L'auteur de la Vie de Jésus fut longtemps prisonnier d'un double réseau : une légende noire tissée par l'Eglise officielle fit de lui le pendant de Judas, voire de l'Antéchrist ; une hagiographie inversée, façon troisième République, le consacra, non sans malentendus ni contresens, en chef de file des " défroqués ".
Dès sa jeunesse de séminariste, Ernest Renan vécut l'expérience religieuse maximale : le conflit de l'exigence critique et du besoin de croire, l'épreuve de la foi par le doute, ce qu'il devait nommer plus tard " la lutte du vrai contre lui-même ".
Persuadé dès lors " qu'une croyance n'a de prix que quand elle est acquise par une réflexion personnelle, qu'un acte religieux n'est méritoire que quand il est spontané ", il rompit avec Saint Sulpice avant tout engagement définitif (il avait alors vingt-deux ans) et tenta de réaliser son idéal de fidélité dans et par la rupture. En 1883, dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse, il évoque ainsi la crise inaugurale de toute sa vie : "Je rêvais des réformes futures, de la philosophie du christianisme, dégagée de toute scorie superstitieuse et conservant néanmoins son efficacité morale (là était mon rêve), resterait la grande école de l'humanité et la voie de l'avenir.
[...] L'idée qu'en abandonnant l'Eglise je resterais fidèle à Jésus s'empara de moi et si j'avais été capable de croire aux apparitions, j'aurais certainement vu Jésus me disant - " Abandonne-moi pour être mon disciple." Œuvre du savant, l'Histoire des origines du christianisme (1863-1882) répond surtout à ce très ancien ébranlement intérieur. Elle fut pour Renan, selon sa propre formule, " le devoir et la pensée de toute sa vie ".
LAUDYCE RETAT
L'auteur de la Vie de Jésus fut longtemps prisonnier d'un double réseau : une légende noire tissée par l'Eglise officielle fit de lui le pendant de Judas, voire de l'Antéchrist ; une hagiographie inversée, façon troisième République, le consacra, non sans malentendus ni contresens, en chef de file des " défroqués ".
Dès sa jeunesse de séminariste, Ernest Renan vécut l'expérience religieuse maximale : le conflit de l'exigence critique et du besoin de croire, l'épreuve de la foi par le doute, ce qu'il devait nommer plus tard " la lutte du vrai contre lui-même ".
Persuadé dès lors " qu'une croyance n'a de prix que quand elle est acquise par une réflexion personnelle, qu'un acte religieux n'est méritoire que quand il est spontané ", il rompit avec Saint Sulpice avant tout engagement définitif (il avait alors vingt-deux ans) et tenta de réaliser son idéal de fidélité dans et par la rupture. En 1883, dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse, il évoque ainsi la crise inaugurale de toute sa vie : "Je rêvais des réformes futures, de la philosophie du christianisme, dégagée de toute scorie superstitieuse et conservant néanmoins son efficacité morale (là était mon rêve), resterait la grande école de l'humanité et la voie de l'avenir.
[...] L'idée qu'en abandonnant l'Eglise je resterais fidèle à Jésus s'empara de moi et si j'avais été capable de croire aux apparitions, j'aurais certainement vu Jésus me disant - " Abandonne-moi pour être mon disciple." Œuvre du savant, l'Histoire des origines du christianisme (1863-1882) répond surtout à ce très ancien ébranlement intérieur. Elle fut pour Renan, selon sa propre formule, " le devoir et la pensée de toute sa vie ".
LAUDYCE RETAT