La Société des Hommes Célestes est incontestablement un Faust d'un genre nouveau.
Roberto Gac utilise avec brio les ressorts de l'intertextualité et de l'auto-fiction pour mettre en œuvre un ambitieux projet littéraire, qui se déploie dans une perspective résolument critique : dévoiler certains mécanismes fondamentaux de l'éducation occidentale contemporaine et de la psychologie freudienne, à travers un récit original et audacieux, plein d'humour et d'une parfaite composition. Le narrateur (fils d'un instituteur français exilé au Chili entre les deux guerres, devenu professeur au lycée français de Santiago) gravit progressivement tous les échelons de la connaissance, de l'Ecole maternelle (le Kindergarten) à la Faculté de philosophie (l'Instituto Pedagégico où les pensées de Heidegger, d'Ortega et de Sartre sont étudiées avec enthousiasme), en passant par l'éducation religieuse (l'école primaire et le collège, tenus par la congrégation française de La Salle), l'Ecole militaire (le lycée et son organisation prussienne), la Faculté de médecine (largement tributaire des Medical Schools américaines), l'enseignement psychanalytique.
Ecrasé par le poids de cette " bonne éducation ", et incapable de faire face au déséquilibre provoqué par sa passion pour Maggie (voluptueuse infirmière chilienne qui décide de devenir érothérapeuthe au cabaret " Le Château de Méphistophélès "), il s'écroule et sombre dans la folie. C'est là que commence le livre, ainsi que le long récit psychothérapeutique du narrateur hospitalisé en France dans un symbolique " Hôtel-Dieu ".
Il accepte d'y être interné pour échapper à la persécution d'une secte, la Société des Hommes Célestes, et fait la rencontre du Docteur M., en qui il reconnaît Méphistophélès. Ses soupçons sont d'autant plus délirants qu'il se prend lui-même pour un nouveau Faust, dont la mission serait, outre la dénonciation de cette mystérieuse Société, l'invention d'un nouveau genre littéraire destiné à remplacer le roman...
L'auteur en quelques mots...
Roberto Gac est né au Chili en 1941.
Psychiatre, il abandonne la pratique de la médecine à New York en 1968 pour se consacrer exclusivement à la littérature. Outre plusieurs romans et nouvelles publiés en espagnol (Montesinos Editor, Barcelone), il est l'auteur d'une pièce de théâtre, Œdipe Rouge, et d'une pentalogie, Les Phases de la Guérison, dont deux volets - Portrait d'un psychiatre incinéré et La Guérison- ont été publiés en France en 1999 et 2000 (Ed.
de la Différence). La Société des Hommes Célestes fait partie de ce même cycle.