs études, de leurs camarades, de la vie intellectuelle à Paris ou en province, de leurs lectures, des films qu'ils voient (ils sont grands cinéphiles), de leurs expériences musicales ou...
gastronomiques. Grâce aux Décades de Cerisy ou aux entractes du Domaine musical, ils commencent à fréquenter des écrivains ou des universitaires connus. Le premier se met en tête d'écrire et envoie des textes au second, qui a l'indulgence de les lire. Ils voyagent beaucoup : l'un parle de sa découverte éblouie de New York, l'autre des îles grecques ou de Prague ou de l'Egypte – et tous deux de l'Italie ou du Canada.
Surtout, ils parlent de politique. Leurs réactions constituent un document précieux sur l'état d'esprit d'une certaine jeunesse dans la dernière décennie des Trente Glorieuses, particulièrement à l'époque de De Gaulle autour de Mai 68. On assiste ainsi en direct à la soirée électorale de 1969 où le fondateur de la Ve République perd son dernier référendum ou à New York en ébullition quand on commence à parler de la destitution de Richard Nixon.
Dominique Noguez, le survivant, a continué ses tentatives d'écrivain. Il a obtenu le prix Femina pour Amour noir en 1997 et un Grand Prix de l'humour noir en 1999. Michel Taillefer, avant de mourir, a eu le temps de diriger pendant quinze ans les Annales du Midi et de devenir un grand spécialiste de l'histoire de Toulouse et des Lumières au XVIIIe siècle.
Les deux interlocuteurs de cette correspondance se sont rencontrés en 1962 au lycée Louis-le-Grand à Paris. L'un venait de Biarritz, l'autre de Toulouse. Ils préparaient l'Ecole normale supérieure, y sont entrés, leur promotion se situant en gros entre celle de Régis Debray et celle d'Alain Juppé, et en sont sortis agrégés. Ils se sont retrouvés tous deux coopérants à Montréal peu après Mai 1968. Ils ont continué à se fréquenter jusqu'à la mort du second, en 2011.
L'un était philosophe, l'autre historien. L'un a enseigné à l'université de Paris I, l'autre à l'université de Toulouse-le-Mirrail. Ils n'ont cessé de s'écrire, l'un parfois bouillonnant, l'autre toujours pince sans rire.Entre 1963 et 1973, ils se parlent de tout (ou presque) : de leurs études, de leurs camarades, de la vie intellectuelle à Paris ou en province, de leurs lectures, des films qu'ils voient (ils sont grands cinéphiles), de leurs expériences musicales ou...
gastronomiques. Grâce aux Décades de Cerisy ou aux entractes du Domaine musical, ils commencent à fréquenter des écrivains ou des universitaires connus. Le premier se met en tête d'écrire et envoie des textes au second, qui a l'indulgence de les lire. Ils voyagent beaucoup : l'un parle de sa découverte éblouie de New York, l'autre des îles grecques ou de Prague ou de l'Egypte – et tous deux de l'Italie ou du Canada.
Surtout, ils parlent de politique. Leurs réactions constituent un document précieux sur l'état d'esprit d'une certaine jeunesse dans la dernière décennie des Trente Glorieuses, particulièrement à l'époque de De Gaulle autour de Mai 68. On assiste ainsi en direct à la soirée électorale de 1969 où le fondateur de la Ve République perd son dernier référendum ou à New York en ébullition quand on commence à parler de la destitution de Richard Nixon.
Dominique Noguez, le survivant, a continué ses tentatives d'écrivain. Il a obtenu le prix Femina pour Amour noir en 1997 et un Grand Prix de l'humour noir en 1999. Michel Taillefer, avant de mourir, a eu le temps de diriger pendant quinze ans les Annales du Midi et de devenir un grand spécialiste de l'histoire de Toulouse et des Lumières au XVIIIe siècle.