Dès l'instant où les Grecs empruntent l'alphabet aux Phéniciens pour écrire leur langue, l'Etat pointe sous la forme de la Cité.
Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. Comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la langue en écrit un système phonématique dont l'Etat établit les règles. D'après le codage grec se construit le codage latin, le nôtre, avec son contrôle maximal de la Lettre sous ses trois aspects de système de langue écrite, de système de ce qui sert à l'écrire et de système de ce qu'on écrit avec elle sous l'autorité - et quelquefois la censure - de l'Etat.
Ainsi naquirent en Gaule romaine deux langues nouvelles: oc au Sud, oïl au Nord, dont l'auteur suit en parallèle émergence et développement dans un réexamen de l'Histoire de France. Restera, au XVe siècle, à l'Etat France, à se bétonner sur l'hégémonie militaire, économique, administrative, littéraire, sous le joug culturel et même psychologique du Nord (spécialement de Paris) et selon une lente et continue dévoration linguistique du Midi.
Ensuite il parcourra quatre siècles jusqu'au temps du Premier Empire, où une France déclarée une et indivisible est devenue un Etat intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre.
L'auteur en quelques mots...
Robert Lafont, professeur honoraire de l'université de Montpellier et docteur honoris causa de l'université de Vienne, a produit une œuvre en deux volets, l'un littéraire en langue d'oc, l'autre scientifique en français et en d'autres langues.
Historien de la littérature, il s'est intéressé à l'ensemble de la tradition occitane et à la poésie baroque; historien des sociétés et militant des espaces économiques, il a également payé de sa personne dans les mouvements populaires de la fin du XXe siècle. Robert Lafont a déjà publié, aux éditions Sulliver, Prémices de l'Europe, VIe-XIIIe siècles (2007).