Lectures lentes. Linguistique et critique littéraire

Par : Pierre-Alain Cahné
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  • Nombre de pages164
  • FormatePub
  • ISBN978-2-13-073995-1
  • EAN9782130739951
  • Date de parution17/09/2015
  • Protection num.Digital Watermarking
  • Taille2 Mo
  • Infos supplémentairesepub
  • ÉditeurPUF

Résumé

À partir de quel moment la critique littéraire a-t-elle frayé avec la linguistique ? On pourrait, si l'on accepte de voir les choses de manière approximative, répondre à cette question en évoquant Ferdinand de Saussure lui-même : « il semble n'y avoir aucune raison valable pour séparer les questions de littérature des questions de linguistique en général ». Chaque moment historique a donné à la critique un « outillage » herméneutique différent.
Flaubert résume parfaitement la situation en émettant un vou que les essais ici rassemblés ne sauraient combler : « Du temps de La Harpe, on était grammairien ; du temps de Sainte-Beuve et de Taine, on est historien. Quand sera-t-on artiste, rien qu'artiste, mais bien artiste ? Où connaissez-vous une critique qui s'inquiète de l'ouvre en soi, d'une façon intense ? On analyse très finement le milieu où elle s'est produite et les causes qui l'ont amenée ; mais la poétique insciente ? d'où elle résulte ? sa composition, son style ? »
Ce que la linguistique structurale de Propp ou de Greimas a rendu possible, c'est de donner à des intuitions exactes une formalisation qui offre une méthode générale pour approcher certains récits. Par exemple, qu'est-ce qui permet de voir dans le mythe de Thésée la matrice dramatique qui produit le scénario du film Les sept mercenaires, de John Sturges ? Les actants sont au nombre de trois : les paysans rançonnés (la colonie athénienne), la force qui rançonne et prélève sur la colonie les biens dont elle a besoin (la bande de Calvera, le Minotaure), et la force qui s'oppose au Minotaure et libère la colonie (les « sept mercenaires », Thésée).
Au cour de toute désaliénation, il y a le don de sa vie pour celui qui appartient au monde de la force et qui la met au service des pauvres. Ceux-ci ne découvrent que tardivement qu'en mettant eux aussi leur vie dans la balance, ils peuvent devenir des hommes libres. C'est en montrant l'analogie entre les actants du mythe et les actions du scénario westernien qu'apparaît la structure sous-jacente au récit.
Le scénario du western devient une variante du mythe, de sorte que la signification de celui-ci s'extrait de l'éclairage mythologique pour entrer dans la vision hégélienne de l'Histoire. Les concepts de variante et d'actants ont rendu possible un rapprochement qu'une critique sans vision ne pouvait, ou n'osait pas, faire.