De tous les maîtres anciens, Claude Gellée, dit le Lorrain (vers 1600/1605-1682), est celui que Turner a le plus admiré.
Il ne s'agit pas d'un intérêt passager mais d'une influence profonde qui marquera le peintre anglais tout au long de sa carrière artistique et qui est au coeur même de son oeuvre. Turner n'est pas le seul alors à apprécier le Lorrain. À l'époque, en effet, les peintres du XVIIe siècle qui avaient vécu à Rome jouissaient d'une immense réputation auprès des collectionneurs et des critiques britanniques.
Mais aucun artiste de la génération de Turner n'a cherché avec autant de constance à se mesurer à son aîné. Par sa fréquentation de l'oeuvre du Lorrain, le peintre anglais a surtout appris à recréer de façon inégalée les subtilités de la lumière italienne. Turner, on peut même l'affirmer, n'aurait jamais réalisé ces aquarelles évanescentes de sa maturité - dans lesquelles les formes et l'espace sont nimbés d'une extraordinaire lumière - sans la connaissance intime qu'il avait des effets de la perspective aérienne dont l'artiste français était passé maître.
L'auteur en quelques mots...
Michael Kitson, spécialiste du XVIIe siècle et de l'art du paysage, a enseigné au Courtauld Institute avant de devenir directeur des études au Paul Mellon Center.
Ian Warrell est le conservateur chargé de l'art anglais (XVIIIe et XIXe siècle) à la Tate Britain. Outre les commissariats d'exposition, il a consacré de nombreux écrits à Turner.