Il fut un temps où il m'était impensable de mettre le nez dehors sans imper gris et sans gel à fixation extra forte dans les cheveux (j'en eus, jadis).
Ma carapace d'adolescence, c'est à The Cure que je la dois. C'était pourtant l'époque où "In between days" faisait les yeux doux à la France entière, et où, par mécanisme de défense, j'eusse dû renoncer à tout signe extérieur d'amateur de New Wave, genre alors en passe de grégarisation. Quelques années plus tôt, Robert Smith avait ouvert un album, "Pornography", par cette sentence définitive, qui figure sans doute dans les missels des gothiques du monde entier : "It doesn't malter if we all die".
Fallait-il en rire ou en pleurer ? A l'époque, j'avais banalement opté pour la seconde solution, puis, tout aussi banalement, pour la première quelques années plus tard, quand je jugeai malin de me gausser du gamin à l'imper gris que j'avais été. Evidemment, le parti le plus sensé était de ne pas choisir son camp : on pouvait à la fois en rire et en pleurer. Et c'est probablement à ça que nous invite The Cure depuis tant d'années, et c'est dans cet entredeux que se niche, bien au-delà de la caricature, l'intriguant secret de jouvence de leurs chansons.