Aborder le domaine des objets procure au sémioticien le sentiment d'approcher un territoire limite : une sensation semblable à celle que les explorateurs de jadis éprouvaient lors qu'ils s'apprêtaient à franchir les colonnes d'Hercule : ligne imaginaire au-delà de laquelle tout devient possible, mais surtout, traversée pendant laquelle les compétences acquises diminuent au fur et à mesure que le voyage avance.
Dans l'espace des architectures urbaines, meublées par des décors, hantées par une multitude d'affiches, tableaux, aliments et packaging, nous voilà plongés dans ce qui -, il n'y pas longtemps - était le "référent". Allégé de son rôle de juge, débarrassé de toute responsabilité ontologique, le voici revenir dans sa légèreté d'"image", de "style de vie" ou de "design". Libre lui aussi de mentir, comme tout signe digne de ce nom, l'objet acquiert une nouvelle importance dans l'économie sémiotique du sens.
L'auteur en quelques mots...
Jacques Fontanille est directeur de recherches et
professeur de linguistique et sémiotique à l'Université
de Limoges et à l'Institut Universitaire de France.
Parmi ses publications les plus récentes : Soma et
séma (Maisonneuve et Larose, 2004), Sémiotique
et littérature (P.U.F., 1999), Tension et signification
(Mardaga, 1998, en coll.
avec Cl. Zilberberg) et
Sémiotique du discours (Pulim, 1998).
Alessandro Zinna est directeur de recherches et
maître de conférences à l'université de Limoges, où
il enseigne sémiotique des nouveaux médias et des
objets.