Guillaume Musso nous parle de "Je reviens te chercher"
Guillaume Musso ©Jean-Marie Périer
C'est l'amour ou le manque d'amour qui guide une bonne partie des comportements humains.
Pour son cinquième roman, Guillaume Musso nous entraine dans une course contre la mort. Ethan n'a que 24 heures pour découvrir qui veut le tuer, retrouver la femme de sa vie, redonner le goût de vivre à une ado dépressive, réparer toutes ses erreurs et trouver la réponse à La grande question : sommes-nous maître de notre destin ?
Dans votre dernier roman, tout comme Elliott dans Seras-tu là ? , Ethan tente de modifier le cours de son existence, en revenant sur certains actes, certaines paroles qu'il a eu... On a pourtant l'impression que même si Ethan est maître de sa vie, il n'en est pas pour autant maître de son destin...
Dans cette histoire, la dimension surnaturelle n'est qu'un prétexte pour aborder, sous des abords ludiques et légers, des thèmes plus profonds : la perte de l'amour, l'absence de l'être aimé, la fragilité de l'existence et la responsabilité de nos choix. Comme la plupart de mes romans, celui-ci peut se lire à plusieurs niveaux. On peut choisir de se laisser emporter par l'histoire, mais on peut aussi y voir une réflexion sur le thème de la deuxième chance et de la rédemption. Malgré leur côté très moderne, mes histoires prennent souvent leur source dans la mythologie. C'est le cas ici où la répétition des journées renvoie par exemple au mythe de Sisyphe. Enfin, dans ce livre, à travers deux personnages, s'affrontent deux conceptions du monde : une qui pense que le déroulement de notre existence est déjà écrit quelque part et une autre - influencée par le bouddhisme - qui accorde plus de place à la liberté de nos actions.
L'amour est un de vos thèmes de prédilection, mais les histoires d'amour vécues par vos personnages sont souvent des relations tumultueuses avec des ruptures, et rarement le sentiment amoureux est vécu sereinement. Dans Je reviens te chercher, Ethan et Céline n'arrivent pas à vivre ensemble bien qu'ils soient amoureux fous l'un de l'autre... Le grand amour serait-il seulement un amour impossible ?
J'espère bien que non ! En tout cas, c'est vrai que l'amour est la matière première de tous mes livres. Je pense qu'il est comme l'oxygène : si on en est privé trop longtemps, on finit par en mourir. Et puis, c'est l'amour ou le manque d'amour qui guide une bonne partie des comportements humains. Pour reprendre la formule de Christian Bobin : « C'est toujours de l'amour dont nous souffrons même quand nous croyons ne souffrir de rien. »
Le tournage de l'adaptation de votre roman Et après débutera cet été. Le fait que le cinéma s'intéresse à vos romans a-t-il changé votre façon d'écrire : pensez-vous désormais dès l'écriture du livre, à l'adaptation cinématographique qui pourrait en découler ?
Dès mon premier roman, on a dit de mon écriture qu'elle était cinématographique. Ce qui est certain, c'est que je fais partie de la génération magnétoscope : celle qui a découvert les films non pas dans les ciné-clubs mais directement sur le petit écran avec la possibilité de passer et repasser la même scène, autrement dit, la possibilité de « déconstruire » le film et d'en assimiler plus facilement les fondations et les techniques. Il est évident que cela a eu une influence sur ma façon d'écrire, avec un côté visuel, une structure très découpée et une tension qui court tout au long de l'histoire. Quant au film tiré de Et après..., il sort le premier octobre 2008. Je viens d'en voir un premier montage et j'ai été emballé. Dès les premières images, on baigne dans une ambiance poétique, dramatique et mystérieuse. La tension est permanente mais c'est surtout l'émotion que dégage le film qui m'a particulièrement touché. Certaines scènes sont poignantes et continuent à vous hanter bien après la fin de la projection. En plus, il y a un casting de rêve ! On éprouve de l'empathie pour le personnage joué par Romain Duris et on est sans voix devant John Malkovich. Quant à Evangeline Lilly, l'héroïne de la série Lost, elle illumine le film de sa présence.
Le fait de revivre sans cesse une même journée, n'est pas sans rappeler le film Un jour sans fin, et votre personnage lui même y fait allusion. Les films ayant une dimension surnaturelle vous ont-ils influencé dans la façon de construire vos romans.
J'admire tout particulièrement certains films américains des années 40 qui sous des abords divertissants abordent en fait des questions cruciales : It's a Wonderful Life de Frank Capra, La Féline de Jacques Tourneur, The Ghost and Mrs. Muir de Joseph Mankiewicz. Plus récemment, Wim Wenders avec Les Ailes du désir et Alan Ball dans la série Six Feet Under ont également emprunté ce détour par le surnaturel pour parler du deuil et de la condition humaine. La filmographie de Hitchcock ainsi que les premiers films de M. Night Shyhamalan ( 6th Sens, Incassable...) sont également une source d'admiration.
Chaque chapitre de vos romans est précédé d'une citation tirée d'une chanson, d'un livre, d'un film... Sont-elles, pour vous, une source d'inspiration pour l'écriture de ces derniers ; ou les avez-vous choisies après coup, pour annoncer le thème du chapitre suivant ?
C'est une habitude que j'ai depuis que j'ai 15 ans : je note dans un carnet ou dans mon ordinateur les phrases ou les répliques qui provoquent chez moi une émotion ou une réflexion. Elles ne sont pas vraiment une source d'inspiration pour écrire, mais plutôt un petit « bonus » pour résumer l'atmosphère ou la couleur d'un chapitre, illustrer ou contrebalancer une idée...
Le thème du regret est souvent abordé dans vos romans. Dans Je reviens te chercher, Ethan, lorsqu'il comprend qu'il vit sans doute sa dernière journée sur terre, met tout en oeuvre pour « racheter les erreurs de toute une vie ». On peut dire que c'est le propre de l'homme de revenir sur son passé et de se dire qu'on aurait pu mieux faire si seulement... Vous-même, si vous aviez la possibilité de modifier votre passé, que changeriez-vous ?
J'ai choisi définitivement d'essayer de vivre pleinement dans le présent. Pour beaucoup de philosophes, le passé et le futur sont en effet les deux plaies qui minent notre vie quotidienne. Nous sommes constamment tiraillés par, d'un côté, la nostalgie et les regrets liés au passé et, de l'autre, l'espérance et les projets liés au futur. Le risque étant bien entendu de passer à côté de la seule « vraie » vie : celle du moment présent.
Portrait réalisé par Emilie, libraire decitre.fr, mai 2008.