Philippe Besson, né le 29 janvier 1967 en Charente, est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages de fiction et de trois pièces de théâtre. Après des études de commerce et de droit, il s'installe à Paris en 1989 et commence une carrière de juriste d'entreprise. En 1999 il se lance dans l'écriture. Son premier livre : "En l'absence des hommes" paraît en 2001 chez Julliard et reçoit le prix Emmanuel-Roblès. La même année est publié "Son frère" qui sera adapté au cinéma en 2003 par Patrice Chéreau. Les succès s'enchaînent : "Arrière Saison" (2002) reçoit le Grand Prix RTL-Lire en 2003, année de parution de "Un garçon d'Italie" sélectionné pour le Prix Goncourt et le Médicis. Tout ceci le conforte dans sa décision de se consacrer exclusivement à l'écriture. Il écrit des romans, pratiquement un par an, avec pour thème récurent la mort ou l'absence d'un être aimé, comme dans "L'enfant d'Octobre" (2006), "Retour parmi les Hommes" (2011) ou "Une bonne raison de se tuer" (2012), mais aussi des scénarii pour la télévision. Il intervient d'ailleurs régulièrement dans les médias, animateur sur Paris Première de l'émission Paris Dernière, et critique littéraire sur Europe 1.
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- Nombre de pages102
- FormatePub
- ISBN978-2-260-01785-1
- EAN9782260017851
- Date de parution30/09/2010
- Protection num.Digital Watermarking
- Taille887 Ko
- Infos supplémentairesepub
- ÉditeurJulliard
Résumé
Mercredi 23 juillet, Il fait froid comme en plein hiver. C'est ce froid qui saisit Arthur en premier, lorsqu'il descend sur le quai de la petite gare de Voncq. C'est ce froid qui le glace jusqu'aux os, qui fait courir le long de son échine des frissons qui le désarticulent. Il est vrai qu'il a perdu l'habitude des étés français: voilà trop d'années que ses saisons à lui sont torrides, blanches et sèches.
Mais il y a plus: dans ce monde à l'écart du monde, il est indéniable que tout semble plus ténébreux, plus humide. La lumière est sale et les ciels sont lourds. Des obscurités cavalent sur les flancs des collines, s'installent au creux des vallées. Même le fleuve est noir. L'été, ça n'existe pas. Le soleil, ça n'existe pas. Il n'y a que la pluie, le plus souvent, et une sorte de grisaille sur tout.
Les peupliers plient sous le vent. Arthur s'avance comme un spectre au milieu de ce théâtre d'ombres. Je l'attends au bord des rails, je tends mon cou pour l'apercevoir, je me suis composé un sourire, je crois que ce sourire me défigure quand je finis par reconnaître sa silhouette. Je vois le corps morcelé, soutenu par des béquilles, j'imagine le calvaire qu'a dû représenter son voyage depuis Marseille dans des trains de fortune.
Je cours à sa rencontre. Je conserve le faux sourire, les yeux qui brillent. J'embrasse son visage de mes deux mains. Ses bras restent accrochés aux béquilles. Nous n'échangeons pas un mot. Plus tard, j'aide le préposé aux bagages à charger ses valises dans notre carriole. Arthur se tient derrière moi, en retrait, grimaçant je le sais sans le voir. Je tente de lui dissimuler mon affolement. Lui demeure plutôt calme au milieu du désordre, de l'agitation.
Moi, je lutte pour ne pas m'évanouir. Quand il s'agit de le hisser dans notre véhicule, le jeune homme de la gare fait appel à du renfort. C'est trop pour lui seul. Arthur croyait avoir tout oublié mais tout lui revient "en une seule seconde", m'assure-t-il. Dans le soir, il reconnaît les façades des maisons rongées par le lierre, les murs dressés comme des remparts, les toits identiques à l'infini, et au-delà de l'enceinte de la cité, la forêt où il s'est si souvent perdu et où planent les fantômes de son passé.
Mais il y a plus: dans ce monde à l'écart du monde, il est indéniable que tout semble plus ténébreux, plus humide. La lumière est sale et les ciels sont lourds. Des obscurités cavalent sur les flancs des collines, s'installent au creux des vallées. Même le fleuve est noir. L'été, ça n'existe pas. Le soleil, ça n'existe pas. Il n'y a que la pluie, le plus souvent, et une sorte de grisaille sur tout.
Les peupliers plient sous le vent. Arthur s'avance comme un spectre au milieu de ce théâtre d'ombres. Je l'attends au bord des rails, je tends mon cou pour l'apercevoir, je me suis composé un sourire, je crois que ce sourire me défigure quand je finis par reconnaître sa silhouette. Je vois le corps morcelé, soutenu par des béquilles, j'imagine le calvaire qu'a dû représenter son voyage depuis Marseille dans des trains de fortune.
Je cours à sa rencontre. Je conserve le faux sourire, les yeux qui brillent. J'embrasse son visage de mes deux mains. Ses bras restent accrochés aux béquilles. Nous n'échangeons pas un mot. Plus tard, j'aide le préposé aux bagages à charger ses valises dans notre carriole. Arthur se tient derrière moi, en retrait, grimaçant je le sais sans le voir. Je tente de lui dissimuler mon affolement. Lui demeure plutôt calme au milieu du désordre, de l'agitation.
Moi, je lutte pour ne pas m'évanouir. Quand il s'agit de le hisser dans notre véhicule, le jeune homme de la gare fait appel à du renfort. C'est trop pour lui seul. Arthur croyait avoir tout oublié mais tout lui revient "en une seule seconde", m'assure-t-il. Dans le soir, il reconnaît les façades des maisons rongées par le lierre, les murs dressés comme des remparts, les toits identiques à l'infini, et au-delà de l'enceinte de la cité, la forêt où il s'est si souvent perdu et où planent les fantômes de son passé.
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