Il y a des livres qui vous suivent toute votre vie, on les lit à 10 ans et une fois par décennie on les relit. C'est le cas. Le notaire du Havre ce fut d'abord une dictée de 7 éme. cet extrait dont je me souviens encore aujourd'hui et qui ne m'a jamais quitté.
" La porte de la rue est ouverte tout le jour. Le soir elle se referme avec un bruit caverneux… L'escalier est de bois. On a dû le cirer au début des temps et, par la suite, se contenter de le brosser à l'eau de Javel…" Plus loin :" L'odeur de l'oignon, un trou de serrure lui suffit, une fente, un noeud du bois. On dirait qu'elle fait son chemin à travers la brique et le plâtre."
Tout est là, l'atmosphère, les odeurs, et l'imagination galope. Je le vois cet escalier, je le sens. La vie des gens derrière les portes se laisse deviner. Je suis allée à la bibliothèque municipale pour l'emprunter. Refus. Les livres de Duhamel font partie du fonds pour adultes. Que c'est stupide. J'ai sorti mon cahier d'orthographe, j'ai montré à la bibliothécaire revêche que ça n'avait rien d'interdit- la preuve- on le dictait à l'école des bonnes soeurs! Rien à faire. J'ai cassé ma tirelire et je l'ai acheté. Le format poche n'existe pas encore. Le livre est broché avec une couverture beige édité en 1933 au Mercure de France. 1933, une bien vilaine année...
Quel plaisir de découvrir qu'il y avait une suite, neuf autres livres. De quoi rêver longtemps.
Pour la cinquième fois, j'ai relu toute la Chronique en 2008, après mon installation dans les Cévennes, dans la douceur du printemps du Sud, sous un ciel sans nuage, le bruit du vent dans les cèdres.
J'ai retrouvé les passages soulignés, les annotations dans la marge au crayon noir, devenues à peine lisibles; dans le notaire du Havre celle-ci qui est toujours d'actualité.
"Le grand mot était lâché, le mot vague et prestigieux. En ce temps-là, qui n'est pas fort lointain, on ne disait pas encore " les affaires"" avec l'accent spécial qu'on y met aujourd'hui. on disait, de façon plus modeste et plus précise, le commerce."
Aussi, ce passage dans "Les maîtres" marqué d'une croix en la marge, un sursaut féminisme de ma part...
" Toi, ma chère, qui est ce qu'on appelle une femme instruite, en somme, tu ne sais presque rien d'utilisable. Tu as une licence de chimie, de physiologie, je ne sais même plus, et tu serais embarrassée pour faire cuire un oeuf sur le plat."
La marque en marge date du début des années '80, ce genre de réflexion était monnaie courante dans mon entourage. Je venais de passer ma thèse d'université, alors…
Laissons le passé au passé. Revenons à la littérature.
Une suite à la Chronique des Pasquier par Jérôme Duhamel.
Il y a des livres qui vous suivent toute votre vie, on les lit à 10 ans et une fois par décennie on les relit. C'est le cas. Le notaire du Havre ce fut d'abord une dictée de 7 éme. cet extrait dont je me souviens encore aujourd'hui et qui ne m'a jamais quitté.
" La porte de la rue est ouverte tout le jour. Le soir elle se referme avec un bruit caverneux… L'escalier est de bois. On a dû le cirer au début des temps et, par la suite, se contenter de le brosser à l'eau de Javel…" Plus loin :" L'odeur de l'oignon, un trou de serrure lui suffit, une fente, un noeud du bois. On dirait qu'elle fait son chemin à travers la brique et le plâtre."
Tout est là, l'atmosphère, les odeurs, et l'imagination galope. Je le vois cet escalier, je le sens. La vie des gens derrière les portes se laisse deviner. Je suis allée à la bibliothèque municipale pour l'emprunter. Refus. Les livres de Duhamel font partie du fonds pour adultes. Que c'est stupide. J'ai sorti mon cahier d'orthographe, j'ai montré à la bibliothécaire revêche que ça n'avait rien d'interdit- la preuve- on le dictait à l'école des bonnes soeurs! Rien à faire. J'ai cassé ma tirelire et je l'ai acheté. Le format poche n'existe pas encore. Le livre est broché avec une couverture beige édité en 1933 au Mercure de France. 1933, une bien vilaine année...
Quel plaisir de découvrir qu'il y avait une suite, neuf autres livres. De quoi rêver longtemps.
Pour la cinquième fois, j'ai relu toute la Chronique en 2008, après mon installation dans les Cévennes, dans la douceur du printemps du Sud, sous un ciel sans nuage, le bruit du vent dans les cèdres.
J'ai retrouvé les passages soulignés, les annotations dans la marge au crayon noir, devenues à peine lisibles; dans le notaire du Havre celle-ci qui est toujours d'actualité.
"Le grand mot était lâché, le mot vague et prestigieux. En ce temps-là, qui n'est pas fort lointain, on ne disait pas encore " les affaires"" avec l'accent spécial qu'on y met aujourd'hui. on disait, de façon plus modeste et plus précise, le commerce."
Aussi, ce passage dans "Les maîtres" marqué d'une croix en la marge, un sursaut féminisme de ma part...
" Toi, ma chère, qui est ce qu'on appelle une femme instruite, en somme, tu ne sais presque rien d'utilisable. Tu as une licence de chimie, de physiologie, je ne sais même plus, et tu serais embarrassée pour faire cuire un oeuf sur le plat."
La marque en marge date du début des années '80, ce genre de réflexion était monnaie courante dans mon entourage. Je venais de passer ma thèse d'université, alors…
Laissons le passé au passé. Revenons à la littérature.
Une suite à la Chronique des Pasquier par Jérôme Duhamel.