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31° Nord, 35° Est. Chroniques géographiques de la colonisation israélienne
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- Nombre de pages253
- FormatGrand Format
- PrésentationBroché
- Poids0.335 kg
- Dimensions14,0 cm × 20,5 cm × 2,2 cm
- ISBN978-2-348-04226-3
- EAN9782348042263
- Date de parution23/01/2020
- ÉditeurLa Découverte
- ContributeurStéphanie Maupas
Résumé
" Ce jour du printemps 1995, je roulais vers la plus vieille cité du monde. J'avais rendez-vous dans les bureaux de Yasser Arafat à Jéricho. Depuis mai 1994, les Palestiniens jouissaient de l'autonomie sur la bande de Gaza, au sud-ouest d'Israël, et sur Jéricho, à l'est des Territoires occupés. Abu Amar, de son nom de guerre, était contraint de se déplacer par les airs entre ces territoires distants d'une petite centaine de kilomètres.
Circuler par la route l'aurait obligé à traverser les frontières d'Israël. Dans le sillage de la déclaration d'Oslo, première étape de nos tractations vers une paix incertaine, il m'avait invité, en tant que géographe, à présenter mes recherches sur l'évolution présente et future de la colonisation israélienne. Plus je progressais dans ma démonstration, plus mes auditeurs se raidissaient. Le futur chef de l'Autorité palestinienne balançait nerveusement ses jambes, et je pouvais percevoir un léger tremblement sur ses lèvres.
Il me fusilla du regard lorsque j'annonçai : "Je ne sais pas si quelqu'un vous a promis que vous auriez un Etat, mais je parle à partir des cartes, et, si l'on regarde les cartes, il n'y a pas d'Etat palestinien... Vous n'avez rien. ' "
Circuler par la route l'aurait obligé à traverser les frontières d'Israël. Dans le sillage de la déclaration d'Oslo, première étape de nos tractations vers une paix incertaine, il m'avait invité, en tant que géographe, à présenter mes recherches sur l'évolution présente et future de la colonisation israélienne. Plus je progressais dans ma démonstration, plus mes auditeurs se raidissaient. Le futur chef de l'Autorité palestinienne balançait nerveusement ses jambes, et je pouvais percevoir un léger tremblement sur ses lèvres.
Il me fusilla du regard lorsque j'annonçai : "Je ne sais pas si quelqu'un vous a promis que vous auriez un Etat, mais je parle à partir des cartes, et, si l'on regarde les cartes, il n'y a pas d'Etat palestinien... Vous n'avez rien. ' "
L'éditeur en parle
Enfant de Jérusalem, Khalil Tafakji a sillonné la Palestine historique pendant trente ans, et cartographié la colonisation des territoires, depuis la création d'Israël en 1948 et l'occupation de la Cisjordanie et Gaza. Le géographe de Jérusalem raconte son histoire et à travers ses cartes, celle de la colonisation israélienne. "A 17 ans, je n'avais pas l'expérience de la guerre. Et puis j'ai vu les corps des soldats jordaniens qui jonchaient les rues ; et enterré les morts tout près de la vieille ville, à l'entrée de la porte aux Lions.
Ce jour de juin 1967, je m'étais rendu au Mur des Lamentations que nous appelons El-Bourak. Des dizaines de maisons se dressaient alors à ses pieds. Les Israéliens avaient commencé à raser le quartier. J'observais les excavatrices à l'oeuvre, sans bien saisir la gravité de la scène que d'autres jouaient sous mes yeux. Mais depuis ce jour-là, je n'ai cessé de voir des maisons démolies. "Peut-on introduire une carte de Palestine, une nouvelle carte ? m'avait demandé Fayçal el-Husseini lorsque je rejoignis la Société d'Etudes Arabes en 1983.
Fayçal, avec lequel je construirais des liens profonds, avait une formation d'officier. Il n'avait jamais combattu, mais voulait créer 'une salle des opérations". Ce fut donc la Maison d'Orient, à Jérusalem. Dans l'esprit des Palestiniens, la Maison d'Orient était plus qu'une municipalité clandestine. C'était la résistance. Lorsque j'ai rencontré Fayçal, nous avions une vision du futur. Nous pensions que nous aurions un Etat, et nous construisions ses institutions.
Nous avions compris que nous aurions besoin de cartes, pour faire front face à Israël. Pendant presque trois ans, nous avons eu des discussions longues, souvent tendues, avec les Israéliens, en amont puis en aval de la déclaration d'Oslo. Je faisais partie de l'équipe palestinienne. J'étais le cartographe de l'équipe, un simple technicien. Mais en 1995, j'ai dit à Yasser Arafat qu'il n'y avait pas d'Etat palestinien.
Qu'il n'avait pas d'Etat. Qu'il n'avait rien. Pour avoir observé pendant dix ans la colonisation de la Cisjordanie et l'avoir enregistrée sur des cartes, pour avoir regardé la vieille Jérusalem et l'Est de son visage batailler pour chaque centimètre, je savais que le projet d'Etat palestinien ne serait pas ici, pas sur cette terre. Pas aujourd'hui. Nous avons encore besoin de temps. Et nous avons besoin de chefs."
Ce jour de juin 1967, je m'étais rendu au Mur des Lamentations que nous appelons El-Bourak. Des dizaines de maisons se dressaient alors à ses pieds. Les Israéliens avaient commencé à raser le quartier. J'observais les excavatrices à l'oeuvre, sans bien saisir la gravité de la scène que d'autres jouaient sous mes yeux. Mais depuis ce jour-là, je n'ai cessé de voir des maisons démolies. "Peut-on introduire une carte de Palestine, une nouvelle carte ? m'avait demandé Fayçal el-Husseini lorsque je rejoignis la Société d'Etudes Arabes en 1983.
Fayçal, avec lequel je construirais des liens profonds, avait une formation d'officier. Il n'avait jamais combattu, mais voulait créer 'une salle des opérations". Ce fut donc la Maison d'Orient, à Jérusalem. Dans l'esprit des Palestiniens, la Maison d'Orient était plus qu'une municipalité clandestine. C'était la résistance. Lorsque j'ai rencontré Fayçal, nous avions une vision du futur. Nous pensions que nous aurions un Etat, et nous construisions ses institutions.
Nous avions compris que nous aurions besoin de cartes, pour faire front face à Israël. Pendant presque trois ans, nous avons eu des discussions longues, souvent tendues, avec les Israéliens, en amont puis en aval de la déclaration d'Oslo. Je faisais partie de l'équipe palestinienne. J'étais le cartographe de l'équipe, un simple technicien. Mais en 1995, j'ai dit à Yasser Arafat qu'il n'y avait pas d'Etat palestinien.
Qu'il n'avait pas d'Etat. Qu'il n'avait rien. Pour avoir observé pendant dix ans la colonisation de la Cisjordanie et l'avoir enregistrée sur des cartes, pour avoir regardé la vieille Jérusalem et l'Est de son visage batailler pour chaque centimètre, je savais que le projet d'Etat palestinien ne serait pas ici, pas sur cette terre. Pas aujourd'hui. Nous avons encore besoin de temps. Et nous avons besoin de chefs."



