Et puis, subitement, l'improbable.
Une voix. Parce qu'au-delà ou avant l'air connu, il y a une voix. Celle de Robert Smith. Une voix sensuelle donc, et familière aussi, mais ça, c'est à force de l'écouter, forcément, ça crée des liens. Bref Robert s'est mis à chanter au-dessus de la mélasse, des steaks congelés, des poireaux en promo, des ménagères de moins de cinquante ans, des caissières exténuées, des strings flétris, des bouteilles de lave-glace, des tubes de dentifrice, de la tante et de la grand-mère, et de tous les psychodrames en train de se jouer.
Honnêtement, sa voix n'avait rien à faire là et j'étais à deux doigts d'aller demander en caisse centrale ce qu'ils avaient fait de la musique d'ambiance, voire de rédiger sur l'un des blocs-notes prévus pour les réclamations, un petit texte indigné. Mais cela aurait été bouder ma bouée de secours. L'indécence de la situation provenait du décalage, j'adorais l'indécence.
L'auteur en quelques mots...
Née en 1973 à Rennes, Annie Maisonneuve est enseignante dans la région lilloise.
The Cure / Let's go to bed est son premier livre.